Au 8 de la rue Danton, à deux pas du carrefour de l'Odéon, la Salle des Sociétés savantes est l'une de ces adresses parisiennes où l'histoire fait des bulles. Modeste en apparence, capable d'accueillir jusqu'à 1 500 personnes pour les grandes occasions, elle devient au tournant du XXe siècle un carrefour incontournable de la gauche internationale — et pas seulement.
C'est ici que Lénine, exilé à Paris entre 1908 et 1912, monte à la tribune à de nombreuses reprises : il y parle de « nos tâches », de Tolstoï mort depuis peu, de Stolypine et de la révolution, de l'idéologie libérale contre-révolutionnaire. En 1908, une réunion au profit de la Caisse des Émigrés Russes réunit quelque 600 personnes — chiffre de la police — et tourne à l'empoignade sur la question de la religion, avec Julius Martov et Charles Rappoport dans le feu de la discussion. La salle vibre aussi pour l'École socialiste, dont Marcel Sembat, Bracke et Marx Dormoy animent les cours du soir en 1910, et pour le chansonnier révolutionnaire Montéhus qui y donne un gala de soutien.
Mais la Salle des Sociétés savantes ne se limite pas à la gauche. En 1921, les Dadaïstes y organisent l'un de leurs coups d'éclat les plus retentissants : un simulacre de procès de Maurice Barrès, avec André Breton comme président, Tristan Tzara en témoin fantaisiste et Benjamin Péret dans le rôle du soldat inconnu. En 1934, le Comité France-Allemagne y tient ses réunions, signe d'une époque où les vents tournent dangereusement. En 1955, la salle accueille encore un meeting pour la libération de Messali Hadj, figure de l'indépendantisme algérien.
- 1899 — 1900 Cours du soir pour adultes préfigurant l'École libertaire
- 1908 — 1911 Tribune des conférences de Lénine et des réunions de l'émigration révolutionnaire russe
- 1910 Siège des cours du soir de l'École socialiste
- 1921 Scène du procès dadaïste de Maurice Barrès
- 1955 Dernier meeting connu : pour la libération de Messali Hadj
Le bâtiment du 8 rue Danton existe toujours dans le 6e arrondissement, mais la Salle des Sociétés savantes en tant que telle a disparu du paysage parisien. L'immeuble a été transformé ; aucune salle de conférences n'y est aujourd'hui signalée au public. Rien ne rappelle visiblement sur place les tribunes de Lénine ou le procès dadaïste de Barrès.