Leon Trotsky in 1918.
Le 27 juillet 1932, au Bal Bullier, avenue Georges Bernanos, une réunion du PCF tourna à la bagarre. Les trotskistes qui critiquaient la politique du Komintern sur l'Allemagne furent mis dehors par le service d'ordre. Hitler n'était pas encore chancelier. Il le deviendrait six mois plus tard.
En 1932, le Parti communiste français appliquait la ligne dite du « troisième période » imposée par l'Internationale communiste de Staline : les sociaux-démocrates étaient des « social-fascistes », ennemis au même titre que les vrais fascistes. Toute idée de front uni contre Hitler était rejetée. Qui critiquait cette ligne était un ennemi.
Trotsky, exilé depuis 1929, écrivait depuis Constantinople des textes d'une lucidité implacable sur le danger nazi et l'aveuglement du Komintern. Ses partisans français — la Ligue communiste — tentaient de porter ces analyses dans les milieux du PCF. Ce soir-là, au Bal Bullier, ils essayèrent de prendre la parole sur la politique allemande de l'Internationale. Le service d'ordre les expulsa par la force.
L'événement était banal dans le contexte des années 1930 : la violence entre factions de gauche faisait partie du paysage politique. Il n'en constitue pas moins un symptôme. En Allemagne, le KPD — frère du PCF — continua d'appliquer la ligne « social-fasciste » jusqu'au bout, refusant tout front commun avec la social-démocratie contre les nazis. Hitler devint chancelier le 30 janvier 1933. Le KPD fut interdit le 6 mars suivant.
Au Bal Bullier, ce soir de juillet 1932, des communistes avaient mis dehors d'autres communistes parce qu'ils avertissaient que Hitler était un danger. L'histoire leur donna raison six mois plus tard.