Il avait perdu une guerre en Espagne et en avait recommencé une autre en France ; il meurt place de Rhin-et-Danube en tentant de fuir.
Ils sont des dizaines de milliers en France depuis 1939. Après la chute de la République espagnole, la Retirada a jeté un demi-million de réfugiés par-dessus les Pyrénées. La France les a parqués dans des camps de sable sur les plages du Roussillon : Argelès, Saint-Cyprien, Barcarès. Beaucoup y sont morts. Les autres ont été employés comme main-d'œuvre, envoyés dans les compagnies de travailleurs étrangers, ou livrés aux Allemands après 1940 et déportés à Mauthausen.
Ceux qui restent libres reprennent le combat. Les républicains espagnols sont parmi les tout premiers résistants en France, et parmi les plus expérimentés : ils ont trois ans de guerre derrière eux, ils savent manier les explosifs, monter une embuscade, vivre en clandestinité. Ils forment des groupes de guérilleros dans le Sud-Ouest, et intègrent à Paris les FTP-MOI, où le détachement espagnol est l'un des plus actifs.
Domingo Tejero est de ceux-là. Il participe aux actions armées du groupe espagnol de la région parisienne, avec Delgado et Edmond Hirsch. Le 30 septembre 1942, des partisans espagnols avaient lancé des grenades sur un rassemblement du Parti populaire français de Doriot, rue Raffet. Le 8 octobre 1942, Domingo Tejero est arrêté place de Rhin-et-Danube, dans le 19e arrondissement. Il tente de s'échapper. Il est abattu.
Le nombre exact des Espagnols morts dans la Résistance française n'est pas établi. On sait qu'ils furent des milliers à combattre, que la division Leclerc entra dans Paris en août 1944 avec les half-tracks de la Nueve, compagnie composée en majorité de républicains espagnols, dont les véhicules portaient les noms de Guadalajara, Teruel, Belchite et Don Quichotte. Ils espéraient que la libération de la France entraînerait celle de l'Espagne. Franco mourra au pouvoir trente et un ans plus tard.