Au bout de la rue Saint-Just, dans le 17e arrondissement, le cimetière des Batignolles s'étend en silence, loin du tumulte des grands nécropoles parisiens. Ouvert au XIXe siècle pour desservir l'ancienne commune des Batignolles avant son annexion à Paris, il est divisé en une trentaine de divisions qui accueillent pêle-mêle des poètes maudits, des peintres nabis, des révolutionnaires et des traîtres.
L'histoire commence dans la violence : en 1871, pendant la Semaine sanglante, des combattants de la Commune y sont enterrés à la hâte — le plus grand nombre des Communards massacrés allant toutefois au cimetière d'Ivry. Un quart de siècle plus tard, en janvier 1896, c'est un cortège de 6 000 personnes qui suit le cercueil de Paul Verlaine jusqu'à la 11e division ; Stéphane Mallarmé, Maurice Barrès, François Coppée et Jean Moréas lui rendent hommage devant la fosse. La scène est saisissante : la bohème et l'académisme réunis sous le même ciel gris de janvier.
Le cimetière continue d'attirer des destins extraordinaires : Marguerite Durand, pionnière du journalisme féministe, Édouard Vuillard le peintre nabi, les surréalistes Benjamin Péret et André Breton, l'aventurier Blaise Cendrars, ou encore le tristement célèbre Joseph Darnand, chef de la Milice, fusillé en 1945. En juin 1968, des milliers de manifestants accompagnent au même endroit Gilles Tautin, lycéen noyé à Meulan en fuyant une charge de CRS — dernier écho politique d'un lieu décidément peu résigné au repos.
- XIXe siècle Ouverture du cimetière pour la commune des Batignolles
- 1871 Inhumations de combattants de la Commune (29e division)
- 1896 Obsèques nationales de Paul Verlaine (11e division)
- 1966 — 1968 Sépultures d'André Breton et de Gilles Tautin — le cimetière entre dans la mémoire surréaliste et militante
- Aujourd'hui Cimetière communal du 17e arrondissement, 8 rue Saint-Just
Le cimetière des Batignolles est toujours en activité au 8 rue Saint-Just (17e arr.). Les tombes de Paul Verlaine, André Breton, Blaise Cendrars, Benjamin Péret et Édouard Vuillard s'y visitent librement. Un plan des concessions notables est disponible à l'entrée. Atmosphère provinciale et recueillie, loin de la foule du Père-Lachaise.