Mata Hari, 1915 par Jacob Merkelbach
Le 13 février 1917, en plein cœur d’un Paris épuisé par la guerre, la légende de Mata Hari bascule dans le drame. Danseuse adulée de la Belle Époque, courtisane aux fréquentations cosmopolites, Margaretha Zelle vient d’être rattrapée par la paranoïa d’une France saignée par le conflit mondial. Ce matin-là, sa chambre de l’Hôtel Élysée-Palace, sur les Champs-Élysées, est perquisitionnée de fond en comble : correspondance, photographies, billets de banque, objets de toilette, carnets et cartes de visite sont saisis, soigneusement inventoriés puis placés sous scellés, comme autant de pièces à conviction à charge.
Quelques heures plus tard, la danseuse est arrêtée dans l’hôtel par le capitaine Bouchardon, figure montante du contre-espionnage français. Officiellement, on l’accuse de double jeux (elle avait été engagée par les services français), d’être l’agent H-21, au service de l’Allemagne, d’avoir vendu des informations militaires en échange de fortes sommes d’argent, et d’incarner ce mélange d’inconscience et de duplicité qui obsède les états-majors depuis 1914. L’arrestation, spectaculaire par le contraste entre le luxe de l’établissement et la gravité des charges, résonne comme un avertissement : plus personne n’est à l’abri du soupçon, pas même les anciennes égéries des salons mondains.
Conduite à la prison Saint-Lazare, Mata Hari devient en quelques jours moins une femme qu’un symbole commode. Dans une France traversée par la censure, les défaites et les mutineries, cette étrangère au passé flamboyant offre un visage idéal à la trahison. Peu probable qu’elle ait été une espionne de premier plan, comme l’affirmait le tribunal militaire ; elle apparaît plutôt comme une figure de second rang.