La rue Danton est une création haussmannienne tardive, ouverte en deux temps — d'abord le tronçon principal par décret du 7 avril 1888, puis la section entre la rue Suger et la rue Serpente complétée en 1895 — pour percer une artère rectiligne entre la place Saint-André-des-Arts et le tout neuf boulevard Saint-Germain. Elle reçoit son nom par arrêté du 18 avril 1890, en hommage à Georges Jacques Danton (1759-1794), dont la demeure se trouvait à deux pas, dans le lacis de ruelles du quartier des Cordeliers qu'il avait arpenté et politisé. Le voisinage de Danton, mais aussi de Marat et de Robespierre, donne à ce coin du 6e arrondissement une densité révolutionnaire rare.
Avant même que la rue existe, les adresses qu'elle allait absorber bruissaient d'histoire. Au futur n° 3, c'est en 1789 que naît la Gazette nationale, bientôt rebaptisée Moniteur universel, qui mobilise quelque 200 employés et deviendra le journal officiel de la Révolution. Au n° 10, Frédéric-Pierre Ducroquet, membre du club des Cordeliers, est arrêté avec les Hébertistes et guillotiné en 1793 — dans ce même immeuble où Victor Hugo, dans Quatrevingt-treize, situe de mystérieuses rencontres entre les chefs de la Révolution. Plus tard, sous le Second Empire, le même numéro abrite La Ménagère, épicerie sociétaire des relieurs (1864-1870), puis les cuisines coopératives de La Marmite, où Nathalie Le Mel et Eugène Varlin organisent l'entraide ouvrière, et qui servent de refuge à l'A.I.T. quand le régime l'interdit.
Une fois la rue tracée, elle se signale aussitôt par une première technique : au n° 1, François Hennebique fait construire en 1899 le premier immeuble de rapport en béton armé de Paris, édifice-manifeste d'un ingénieur qui croit en sa propre invention. Mais c'est le n° 8 — la Salle des Sociétés savantes — qui concentre le plus de bruit et de fureur politiques. Lénine y monte en chaire à plusieurs reprises entre 1908 et 1914 : conférence sur « Nos tâches », sur « l'idéologie du libéralisme contre-révolutionnaire », sur Tolstoï, sur Stolypine et la révolution. Une soirée de soutien aux prisonniers politiques russes y réunit quelque 1 500 personnes ; une réunion pour la Caisse des Émigrés russes tourne à l'empoignade sur la question de la religion. En 1909, au n° 5, Isadora Duncan installe son studio, apportant une tout autre révolution — celle de la danse moderne. La salle du n° 8 accueillera encore, en 1921, le simulacre de procès de Maurice Barrès monté par les Dadaïstes, preuve que la rue n'a pas perdu le goût du scandale.