Le 1er avril 1951, environ 1 500 militants algériens sont arrêtés dans les rues du 5e arrondissement alors qu'ils se rendent au Palais de la Mutualité pour un meeting du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques — le MTLD, principal parti nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. Les autorités françaises ont interdit le rassemblement. La police encercle le quartier avant l'heure prévue et interpelle les militants à l'approche.
L'événement est peu connu — il ne fait pas partie des épisodes retenus par la mémoire collective de la guerre d'Algérie, qui n'a pas encore officiellement commencé. Mais 1951 est une année charnière : le MTLD vient de réaliser une percée électorale aux législatives algériennes en 1951, et le gouvernement français durcit sa réponse. Ces arrestations massives à Paris, en plein cœur du quartier latin, illustrent que la répression du mouvement indépendantiste algérien ne se limite pas aux seules colonies — elle s'exerce aussi sur les immigrés algériens en métropole, plusieurs centaines de milliers à cette époque.
La Mutualité, rue Saint-Victor, est à cette époque le lieu privilégié des grandes réunions militantes parisiennes — syndicales, communistes, anticolonialistes. L'interdire et en arrêter les participants revient à nier que des Algériens puissent légitimement se réunir dans la capitale française pour défendre leur droit à l'autodétermination.
La guerre d'Algérie commencera officiellement le 1er novembre 1954. Mais elle se préparait depuis longtemps, dans les deux sens.