Les 16 et 17 juillet 1942, c'est la police française qui arrête, à Paris et en banlieue, plus de treize mille Juifs.
L'opération porte un nom de code : « Vent printanier ». Elle est décidée par les Allemands – le SS Theodor Dannecker – mais exécutée par la police française. René Bousquet, secrétaire général à la police de Vichy, en a négocié les modalités ; à Paris, le préfet de police Amédée Bussière la met en œuvre. Au matin du 16 juillet, quelque 4 500 policiers et gendarmes français se répartissent la ville, listes en main, dressées à partir du fichier des Juifs recensés. En deux jours, ils arrêtent plus de treize mille personnes – 12 884 selon un décompte, 13 152 selon les registres de la préfecture : environ 5 900 femmes, 3 100 hommes et 4 100 enfants.
Les personnes seules et les couples sans enfant sont conduits directement au camp de Drancy. Les familles – près de huit mille personnes – sont entassées au Vélodrome d'Hiver, le « Vél' d'Hiv' », au 8 boulevard de Grenelle, dans le 15e : une piste cyclable sous une verrière, en plein mois de juillet, où l'on reste cinq jours sans eau, sans vivres, presque sans soins. De là partent les convois vers Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, puis vers Auschwitz. Des quelque 4 100 enfants raflés, aucun n'est revenu.
Pendant un demi-siècle, l'État français s'est tu, entretenant l'idée d'un Vichy étranger à la France. Il aura fallu attendre le 16 juillet 1995 pour qu'un président de la République, Jacques Chirac, reconnaisse, sur les lieux, la responsabilité de l'État français : « La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. »
Le vélodrome, lui, a brûlé et fut démoli en 1959 ; il ne reste rien de lui sur le boulevard de Grenelle. À quelques pas, au bord de la Seine, un monument dû au sculpteur Walter Spitzer – une femme enceinte, des enfants, un vieillard – fut élevé en 1994. Il tient la place que le stade ne peut plus tenir.