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Couverture — Balades historiques au cœur de Paris
Bibliographie

Balades historiques au cœur de Paris

WETHERELL Martin
Les créations du Pélican, 1996.
Livre
583 Fiches citant cet ouvrage
1996 Édition

Fiches citant cet ouvrage

583 fiches
Événement
1792
21 septembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 8
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Événement
1792
11 décembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 8
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Événement
1792
22 septembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 8
Le lendemain de l'abolition de la royauté, la Convention n'a plus qu'à nommer ce qui n'a pas encore de nom : elle vote la République, et le monde change de date. Le 21 septembre, la royauté a été abolie par acclamation. …

Le lendemain de l'abolition de la royauté, la Convention n'a plus qu'à nommer ce qui n'a pas encore de nom : elle vote la République, et le monde change de date.

Le 21 septembre, la royauté a été abolie par acclamation. Le 22 septembre 1792, la Convention prend acte de ce qui en découle : il n'y a plus de roi, il doit donc y avoir une République. Le mot est prononcé. La France est officiellement une République. Ce n'est pas une proclamation solennelle avec discours et cérémonie : c'est un acte juridique simple, presque laconique. Tous les actes publics seront désormais datés "de l'an premier de la République française."

Ce dernier point est capital. Le calendrier lui-même est révolutionné. L'an I commence non pas le 22 septembre, mais à compter de minuit le 21 septembre, heure de l'équinoxe vrai d'automne calculé par l'Observatoire de Paris. La date de l'équinoxe coïncide avec celle de la première séance de la Convention : la République naît au moment exact où le jour et la nuit s'égalisent sur la Terre. L'astronomie et la politique s'accordent. Le temps lui-même change de régime.

Le calendrier républicain, qui entrera pleinement en vigueur en 1793, est l'œuvre de Fabre d'Églantine et de plusieurs astronomes. Il divise l'année en douze mois de trente jours, nommés d'après les réalités naturelles des saisons françaises : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire ; Nivôse, Pluviôse, Ventôse ; Germinal, Floréal, Prairial ; Messidor, Thermidor, Fructidor. Cinq jours complémentaires, les sans-culottides, complètent l'année.

Changer le calendrier, c'est refuser de partager le temps de la monarchie et de l'Église. C'est imposer un temps nouveau, universel et rationnel, débarrassé des saints et des rois. Cette rupture chronologique est une rupture anthropologique : la République ne date pas du même monde que la royauté.

Le calendrier républicain sera en usage jusqu'au 1er janvier 1806, date à laquelle Napoléon le supprimera. Mais Germinal, Thermidor, Fructidor continueront de désigner, dans la mémoire des historiens, les journées qui ont fait et défait la Révolution. Le temps de la République reste dans la langue longtemps après avoir quitté les almanachs.

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Événement
1429
8 septembre 1429 — Porte St Honoré/Enceinte de Charles V
p 10
Le 8 septembre 1429, fête de la Nativité de la Vierge, Jeanne d'Arc lance l'assaut sur la porte Saint-Honoré, dans l'enceinte de Charles V qui ceint la rive droite de Paris. La ville est tenue par les Bourguignons et les …

Le 8 septembre 1429, fête de la Nativité de la Vierge, Jeanne d'Arc lance l'assaut sur la porte Saint-Honoré, dans l'enceinte de Charles V qui ceint la rive droite de Paris. La ville est tenue par les Bourguignons et les Anglais; le duc de Bedford, régent du roi Henri VI, en a fait le coeur du dispositif anglais en France. Depuis la victoire d'Orléans en mai et le sacre de Charles VII à Reims en juillet, Jeanne pousse vers la capitale; le roi la suit de loin, prudent, réticent.

Le 7 septembre, elle a campé à Monceau, village situé à l'emplacement de l'actuelle place de Lévis dans le 17e arrondissement. Le 8 au matin, accompagnée du duc d'Alençon, de Gilles de Rais et du maréchal de Boussac, elle porte ses troupes devant la porte Saint-Honoré, à l'emplacement approximatif de l'actuelle rue de l'Échelle. Des couleuvrines ont été installées sur la butte Saint-Roch pour appuyer l'assaut. Les fossés remplis d'eau qui protègent la porte sont larges et profonds; pour en mesurer la praticabilité, Jeanne s'avance elle-même jusqu'au bord et sonde la profondeur avec sa lance.

C'est là qu'un carreau d'arbalète la frappe à la cuisse. Elle refuse d'abord d'être emportée, continue d'exhorter ses troupes, ordonne de poursuivre l'assaut. Son porte-étendard est tué à ses côtés. Ce n'est qu'à la tombée du soir que ses capitaines la contraignent à se retirer; elle est soignée à la maison à l'enseigne des Genêts, près de l'actuelle place André Malraux, puis Gilles de Rais la ramène dans la nuit au village de La Chapelle, au nord de Paris, où elle avait établi son quartier général.

Le lendemain, Charles VII ordonne la retraite. Il refuse de recommencer l'assaut et rappelle ses troupes vers la Loire, faisant détruire le pont de bateaux pour ne pas laisser à Jeanne la possibilité d'agir seule. L'occasion de reprendre Paris est perdue. Jeanne, clouée au lit par sa blessure, ne peut qu'obéir au roi qu'elle a sacré deux mois plus tôt.

Paris restera sous domination anglaise et bourguignonne jusqu'en 1436, sept longues années après la blessure de la porte Saint-Honoré. Ce délai, Charles VII le devait à sa propre timidité. Il en fallait un peu moins pour comprendre ce que la prudence d'un roi peut coûter à ceux qui se battent pour lui.

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Événement
1707
30 mars 1707 — Demeure de Sébastien Le Prestre de Vauban
p 10
Mort de Vauban, architecte militaire, auteur d'un essai sur la "Dîme royale" qui sera mis au pilori par Louis XIV, ce qui entraînera sa mort, de chagrin. Sébastien Le Prestre de Vauban meurt le 30 mars 1707 au 1 rue Sain …

Mort de Vauban, architecte militaire, auteur d'un essai sur la "Dîme royale" qui sera mis au pilori par Louis XIV, ce qui entraînera sa mort, de chagrin.

Sébastien Le Prestre de Vauban meurt le 30 mars 1707 au 1 rue Saint-Roch, à soixante-treize ans. La cause officielle est une pleurésie. La cause réelle, selon ceux qui l'ont connu, est le chagrin.

Vauban avait passé sa vie au service de Louis XIV. Ingénieur militaire de génie, il avait conçu ou renforcé plus de trois cents places fortes, conduit cinquante-trois sièges, réformé l'art de la guerre défensive au point que ses fortifications sont encore debout trois siècles plus tard. Maréchal de France depuis 1703, il était l'un des hommes les plus respectés du royaume.

En 1707, il publie la Dîme royale — un traité d'économie politique dans lequel il propose de remplacer le système fiscal chaotique et inégalitaire de l'Ancien Régime par un impôt unique et proportionnel, frappant tous les revenus sans exception, y compris ceux des nobles et du clergé. Le raisonnement est rigoureux, les chiffres précis, la conclusion implacable : la France saigne ses paysans pour épargner les privilégiés, et cela la ruine.

Louis XIV fait saisir et détruire le livre. Il le condamne comme subversif. Vauban, qui avait soumis son texte au roi avant publication par respect et fidélité, est disqualifié, ignoré, écarté de la cour. Pour un homme qui avait voué sa vie entière au service de son souverain, la désapprobation royale est insupportable.

Il meurt deux mois après la condamnation. En 1808, Napoléon fera transférer son cœur aux Invalides.![[Paris Ier rue Saint-Roch n°1 plaque Vauban, Mbzt, Wikimedia|Paris Ier rue Saint-Roch n°1 plaque Vauban, Mbzt, Wikimedia.jpeg]]

Paris, rue Saint-Roch n°1 plaque Vauban, Mbzt, Wikimedia

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Événement
Date imprécise — Collège de Clermont/Lycée Louis-le-Grand
p 11
Molière, Chapelle, Pierre Gassendi, Voltaire, Sade, font leurs études à Louis-le-Grand, collège tenu par les jésuites
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Événement
1622
15 janvier 1622 — Pavillon des singes/Maison natale de Molière
p 11
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Événement
Événement
Événement
1673
17 février 1673 — Théâtre du Petit Cardinal (créé par Richelieu en 1639)
p 12
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Événement
1673
17 février 1673 — Maison du tailleur Baudelet/Demeure de Molière (à partir de 1672)
p 12
Mort de Molière après une attaque survenue au Petit Cardinal, lors de la 4ème représentation du "Malade imaginaire" Le 17 février 1673, Molière vit une de ces soirées où la scène et la vie se confondent dangereusement. I …

Mort de Molière après une attaque survenue au Petit Cardinal, lors de la 4ème représentation du "Malade imaginaire"

Le 17 février 1673, Molière vit une de ces soirées où la scène et la vie se confondent dangereusement. Il joue pour la quatrième fois Le Malade imaginaire au théâtre du Palais‑Royal, dans le rôle d’Argan, alors qu’il est lui‑même miné par une affection pulmonaire, amaigri, épuisé. Au cours de la représentation, pris de violentes quintes de toux et de crachements de sang, il vacille mais insiste pour terminer la pièce, refusant qu’on interrompe le spectacle.

Ce n’est donc pas « sur scène » qu’il meurt, mais peu après, dans sa maison de la rue de Richelieu, au 40 actuel, anciennement maison du tailleur Baudelet, qu’il occupe depuis 1672. Transporté du Petit‑Cardinal (salle du Palais‑Royal) à sa demeure, il y succombe vers dix heures du soir, entouré de quelques proches, avant même que puisse être appelée une assistance médicale efficace.

La bâtisse, issue des lotissements du Palais‑Cardinal de Richelieu, est alors une maison de rapport relativement récente, dont Baudelet, maître tailleur, a été un propriétaire notable avant Molière. Située « vis‑à‑vis de la fontaine, du côté qui donne sur le jardin du Palais‑Royal », elle offre au dramaturge un logement commode, à quelques pas seulement de son théâtre.

La mort de Molière dans cette maison nourrit très tôt la légende : on imagine le comédien expirant en costume, confondant son agonie avec celle d’Argan. Les recherches érudites du XIXᵉ siècle, notamment celles d’Auguste Vitu sur la « maison mortuaire », permettent de préciser l’adresse, l’histoire du bâtiment et son intégration dans le tissu issu des opérations immobilières de Richelieu. Aujourd’hui encore, la façade et l’escalier de l’immeuble, classés monuments historiques, rappellent ce dernier domicile où s’achève la vie de Jean‑Baptiste Poquelin, devenu Molière.

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Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Camille Desmoulins (à partir de 1782)
p 15
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Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Camille Desmoulins (à partir de 1782)
p 15
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Événement
Événement
Événement
1749
24 juillet 1749 — Demeure de Denis Diderot (de 1749 à 1754 chez la dame Chetel)
p 16-17
Le 24 juillet 1749, des exempts de police se présentèrent au 3 de la rue de l'Estrapade. Ils cherchaient Diderot. Ils le trouvèrent. Denis Diderot venait de publier la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient …

Le 24 juillet 1749, des exempts de police se présentèrent au 3 de la rue de l'Estrapade. Ils cherchaient Diderot. Ils le trouvèrent.

Denis Diderot venait de publier la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient — un essai philosophique qui prenait la cécité comme point de départ pour démontrer que nos idées morales dépendent de nos sens, non d'une révélation divine. Dans la bouche d'un aveugle fictif mourant, il avait placé une négation de l'existence de Dieu. La censure royale n'avait pas apprécié.

Il fut conduit au château de Vincennes et y resta jusqu'en novembre 1749. L'emprisonnement fut relatif : il disposait d'une chambre, pouvait se promener dans le parc, recevoir des visites. Jean-Jacques Rousseau vint le voir. Sur le chemin de Vincennes, Rousseau eut la subite inspiration qu'il décrit dans ses Confessions comme une illumination — que la civilisation corrompt l'homme naturellement bon. La route de Vincennes vit naître, en quelques mois, à la fois les idées de Rousseau et l'entreprise encyclopédique.

Car Diderot, depuis 1746, travaillait pour le libraire Le Breton à traduire en français la Cyclopaedia de Chambers, encyclopédie anglaise. En prison, il convainquit ses associés de transformer ce projet modeste en quelque chose d'immense : une encyclopédie nouvelle, raisonnée, qui rassemblerait tout le savoir de son siècle. Le premier tome parut en 1751. Le vingt-huitième, en 1772.

L'arrestation du 24 juillet 1749 n'avait pas voulu faire une Encyclopédie. C'est pourtant ce qu'elle produisit.

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Événement
1784
31 juillet 1784 — Hôtel de Bezons/Demeure de Denis Diderot (14 jours avant sa mort)
p 16-17
Catherine II, la tsarine de Russie lui avait loué un appartement plus accessible pour lui épargner l'escalier de la rue Taranne. Il y mourut quatorze jours après s'y être installé. L'auteur de l'Encyclopédie finissait sa …

Catherine II, la tsarine de Russie lui avait loué un appartement plus accessible pour lui épargner l'escalier de la rue Taranne. Il y mourut quatorze jours après s'y être installé. L'auteur de l'Encyclopédie finissait sa vie dans une location payée par un despote éclairé.

Denis Diderot était arrivé à Paris en 1728, fils d'un coutelier de Langres, pour y suivre des études de philosophie. En 1784, il en était à sa cinquante-sixième année de vie parisienne. Il avait coordonné vingt-huit volumes de l'Encyclopédie, passé trois mois à Vincennes sous les verrous, rompu avec Rousseau, correspondu avec Voltaire, Grimm et d'Alembert. Les portes de l'Académie française lui étaient restées fermées, bloquées par les dévots qui n'avaient pas pardonné l'Encyclopédie.

En 1765, Catherine II de Russie avait racheté sa bibliothèque pour quinze mille livres, lui laissant la charge d'en rester le conservateur jusqu'à sa mort, avec un traitement de bibliothécaire. Diderot était allé la remercier à Saint-Pétersbourg en 1773-1774. À son retour, il vivait rue Taranne, dans ce qui est aujourd'hui le 6e arrondissement, dans un appartement dont les escaliers devenaient difficiles à gravir pour le vieux philosophe.

Le baron Grimm, représentant de Catherine à Paris, fit louer à l'été 1784 un appartement de plain-pied plus commode, au 39 rue de Richelieu, non loin de la Bibliothèque royale. L'hôtel de Bezons, comme on l'appelait, était dans l'actuel 1er arrondissement. Diderot s'y installa autour du 17 juillet 1784.

Le 31 juillet, à table, il mourut. Il avait soixante-dix ans.

Il fut inhumé en l'église Saint-Roch, rue Saint-Honoré. Ses restes furent dispersés à la Révolution. L'Encyclopédie, elle, survécut.

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Événement
1750
1750 — Premier Café de la Régence (situé sur l'itinéraire des charrettes vers l'échafaud)
p 17
Mise au point de l'édition de l'Encyclopédie avec les imprimeurs Le Breton et Briasson
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Événement
1751
28 juin 1751 — Café Au Saint Suaire de Turin/Café Procope
p 17
Le café a été fondé par le Sicilien Francesco Procopio di Coltelli — d'abord sous le nom de Café Au Saint Suaire de Turin, en face de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Voltaire, Fontene …

Le café a été fondé par le Sicilien Francesco Procopio di Coltelli — d'abord sous le nom de Café Au Saint Suaire de Turin, en face de la Comédie-Française, dans la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Voltaire, Fontenelle et Montesquieu y ont leurs habitudes. On y lit les journaux, on joue aux échecs, on refait la physique et le droit des gens entre deux tasses. Au milieu du siècle, le Procope est devenu le lieu de travail officieux des philosophes.

Le projet de l'Encyclopédie a cinq ans. En 1746, le libraire André-François Le Breton et ses associés — David, Durand, Briasson — obtiennent un privilège royal pour adapter la Cyclopedia de l'Anglais Chambers. L'abbé Gua de Malves, premier directeur, abandonne en octobre 1747. Denis Diderot et Jean le Rond d'Alembert prennent la direction. Ce qui devait être une traduction devient autre chose : un inventaire raisonné de tout ce que la raison humaine a produit, organisé selon l'Arbre des connaissances de Francis Bacon, avec l'homme — et non Dieu — au sommet. En 1750, le Prospectus de Diderot lance une souscription pour dix volumes de textes et deux de planches. Les jésuites, via les Mémoires de Trévoux, protestent aussitôt.

Ce 28 juin 1751, le premier volume est finalisé au Procope. Il couvre la lettre A jusqu'à Azyme — 914 pages. Il s'ouvre sur le Discours préliminaire de d'Alembert, qui classe mémoire, raison et imagination comme les trois facultés fondatrices de la connaissance humaine. C'est un manifeste. Jean-François Marmontel a fourni plusieurs articles. L'abbé Prévost, auteur de Manon Lescaut, a collaboré. Jean-Jacques Rousseau a rédigé les articles de musique. Alexis Piron, poète mordant et habitué du café, est là. Élie Fréron, critique acéré dont la plume servira bientôt à combattre l'entreprise, fréquente encore la même table — il ne fondera son Année littéraire qu'en 1754.

Pour Marx et Engels, le mouvement philosophique du XVIIIe siècle a été l'idéologie par laquelle la bourgeoisie montante a conduit son offensive théorique contre l'ordre féodal et clérical. L'Encyclopédie en est l'instrument central : elle substitue la raison à la révélation, traite les métiers et les techniques comme des savoirs nobles, et fait de l'autorité un objet de critique. Ce n'est pas un dictionnaire. C'est le programme intellectuel d'une classe qui prépare sa révolution.

En janvier 1752, le Conseil du roi condamne les deux premiers volumes au pilon. Malesherbes, directeur de la Librairie, cache les manuscrits de Diderot chez lui. La publication reprend en 1753.

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Événement
1750
1750 — Café fréquenté par les philosophes des Lumières
p 17 & 71
Rédaction de l'Encyclopédie, dont le premier tome parut en juillet 1751
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Événement
1784
2 août 1784 — Église St Roch/Tombeau de Denis Diderot
p 17
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Événement
1774
11 avril 1774 — Hôtel de Noailles
p 18-19
Le 11 avril 1774, dans la chapelle de l'Hôtel de Noailles, Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier de La Fayette épouse Adrienne de Noailles. Il a seize ans. Elle en a quatorze. C'est un mariage arrangé entre deux …

Le 11 avril 1774, dans la chapelle de l'Hôtel de Noailles, Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier de La Fayette épouse Adrienne de Noailles. Il a seize ans. Elle en a quatorze. C'est un mariage arrangé entre deux grandes familles — les Noailles sont l'une des plus puissantes de France, proches du roi. La Fayette, lui, est un orphelin auvergnat très riche dont la fortune impressionne davantage que les manières à la Cour.

Une plaque rappelle aujourd'hui l'événement au 211 rue Saint-Honoré, là où se trouve aussi un panneau Histoire de Paris. Mais l'Hôtel de Noailles proprement dit s'étendait un peu plus à l'est, aux actuels 219-223 de la même rue — un ensemble de bâtiments et de jardins qui descendait jusqu'à la rue de Rivoli. Il a été démoli après 1830, et c'est à son emplacement qu'a été percée la rue d'Alger.

La Fayette s'installe chez ses beaux-parents et y vit jusqu'en 1783. C'est là qu'il rentre triomphalement le 15 février 1779 après son premier séjour américain — Marie-Antoinette se déplace en personne pour le recevoir. Car entre-temps tout a changé. En garnison à Metz en août 1775, il avait assisté à un dîner où le duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, avait évoqué la révolte des colonies américaines. Sa décision fut prise ce soir-là. En avril 1777, à dix-neuf ans, il quittait clandestinement la France à bord d'un navire acheté de sa fortune, La Victoire, sans l'autorisation de Louis XVI.

Ce qu'il trouva en Amérique, c'est Washington, dont il devint l'un des lieutenants les plus fidèles, major général à vingt ans. Adrienne, restée rue Saint-Honoré, l'attendit. Elle sera arrêtée sous la Terreur, emprisonnée, sauvée de justesse. Leur mariage arrangé était devenu une histoire d'amour.

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Événement
Événement
Date imprécise — Collège de Louis-le-Grand
p 19
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Événement
1790
1790 — Demeure de François Héron/Cachette de Jean-Paul Marat
p 19
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Événement
1791
16 juillet 1791 — Couvent des Feuillants
p 19
Scission des Jacobins sur le sort de Louis XVI. Les Monarchistes constitutionnels s'installent aux Feuillants. Parmi les députés, seuls Robespierre, Anthoine, Buzot, Rœderer, Pétion et Louis Coroller du Moustoir restent …

Scission des Jacobins sur le sort de Louis XVI. Les Monarchistes constitutionnels s'installent aux Feuillants. Parmi les députés, seuls Robespierre, Anthoine, Buzot, Rœderer, Pétion et Louis Coroller du Moustoir restent aux Jacobins

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Événement
1792
14 août 1792 — Ministère de la Justice/Demeure de Georges Jacques Danton
p 20
Danton, nommé ministre de la Justice, détourne des fonds. Un des grands corrompus de la Révolution ; il roule un temps pour Philippe d'Orléans qui le "subventionne". La Troisième République en fera son "grand homme", fau …

Danton, nommé ministre de la Justice, détourne des fonds. Un des grands corrompus de la Révolution ; il roule un temps pour Philippe d'Orléans qui le "subventionne". La Troisième République en fera son "grand homme", faute de mieux

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Événement
Événement
1895
1895 — Hôtel de Castille/Demeure de Théodore Herzl
p 20
Fondateur du sionisme et du "Fonds pour l'implantation juive pour l'achat de terres en Palestine", auteur de "l'État juif" ; motivation née à propos de l'affaire Dreyfus
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Événement
1720
14 décembre 1720 — Hôtel de La Porte/Demeure et bureau général de la banque de John Law
p 20
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Événement
1795
1795 — Ministère de la Justice/Mètre étalon
p 20
Le mètre étalon exposé sur la façade est l'un des deux qui subsistent à Paris, parmi les 16 qui furent installés à l'origine
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Événement
1838
17 mai 1838 — Hôtel Saint-Florentin/Demeure de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
p 20
Mort de Talleyrand. Pour une fois d'accord avec l'ogre Bonaparte : "de la merde dans un bas de soie"
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Événement
1794
8 juin 1794
p 21
Célébration de la Fête de l'Être Suprême, apothéose de Robespierre ; les bancs de marbre en sont des vestiges
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Événement
1358
22 février 1358 — Palais des rois capétiens/Palais de Justice/Conciergerie
p 22
Massacre des conseillers du dauphin par les hommes d'Étienne Marcel. Étienne Marcel coiffe le Dauphin du chaperon rouge et bleu
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Événement
511
27 novembre 511
p 22
Mort de Clovis 1er, inhumé dans la basilique St Pierre et St Paul, future basilique Ste Geneviève
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Événement
1792
17 août 1792 — Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)
p 22
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Événement
1792
1792 — Demeure retenue mais erronée de Manon Phlipon (d'abord chez ses parents, puis mariée avec Roland)
p 22
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Événement
1848
1848 — Demeure d'Eugène-François Vidocq
p 23
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Événement
1892
1892 — Demeure de Camille Claudel
p 23
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Événement
1805
Événement
1848
24 février 1848 — Siège du journal "La Réforme"/Quartier général des Républicains de gauche
p 23
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Événement
1857
11 mai 1857 — Demeure d'Eugène-François Vidocq
p 23
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Événement
1793
1793 — Premier Café de la Régence (souvent confondu avec le second, au 161)
p 24
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Événement
1748
30 août 1748 — Maison natale de Jacques-Louis David
p 24
Naissance du peintre Jacques-Louis David chez ses parents marchands-merciers de fers en gros
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Événement
Date imprécise — Comédie Française/Atelier de Jacques-Louis David/Ateliers d'Horace Vernet
p 25
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Événement
1732
24 janvier 1732 — Maison natale de Beaumarchais (angle de la rue de la Ferronnerie)
p 25
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Événement
1683
6 octobre 1683 — Hôtel Vanel/Demeure de Jean-Baptiste Colbert
p 26-27
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Événement
1791
2 avril 1791 — Église St Eustache
p 26
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Événement
1695
13 avril 1695 — Hôtel d'Hervart/Hôtel Pagevin
p 27
Jean de La Fontaine meurt le 13 avril 1695 à l'Hôtel d'Hervart, rue Plâtrière — aujourd'hui rue Jean-Jacques Rousseau, dans le 1er arrondissement. Une plaque au numéro 61 rappelle l'événement, avec en dessous la mention …

Jean de La Fontaine meurt le 13 avril 1695 à l'Hôtel d'Hervart, rue Plâtrière — aujourd'hui rue Jean-Jacques Rousseau, dans le 1er arrondissement. Une plaque au numéro 61 rappelle l'événement, avec en dessous la mention « Ancienne rue Plâtrière ». La fiche indique le 63 — les deux numéros se jouxtent, l'hôtel devait s'étendre sur plusieurs parcelles. Il avait soixante-treize ans.

La Fontaine avait vécu vingt ans chez Mme de La Sablière, sa protectrice, rue Neuve-des-Petits-Champs. À la mort de celle-ci en janvier 1693, il se retrouva sans toit. C'est Barthélemy d'Hervart, riche financier d'origine suisse, qui le recueillit. La phrase qu'on prête à Hervart — « J'allais vous chercher » — dit la réputation de La Fontaine : un homme que tout le monde voulait héberger, parce que sa conversation valait un loyer.

Il était arrivé à Paris vers 1657, champenois sans fortune, avec des vers dans la poche et l'art de se faire inviter. Fouquet fut son premier protecteur — il lui dédia Le Songe de Vaux, et ne le renia jamais après sa disgrâce, ce qui lui valut la défaveur de Louis XIV pour le restant de ses jours. Les Fables, publiées en trois recueils entre 1668 et 1694, firent de lui le plus lu des poètes français — mais jamais le mieux payé. Les Contes licencieux lui valurent la censure et une conversion tardive à la dévotion, qu'on dit sincère.

On l'enterra le lendemain au cimetière des Saints-Innocents. Ses restes furent transférés au Père-Lachaise en 1817, où il repose aux côtés de Molière — deux hommes qui ne s'étaient guère fréquentés de leur vivant.

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Événement
1794
11 octobre 1794 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon/Statue de Jean-Jacques Rousseau
p 27
Trois mois après Thermidor, la Convention panthéonise le philosophe dont Robespierre se réclamait chaque jour ; l'un des deux hommes est mort, l'autre entre dans la gloire. Jean-Jacques Rousseau est mort en 1778 à Ermeno …

Trois mois après Thermidor, la Convention panthéonise le philosophe dont Robespierre se réclamait chaque jour ; l'un des deux hommes est mort, l'autre entre dans la gloire.

Jean-Jacques Rousseau est mort en 1778 à Ermenonville, chez le marquis de Girardin, qui l'a inhumé dans son parc sur l'île des Peupliers. Le lieu est devenu un but de pèlerinage pour toute l'Europe sensible. Le Contrat social, publié en 1762, a fourni à la Révolution son vocabulaire fondamental : souveraineté du peuple, volonté générale, égalité, corruption de l'homme par la société.

Aucun révolutionnaire ne l'a invoqué plus constamment que Robespierre. Il l'avait rencontré adolescent, disait-il ; il en avait fait la référence de tous ses discours. La Convention avait décrété la panthéonisation dès 1791, puis en 1793, sans l'exécuter.

Le 9 thermidor an II, soit le 27 juillet 1794, Robespierre est renversé et guillotiné le lendemain avec Saint-Just et Couthon. La Convention thermidorienne prend le pouvoir. Elle est composée en grande partie des mêmes hommes qui votaient les décrets de la Terreur et qui ont abattu Robespierre parce qu'ils craignaient d'être les prochains.

Le 10 octobre 1794, la dépouille de Rousseau, ramenée d'Ermenonville, est exposée sur le bassin rond du jardin des Tuileries, rebaptisé Jardin national, dans un mausolée provisoire évoquant l'île des Peupliers. Le 11 octobre, le cortège gagne le Panthéon, ancienne église Sainte-Geneviève transformée en temple des grands hommes depuis 1791.

L'opération est politique. Les thermidoriens s'approprient Rousseau contre Robespierre, en récupérant le père pour mieux liquider le fils. Ils célèbrent le philosophe de la souveraineté populaire au moment précis où ils démantèlent les institutions populaires, ferment les sociétés sectionnaires, préparent la Constitution censitaire de l'an III et laissent la réaction thermidorienne massacrer les jacobins en province.

Voltaire était entré au Panthéon en 1791. Rousseau y entre en 1794. Ils reposent face à face, séparés par l'allée centrale, comme ils l'ont été toute leur vie.

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Événement
1793
13 juillet 1793 — Boutique du coutelier Badin
p 28
Le 13 juillet 1793 au matin, dans le plus révolutionnaire des jardins de Paris, une inconnue marchande un couteau de cuisine à quarante sols. Vers huit heures, une jeune femme sort de l'hôtel de la Providence, rue des Vi …

Le 13 juillet 1793 au matin, dans le plus révolutionnaire des jardins de Paris, une inconnue marchande un couteau de cuisine à quarante sols.

Vers huit heures, une jeune femme sort de l'hôtel de la Providence, rue des Vieux-Augustins (aujourd'hui rue Hérold), où elle est descendue deux jours plus tôt en arrivant de Caen. Quelques pas la mènent au Palais-Royal — depuis un an le Palais-Égalité. Ce matin-là, les galeries grouillent : Paris s'est rempli de provinciaux montés pour les fêtes du 14 Juillet, et Charlotte Corday attend, comme tout le monde, que les boutiques ouvrent.

L'endroit ne pouvait être mieux choisi, ni plus ironique. Le Palais-Égalité est alors le cœur battant de la Révolution : cafés bruissants de nouvelles, colporteurs de pamphlets, joueurs, filles sous les arcades. C'est là, quatre ans plus tôt, que Camille Desmoulins avait sauté sur une table du café de Foy pour appeler Paris aux armes. Un bazar politique à ciel ouvert, où l'on trouve de tout. Sous la galerie de Valois, qui longe le côté est du jardin, au numéro 177, la boutique du coutelier Badin.

Elle y achète un simple couteau de cuisine, manche d'ébène et virole d'argent, pour quarante sols — deux livres. Rien d'un poignard : l'outil d'une ménagère, qu'elle glisse dans son corsage. La lame ne servira qu'une fois.

Le reste appartient à l'après-midi. Corday repasse la Seine, gagne la rue des Cordeliers ; éconduite deux fois, elle est enfin reçue le soir dans le cabinet de Marat, et le couteau de quarante sols entre sous la clavicule de l'Ami du peuple. La Révolution avait ainsi, sans le savoir, vendu elle-même l'arme qui abattit son journaliste le plus incendiaire, à l'étal d'un coutelier, entre un café et une maison de jeu.

La galerie de Valois longe toujours le côté est du jardin, sous ses arcades de pierre blonde, aujourd'hui bordées de boutiques de luxe. Au numéro 177, plus rien ne rappelle le coutelier Badin, ni la cliente pressée d'un matin de juillet.

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Événement
1673
1673 — Couvent des Feuillants (vestiges au 231, visibles de la cour du 229)
p 28
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Événement
1725
1725 — Demeure de Mme de Pompadour
p 28-29
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Événement
1738
8 janvier 1738 — Demeure de Mme de Pompadour
p 28-29
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Événement
1724
1724 — Demeure de Mme de Pompadour
p 28-29
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Événement
1751
1751 — Demeure de Mme de Pompadour
p 28-29
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Événement
1741
1741 — Demeure de Mme de Pompadour
p 28-29
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Événement
1793
11 juillet 1793 — Hôtel de la Providence (chambre n° 7, au n° 17 selon certains)
p 28
Le 11 juillet 1793, une voyageuse descend de la diligence de Caen et retient une chambre pour cinq nuits. Elle n'en occupera que deux. Il est environ midi, ce jeudi 11 juillet 1793, quand la voiture des Messageries s'arr …

Le 11 juillet 1793, une voyageuse descend de la diligence de Caen et retient une chambre pour cinq nuits. Elle n'en occupera que deux.

Il est environ midi, ce jeudi 11 juillet 1793, quand la voiture des Messageries s'arrête rue Notre-Dame-des-Victoires. En descend une jeune femme de vingt-quatre ans, arrivée de Caen. Elle s'appelle Marie-Anne Charlotte de Corday d'Armont. Un employé des Messageries lui glisse une adresse toute proche : « Mme Grollier tient l'hôtel de la Providence, rue des Vieux-Augustins, 19. »

Quelques centaines de mètres à pied, et la voici devant la maison. C'est aujourd'hui la rue Hérold, une courte voie du 1er arrondissement ; sous la Révolution, elle porte encore le vieux nom de rue des Vieux-Augustins. La tenancière lui donne la chambre n° 7, au premier étage, sur la rue : une pièce assez vaste, un lit, un secrétaire, des rideaux blancs et rouges. Corday y pose son maigre bagage et ne prévient personne de sa présence dans Paris.

Elle est venue avec une idée fixe. Girondine de cœur, révoltée par la chute de la Gironde, elle a fait le voyage pour frapper l'homme qu'elle tient pour responsable des massacres : Jean-Paul Marat, député à la Convention, la plume de L'Ami du peuple. De sa chambre, elle rayonne dans le quartier. Elle porte à Lauze Duperret les lettres dont l'a chargée Barbaroux ; elle tente d'approcher Marat une première fois sans y parvenir.

Le samedi 13 juillet au matin, elle sort. Sous les galeries de bois du Palais-Royal, chez un coutelier, elle achète un couteau à manche noir — une lame de cuisine, pour quelques dizaines de sous. Elle revient chambre n° 7, attend, écrit. Le soir, elle se fait conduire chez Marat, rue des Cordeliers — l'actuelle rue de l'École-de-Médecine. Éconduite deux fois, elle insiste : elle apporte, dit-elle, des nouvelles de Caen. Marat, malade, la reçoit dans sa baignoire. Elle le frappe une seule fois, en pleine poitrine. Il meurt presque aussitôt. On l'arrête sur place.

Charlotte Corday ne reverra jamais la chambre n° 7. Le 17 juillet, elle monte à l'échafaud. Ses cinq nuits réservées rue des Vieux-Augustins se seront réduites à deux.

La maison, elle, a survécu un siècle à la scène. La rue des Vieux-Augustins fut redécoupée et rebaptisée rue Hérold en 1881 ; l'ancien n° 19 devint le n° 14. L'hôtel de la Providence n'accueillait plus de voyageurs — il servait, dit-on, d'entrepôt d'archives de la Caisse d'épargne — quand on le démolit en 1893. La chambre d'où une jeune femme de Caen avait rêvé d'infléchir le cours de la Révolution avait fini en réserve de paperasses — puis en rien du tout.

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Événement
Date imprécise — Demeure de Mme de Pompadour
p 28-29
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Événement
Date imprécise — Demeure d'Antoine-Laurent de Lavoisier
p 29-30
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Événement
Événement
Date imprécise — Demeure d'Antoine-Laurent de Lavoisier
p 29-30
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Événement
1585
9 septembre 1585 — Maison natale de Richelieu
p 29
Naissance du futur cardinal ministre de Louis XIII, surnommé entre autres "le grand satrape"
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Événement
Événement
1794
1794 — Atelier de menuiserie ou travaille Eugène de Beauharnais
p 30
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Événement
Événement
1572
24 août 1572 — Hôtel de Ponthieu/Massacre de la St Barthélemy
p 31
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Événement
1631
30 mai 1631 — Plaque "Au Grand Coq"/Siège du journal "La Gazette de France"
p 31
Plaque délocalisée, le bureau d'adresses de la Gazette étant en fait rue de la Calandre. Il faisait également office de dispensaire
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Événement
1848
23 février 1848 — Café du Trou dans le mur
p 36
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Événement
1896
12 janvier 1896 — Hôtel Scribe/Café Le Grand café Capucines (salon Indien au sous-sol)
p 36
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Événement
1895
28 décembre 1895 — Hôtel Scribe/Café Le Grand café Capucines (salon Indien au sous-sol)
p 36
Première séance publique payante du cinématographe ; elle eut lieu devant 35 spectateurs, dont Georges Méliès
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Événement
1795
1795 — Hôtel de la Colonnade/Hôtel de la Division militaire/Demeure de Napoléon Bonaparte
p 37
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Événement
1789
1789 — Hôtel du lieutenant de police/Demeure de Jean-Sylvain Bailly puis de Jérôme Pétion
p 37
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Événement
1763
10 novembre 1763 — Hôtel de la Colonnade/Demeure de Joseph-François Dupleix
p 37
Mort de Dupleix, gouverneur de Pondichéry et commandant général des établissements français de l'Inde. Désavoué, ce grand nom de l'impérialisme français meurt dans la misère
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Événement
1799
6 novembre 1799 — Hôtel Chantereine/Hôtel Bonaparte/Demeure de Joséphine de Beauharnais
p 39
Bonaparte a épousé Joséphine de Beauharnais le 9 mars 1796 ; il prépare le coup d'État du 18 Brumaire ; la rue a été rebaptisée en l'honneur de ses razzias en Italie
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Événement
1899
1899 — Maison d'enfance de Louis-Ferdinand Céline/Le "passage des Bérésinas"
p 39
Céline passe son enfance dans le passage Choiseul, où sa mère tient un commerce de dentelles : le "passage des Bérésinas" du "Voyage au bout de la nuit"
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Événement
1796
9 mars 1796 — Hôtel de Mondragon/Ancienne mairie du 2ème arrondissement
p 39
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Événement
1830
Événement
Événement
Date imprécise — Hôtel de Colbert/Demeure de Jean-Baptiste Colbert
p 41
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Événement
Événement
1643
1643 — Hôtel Tubeuf/Palais Mazarin/Bibliothèque Nationale
p 41
Le palais Mazarin, loué puis acheté à Tubeuf, devient la première bibliothèque publique
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Événement
1832
4 mars 1832 — Demeure de Jean-François Champollion (depuis 1831)
p 42
Mort de Jean-François Champollion, déchiffreur des hiéroglyphes. C'est lui qui avait négocié l'acquisition de l'obélisque de Louqsor avec le pacha d'Égypte Mohamed Ali. Jean‑François Champollion meurt le 4 mars 1832, à s …

Mort de Jean-François Champollion, déchiffreur des hiéroglyphes. C'est lui qui avait négocié l'acquisition de l'obélisque de Louqsor avec le pacha d'Égypte Mohamed Ali.

Jean‑François Champollion meurt le 4 mars 1832, à seulement 41 ans, dans l’appartement parisien où il vit depuis son retour d’Égypte. Épuisé par des années de travail acharné sur les textes, les voyages et les classes qu’il donne au Collège de France, il succombe à une attaque, laissant inachevés ses grands projets d’édition des inscriptions pharaoniques. Sa dépouille est portée au Père‑Lachaise, où un petit obélisque, dressé sur sa tombe, rappelle le lien intime qu’il a noué avec l’Égypte antique.

C’est Champollion qui a rendu les hiéroglyphes à la parole en établissant, à partir de la pierre de Rosette et d’autres inscriptions bilingues, que ce système mêle signes phonétiques et idéogrammes, et en reconstruisant progressivement l’alphabet des pharaons. Nommé en 1826 conservateur chargé des antiquités égyptiennes au Louvre, il utilise cette position pour enrichir massivement les collections françaises.

À ce titre, il joue un rôle décisif dans « l’affaire » de l’obélisque de Louxor. En 1829, alors qu’il parcourt la vallée du Nil à la tête d’une mission franco‑toscane, le vice‑roi d’Égypte Méhémet Ali propose de donner à la France des obélisques, d’abord ceux d’Alexandrie, puis ceux du temple d’Amon à Louxor, en signe de rapprochement diplomatique. Champollion insiste pour que l’on choisisse ceux de Louxor, mieux conservés et couverts d’inscriptions qu’il juge capitales pour la compréhension de l’histoire de Ramsès II.

De retour en France, il convainc le roi et ses ministres de saisir cette occasion, allant jusqu’à proposer que la France prenne à sa charge le coût considérable du transport afin de sécuriser le don. C’est encore lui qui, en 1829, donne sa préférence à l’obélisque le plus occidental, celui qu’on abattra et qui, après un voyage de près de sept ans à bord du navire Louxor, sera finalement dressé au centre de la place de la Concorde en 1836, quatre ans après la mort du « père » de l’égyptologie.

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Événement
1666
23 septembre 1666 — Demeure de François Mansart
p 42
Mort de l'architecte François Mansart ; il a donné son nom aux "mansardes"
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Événement
1871
1871 — Hôtel de Montholon/Demeure et premier salon de Mme Adam
p 44
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Événement
1793
1793 — Demeure d'André Chénier (présumée mais contestée)
p 44
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Événement
1870
1870 — Hôtel Montholon/Demeure et premier salon de Mme Adam
p 44
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Événement
1793
21 janvier 1793 — Rue des Degrés
p 44
Tentative d'enlèvement de Louis XVI pour le soustraire à la guillotine, par 25 conjurés, alors que d'autres étaient prévus mais avaient été "empêchés" suite à des indiscrétions suivies d'arrestations. Six seront sabrés. …

Tentative d'enlèvement de Louis XVI pour le soustraire à la guillotine, par 25 conjurés, alors que d'autres étaient prévus mais avaient été "empêchés" suite à des indiscrétions suivies d'arrestations. Six seront sabrés. Batz parviendra à s'enfuir

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Événement
Événement
1795
Événement
1792
décembre 1792 — Imprimerie de Jacques-René Hébert
p 45
Au cœur du quartier Bonne-Nouvelle, la rue de Damiette borde ce qui fut l'une des dernières Cours des Miracles de Paris — un dédale de ruelles et de masures insalubres rasé par la police en 1667, dont il ne reste en 1793 …

Au cœur du quartier Bonne-Nouvelle, la rue de Damiette borde ce qui fut l'une des dernières Cours des Miracles de Paris — un dédale de ruelles et de masures insalubres rasé par la police en 1667, dont il ne reste en 1793 que le souvenir et la topographie tourmentée. C'est dans cet espace résiduel, rebaptisé « cour des Miracles » sur l'impressum du journal, qu'Hébert installe l'imprimerie du Père Duchesne entre les mois de décembre 1792 et d'octobre 1793. L'adresse officielle : « rue Neuve-de-l'Égalité, cour des Miracles ».

Le choix n'est pas anodin. Ce quartier populaire, dense, difficile à surveiller, est le terrain naturel d'un journal qui se veut la voix des sans-culottes. C'est ici que s'impriment, tout au long de l'année 1793, les grandes colères et les grandes joies du Père Duchesne — les numéros 171 à 312, soit près de la moitié de la série. Les crieurs les écoulent ensuite dans les sections, les cafés et les marchés, jusqu'à des tirages qui atteignent parfois 70 000 exemplaires.

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Événement
1794
14 mars 1794 — Imprimerie de Jacques-René Hébert
p 45
Dans la nuit du 13 au 14 mars 1794, les gendarmes du Comité de sûreté générale se présentent au 9 rue des Forges, dans la cour des Forges de Bonne-Nouvelle. C'est ici, dans un lacis de ruelles héritées de l'ancienne Cour …

Dans la nuit du 13 au 14 mars 1794, les gendarmes du Comité de sûreté générale se présentent au 9 rue des Forges, dans la cour des Forges de Bonne-Nouvelle. C'est ici, dans un lacis de ruelles héritées de l'ancienne Cour des Miracles, qu'Hébert a installé depuis quelques mois l'imprimerie du Père Duchesne. Depuis le numéro 313, la feuille ne porte plus l'adresse de la rue Neuve-de-l'Égalité : elle s'est déplacée de quelques pas vers cette cour plus discrète, sans quitter le quartier Bonne-Nouvelle où ses crieurs l'écoulent à des dizaines de milliers d'exemplaires.

Cette nuit-là, c'est fini. Hébert et Ronsin sont arrêtés. Dix jours plus tôt, le 4 mars, les Cordeliers avaient voilé de noir la Déclaration des droits et appelé à l'insurrection contre la Convention — un geste théâtral qui n'avait pas été suivi d'actes. Robespierre et Saint-Just n'ont pas attendu davantage. L'arrestation est l'aboutissement d'un amalgame soigneusement préparé par Fouquier-Tinville : chefs cordeliers, militants de sections et suspects étrangers sont mêlés en une seule et même « conspiration ».

Le procès s'ouvre le 21 mars. Le 24, au soir, dix-neuf condamnés montent sur la charrette. Hébert, qui avait accompagné tant d'autres à l'échafaud avec ses grandes colères imprimées, doit être traîné de force jusqu'à la guillotine. Les presses de la rue des Forges se taisent avec lui — le numéro 358 sera le dernier.

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Événement
1914
31 juillet 1914 — Café À la Chope du Croissant
p 47
Le 31 juillet 1914, Raoul Villain tira deux coups de feu à travers la fenêtre du café du Croissant et tua Jean Jaurès. Villain fut acquitté cinq ans plus tard. En 1936, des miliciens anarchistes l'exécutèrent à Ibiza. Ja …

Le 31 juillet 1914, Raoul Villain tira deux coups de feu à travers la fenêtre du café du Croissant et tua Jean Jaurès. Villain fut acquitté cinq ans plus tard. En 1936, des miliciens anarchistes l'exécutèrent à Ibiza.

Jaurès avait passé sa dernière journée à courir Paris. Il avait rencontré le matin des socialistes allemands pour tenter d'organiser une riposte internationale à la guerre qui s'annonçait. Il avait rédigé un article pour L'Humanité. Il dîna avec des collaborateurs au café du Croissant, 146 rue Montmartre, dans le 2e arrondissement, au coin de la rue du Croissant, à deux pas des bureaux du journal qu'il avait fondé en 1904. C'était le soir du 31 juillet 1914.

Vers 21h40, Raoul Villain, vingt-neuf ans, nationaliste, s'approcha de la fenêtre ouverte du café. Il tira deux coups de revolver. Jaurès, frappé à la tête, mourut en quelques minutes. Villain fut arrêté sur place.

La France ordonna la mobilisation générale le lendemain.

Villain attendit cinq ans en prison avant d'être jugé. Le 29 mars 1919, le jury des assises de la Seine l'acquitta. Le tribunal condamna la veuve de Jaurès aux dépens. Des émeutes éclatèrent devant le palais de justice.

Après l'acquittement, Villain voyagea. Il finit par s'établir à Ibiza, dans les Baléares. En septembre 1936, au début de la guerre civile espagnole, des miliciens anarchistes le capturèrent et l'exécutèrent.

Jaurès avait cinquante-quatre ans. Sa mort, la veille de la mobilisation, laissa la SFIO sans son seul dirigeant capable de s'opposer à l'Union sacrée. La gauche socialiste vota les crédits de guerre.

Le café du Croissant est toujours au 146 rue Montmartre. Une plaque rappelle l'événement.

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Événement
Date imprécise — Demeure de Jean Jaurès
p 47
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Événement
Date imprécise — Demeure de Jean Jaurès/Atlante et caryatide remarquables
p 47
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Événement
1904
18 avril 1904 — Siège du journal "L'Humanité"
p 47
Le 18 avril 1904, un nouveau journal apparaît dans les kiosques parisiens. Il s'appelle L'Humanité, il est imprimé au 138 rue Montmartre et rédigé au 110 rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement. Son fondateur, direct …

Le 18 avril 1904, un nouveau journal apparaît dans les kiosques parisiens. Il s'appelle L'Humanité, il est imprimé au 138 rue Montmartre et rédigé au 110 rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement. Son fondateur, directeur et éditorialiste s'appelle Jean Jaurès. Il a quarante-quatre ans, il est député socialiste du Tarn, et il vient de perdre son siège aux élections de 1902 — ce qui lui laisse du temps pour créer un quotidien.

Le projet n'est pas modeste. Jaurès ne veut pas d'une feuille de propagande socialiste. Il veut un journal d'information complet, capable de rivaliser avec les grands quotidiens bourgeois — Le Figaro, Le Matin, Le Petit Journal — tout en portant les idées du socialisme. Dans son éditorial de une, intitulé « Notre but », il écrit que L'Humanité donnera des « informations étendues et exactes » et sera « en communication constante avec tout le mouvement ouvrier, syndical et coopératif ». Information d'abord, opinion ensuite.

Pour donner au journal le crédit littéraire qui lui manquerait s'il restait un organe de parti, Jaurès s'entoure d'un casting improbable. Anatole France, prix Nobel de littérature quelques années plus tard, signe dans le premier numéro. Octave Mirbeau, l'auteur du Journal d'une femme de chambre, y contribue. Jules Renard — celui de Poil de Carotte — est de la partie, comme Tristan Bernard, dramaturge et humoriste. Côté politique, on trouve Aristide Briand, futur onze fois président du Conseil, Léon Blum, qui n'est encore qu'un jeune critique littéraire au Conseil d'État, René Viviani, Lucien Herr, le bibliothécaire de l'École normale supérieure qui a converti toute une génération au socialisme. Le journal est socialiste, mais il n'est pas sectaire — pas encore.

Le premier numéro tire à 140 000 exemplaires. Il s'en vend 138 000. C'est un triomphe. Le format est sobre : quatre pages, cinq centimes — le prix d'un café au comptoir.

Jaurès dirigera L'Humanité pendant dix ans, jusqu'à son assassinat le 31 juillet 1914, au café du Croissant, à l'angle de la rue Montmartre et de la rue du Croissant — à quelques centaines de mètres de l'imprimerie de son journal. Après sa mort, le quotidien poursuit sous direction socialiste. En décembre 1920, au congrès de Tours, la majorité du Parti socialiste rejoint la Troisième Internationale et devient le Parti communiste français. L'Humanité suit la majorité. Le journal de Jaurès devient l'organe du PCF.

Ce qui suit est une autre histoire — et c'est une histoire de déviation. Le PCF, progressivement aligné sur Moscou sous l'influence stalinienne, transforme L'Humanité en ce que Jaurès avait précisément voulu éviter : un outil de propagande au service d'un appareil. Le journal qui promettait des « informations étendues et exactes » deviendra le relais d'une ligne dictée de l'extérieur, puis, le stalinisme épuisé, l'organe d'un parti intégré aux institutions républicaines sans plus guère d'opposition réelle au système capitaliste. La tradition marxiste et révolutionnaire que Jaurès avait voulu porter dans un grand quotidien populaire survivra ailleurs — mais pas rue de Richelieu.![[Le siège de l'Humanité au 110 rue Richelieu, Archives Paris révolutionnaire|Richelieu rue de 110 L'Humanité 01 web.jpeg]]

Le siège de l'Humanité au 110 rue Richelieu, Archives Paris révolutionnaire

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Événement
1794
25 juillet 1794 — Maison de St Lazare (transformée en prison, dite alors "Lazare")
p 51
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Événement
1853
1853 — Prison militaire du Cherche-Midi
p 51
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Événement
1894
24 décembre 1894 — Prison militaire du Cherche-Midi/Affaire Dreyfus
p 51
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Événement
1935
13 juillet 1935 — Demeure d'Alfred Dreyfus
p 51
Le 12 juillet 1935, dans un appartement des Ternes, s'éteint sans bruit l'homme dont le nom avait, quarante ans plus tôt, coupé la France en deux. Il vivait depuis 1928 au 7 de la rue des Renaudes, une rue tranquille du …

Le 12 juillet 1935, dans un appartement des Ternes, s'éteint sans bruit l'homme dont le nom avait, quarante ans plus tôt, coupé la France en deux.

Il vivait depuis 1928 au 7 de la rue des Renaudes, une rue tranquille du quartier des Ternes, dans le 17e. C'est là qu'Alfred Dreyfus meurt le 12 juillet 1935, à soixante-quinze ans — lieutenant-colonel en retraite, discret, depuis longtemps sorti des gazettes. Le « capitaine Dreyfus » qui avait déchaîné la France était devenu un vieux monsieur des beaux quartiers, dont la mort, ce jour-là, passe presque inaperçue.

L'Affaire, pourtant, avait tout emporté. Condamné en 1894 pour trahison sur la foi d'une pièce truquée, dégradé dans la cour de l'École militaire, déporté à l'île du Diable ; puis le J'accuse…! de Zola en 1898, la révision, la grâce de 1899, enfin la réhabilitation de 1906 et la réintégration dans l'armée. Dreyfus reprit du service pendant la Grande Guerre, puis rentra dans le silence. Trente ans durant, l'homme au centre du séisme avait vécu en marge du bruit qu'il portait.

Le hasard du calendrier lui réserva une dernière ironie. Ses obsèques ont lieu le 14 juillet ; le cortège gagne le cimetière du Montparnasse en traversant la place de la Concorde, où sont massées les troupes rassemblées pour la revue de la fête nationale. L'armée qui l'avait brisé se trouvait là, en armes, sur le passage de son cercueil.

La réparation, elle, resta longtemps inachevée. Réintégré en 1906, Dreyfus n'avait pas été rétabli dans le grade auquel sa carrière l'aurait porté sans l'erreur judiciaire. Il aura fallu attendre quatre-vingt-dix ans : par la loi du 17 novembre 2025, la République l'a élevé, à titre posthume, au grade de général de brigade. Le capitaine de l'Affaire est enfin devenu général — bien après que l'appartement de la rue des Renaudes eut changé de mains.

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Événement
1899
15 août 1899 — Locaux de la Ligue Antijuive/Siège du "Grand Occident de France"/Fort Chabrol
p 51
Suite aux troubles provoqués à l'occasion du procès en révision de Dreyfus, Jules Guérin se retranche au "Grand Occident de France", origine de l'expression "Fort Chabrol"
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Événement
1833
Événement
1857
16 juillet 1857 — Hôtel de la Haye/Demeure de Pierre-Jean de Béranger
p 55
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Événement
1780
19 août 1780 — Maison natale de Pierre-Jean de Béranger
p 55
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Événement
1839
3 mars 1839 — Premier Diorama de Bouton et Daguerre (construit en 1822)
p 56
Incendie du Diorama de Daguerre qui, contrairement à une idée reçue n'inventa pas la photographie, mais sut l'améliorer et surtout la faire "fructifier" Le 3 mars 1839, le Diorama de Daguerre, installé depuis 1822 près d …

Incendie du Diorama de Daguerre qui, contrairement à une idée reçue n'inventa pas la photographie, mais sut l'améliorer et surtout la faire "fructifier"

Le 3 mars 1839, le Diorama de Daguerre, installé depuis 1822 près de la place du Château‑d’Eau, part en fumée en quelques heures. Le feu, parti des coulisses, dévore la grande salle circulaire où Louis Daguerre et Charles‑Marie Bouton faisaient défiler leurs immenses toiles peintes sur les deux faces, animées par des jeux de lumière qui donnaient au public l’illusion d’un paysage qui change de saison, d’heure ou de temps. Toutes les toiles parisiennes disparaissent dans l’incendie, ne laissant subsister qu’un seul diorama de Daguerre, celui qu’il avait installé plus tard dans le chœur de l’église de Bry‑sur‑Marne.

Pour Daguerre, le choc est financier et matériel, mais il intervient à un moment charnière. Depuis plusieurs années déjà, Daguerre travaille à partir des expériences de Nicéphore Niépce, avec qui il a mis au point le physautotype, puis perfectionné l’usage de l’iodure d’argent et des vapeurs de mercure pour faire apparaître et fixer une image sur une plaque métallisée : le daguerréotype. Contrairement à la légende, il n’« invente » donc pas la photographie à partir de rien : Niépce a obtenu les premières images durables dès les années 1820, mais Daguerre sait accélérer le procédé, le rendre montrable, reproductible… et vendable.

L’incendie du Diorama arrive au moment où François Arago présente justement le procédé au monde savant et négocie avec l’État l’achat de l’invention. Ruiné par la catastrophe, Daguerre obtient une rente viagère en échange de la cession de ses secrets : une pension pour lui, une pour Isidore Niépce, héritier du pionnier oublié. Assez vite, le vieux spectacle du Diorama sera éclipsé par le nouveau médium, la photographie, que Daguerre, plus habile entrepreneur que véritable inventeur solitaire, aura réussi à faire fructifier à une échelle sans commune mesure avec les essais de Niépce.

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Événement
1892
30 mars 1892 — Lieu de l'arrestation de Ravachol
p 57
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Événement
Date imprécise — Demeure de Jules Verne
p 57
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Événement
1766
1766 — Hôtel d'Hallwyll/Banque Thellusson Vernet et Necker/Demeure de Jacques Necker/Maison natale Mme de Staël
p 58
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Événement
Événement
1854
27 février 1854 — Demeure de Félicité Robert de Lamennais
p 59
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Événement
1679
24 août 1679 — Hôtel de Retz
p 59
Mort du cardinal de Retz, un des instigateurs de la Fronde
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Événement
Événement
1553
9 avril 1553 — Demeure de François Rabelais
p 64-65
Le 9 avril 1553, dans une petite rue du quartier Saint-Paul, s'éteint le plus grand rieur de la littérature française. Le 8 rue des Jardins Saint-Paul ne paie pas de mine. Une rue calme du 4e, entre les vestiges de l'enc …

Le 9 avril 1553, dans une petite rue du quartier Saint-Paul, s'éteint le plus grand rieur de la littérature française.

Le 8 rue des Jardins Saint-Paul ne paie pas de mine. Une rue calme du 4e, entre les vestiges de l'enceinte de Philippe Auguste et le Village Saint-Paul. C'est pourtant ici que François Rabelais a passé ses derniers mois — et qu'il est mort, le 9 avril 1553.

Rabelais n'a pas toujours vécu à Paris, mais c'est à Paris qu'il finit sa vie. Après des années entre Montpellier, Lyon, Rome et le Piémont, après Pantagruel et Gargantua, après avoir jonglé entre la protection des puissants et les censures de la Sorbonne, il s'installe dans ce quartier encore marqué par le souvenir de l'Hôtel royal de Saint-Paul, résidence de Charles V deux siècles plus tôt. Un coin de jardins enclos et de demeures discrètes.

On sait peu de chose sur ses derniers jours. La légende lui attribue cette phrase au moment de mourir : « Je vais quérir un grand peut-être. » Probablement apocryphe. Mais elle lui va bien.

Il est inhumé au cimetière de l'église Saint-Paul, à quelques pas de chez lui, rue de l'Hôtel Saint-Paul. L'église et le cimetière ont disparu — il ne reste rien de sa sépulture. La rue, elle, est toujours là.

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Événement
1664
14 novembre 1664 — Arsenal de Paris/Hôtel du Grand maître de l'artillerie/Chambre de justice
p 64
Procès de Fouquet, de l'Affaire des poisons et du chevalier de Rohan
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Événement
1858
novembre 1858 — Hôtel de Charny/Demeure de Jeanne Duval et de Charles Baudelaire
p 64
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Événement
1789
Événement
Événement
1914
1914 — Demeure de Marie Curie
p 67
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Événement
1799
1799 — Demeure de Philippe Lebon
p 68
Lebon invente l'éclairage et le chauffage au gaz ; Chaptal dirige les essais
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Événement
1742
1742 — Hôtel Lambert (de 1644, donnant aussi sur la rue St Louis en l'Île)
p 68
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Événement
1742
1742 — Hôtel Lambert de 1644 (donne sur le quai d'Anjou)
p 68
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Événement
1845
11 novembre 1845 — Maison natale de Jules Guesde
p 68
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Événement
1626
1626 — Demeure de Théophraste Renaudot
p 69
Demeure de Théophraste Renaudot, fondateur du journalisme en France, qui publie en 1612 registres d'adresses et petites annonces ; feuille récupérée par Richelieu
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Événement
Date imprécise — Demeure de Léon Blum/Cité d'artistes
p 69
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Événement
1872
9 avril 1872 — Maison natale de Léon Blum
p 69
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Événement
1717
17 novembre 1717 — Maison de la nourrice de d'Alembert (et non au 21 comme l'indique un panneau erroné)
p 70
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Événement
1717
16 novembre 1717 — Chapelle St Jean le Rond (ancien baptistère jouxtant Notre-Dame, démolie en 1748)
p 70
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Événement
1794
30 juin 1794 — Local de Xavier Bichat
p 70
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Événement
1559
Événement
1645
1645 — Demeure de Mme de Sévigné
p 74
Mort du mari et naissance de la fille de Mme de Sévigné
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Événement
1709
1709 — Église St Paul-St Louis (de 1641)/Premier grand dôme parisien
p 74
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Événement
1851
11 décembre 1851 — Demeure de Victor Hugo (de 1848 à 1851)
p 74-75
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Événement
Événement
1848
26 février 1848 — Dispensaire des pauvres
p 75
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Événement
Événement
1821
1821 — Demeure de Victor Hugo (après la mort de sa mère)
p 75 & 120
Mansarde où demeure Victor Hugo à 19 ans ; il y écrit ses "Odes et Ballades"
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Événement
1885
22 mai 1885 — Demeure de Victor Hugo (à partir de 1881, au n° 50 de l'avenue selon son acte de décès. Visage d'Hugo sculpté au fronton du porche)
p 75 & 220
Mort de Victor Hugo ; l'avenue portait déjà son nom depuis 1881. On décide à cette occasion de rendre le Panthéon aux grands hommes ; mais pas encore des grandes femmes... Mort également de Juliette Drouet le 11 mai 1883
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Événement
1776
9 octobre 1776 — Hôtel Amelot de Bisseuil/Hôtel des Ambassadeurs de Hollande/Demeure de Beaumarchais
p 76
L'auteur du Barbier de Séville monte une entreprise fictive au nom portugais pour livrer des canons français à des républicains américains, sans que le roi de France n'ait à en répondre. Pierre-Augustin Caron de Beaumarc …

L'auteur du Barbier de Séville monte une entreprise fictive au nom portugais pour livrer des canons français à des républicains américains, sans que le roi de France n'ait à en répondre.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais a quarante-quatre ans en 1776. Horloger de formation, musicien, spéculateur, agent secret, dramaturge, il est l'un des personnages les plus insaisissables du siècle. Il a écrit Le Barbier de Séville, joué l'année précédente ; il écrira Le Mariage de Figaro, dont la représentation en 1784 fera dire à Napoléon qu'elle fut "la Révolution déjà en action."

En 1775 et 1776, il est en mission à Londres pour Louis XVI. Il y rencontre des émissaires des colonies américaines révoltées et devient un partisan enthousiaste de leur cause. Il bombarde Vergennes, ministre des Affaires étrangères, de mémoires expliquant que la France a tout intérêt à soutenir les insurgés pour affaiblir l'Angleterre.

Le problème est diplomatique. La France n'est pas en guerre contre l'Angleterre et ne veut pas l'être encore. Un soutien officiel serait un casus belli. Il faut donc un montage.

Beaumarchais obtient un million de livres du Trésor français, auquel s'ajoute un million espagnol. Il crée une société commerciale entièrement fictive quant à son objet réel, sous le nom portugais de Roderigue Hortalez et Compagnie, et en installe les bureaux dans sa demeure de l'hôtel Amelot de Bisseuil, dit hôtel des Ambassadeurs de Hollande, 47 rue Vieille-du-Temple dans le 4e arrondissement.

L'entreprise achète officiellement des marchandises et livre en réalité des fusils, des canons, de la poudre, des uniformes, sortis des arsenaux royaux. Le premier convoi part du Havre en décembre 1776 ; seul l'Amphitrite parvient à appareiller, avec quarante-neuf militaires à bord.

L'aide de Hortalez et Cie sera décisive pour la victoire américaine de Saratoga en 1777, qui déterminera l'entrée officielle de la France dans la guerre. Beaumarchais ne sera jamais remboursé de son avance. Ses héritiers la réclameront encore à Washington au XIXe siècle. Le monarque le plus absolu d'Europe avait financé une république.

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Événement
1792
3 septembre 1792 — Prison de la Force/Grande Force (à partir de 1780)/Massacres de Septembre
p 76
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Événement
1721
6 décembre 1721 — Hôtel de Lamoignon
p 76
Naissance du futur directeur de la Censure, qui paradoxalement protègera les philosophes. Il sera cependant guillotiné le 23 avril 1794 pour "conspiration avec les émigrés". Il était dépositaire d'un codicille secret de …

Naissance du futur directeur de la Censure, qui paradoxalement protègera les philosophes. Il sera cependant guillotiné le 23 avril 1794 pour "conspiration avec les émigrés". Il était dépositaire d'un codicille secret de Louis XVI dont il fut l'avocat

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Événement
1634
Événement
1763
18 novembre 1763 — Hôtel de Beauvais (construit avec des pierres provenant du Louvre)
p 77
Demeure de Mozart, alors âgé de 7 ans, avec sa sœur Nannerl et leur père, lors de son premier séjour à Paris pour une tournée européenne.
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Événement
1794
28 juillet 1794 — Hôtel de Ville/Maison Commune
p 77
Maximilien Robespierre, blessé par le gendarme Merda, est arrêté vers 3 heures du matin le 10 thermidor
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Événement
1647
23 septembre 1647 — Hôtel de Roannès ou Roannez
p 77-79
Pascal présente sa machine arithmétique chez son ami le duc de Roannès
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Événement
1871
28 mars 1871
p 77
Proclamation de la Commune de Paris, qui installe son siège à l'Hôtel de Ville. 90 membres, 11 modérés, 13 membres du CC de la Garde nationale, 16 membres de l'A.I.T., 25 ouvriers. Le 28 mars 1871, par une journée de pri …

Proclamation de la Commune de Paris, qui installe son siège à l'Hôtel de Ville. 90 membres, 11 modérés, 13 membres du CC de la Garde nationale, 16 membres de l'A.I.T., 25 ouvriers.

Le 28 mars 1871, par une journée de printemps exceptionnellement belle, Paris proclame la Commune.

Depuis dix jours, le Comité central de la Garde nationale administre la ville, sans mandat autre que celui des fusils et de la nécessité. Il a convoqué des élections, reportées deux fois, tenues le 26 mars. Ce matin du 28, les résultats sont connus : quatre-vingt-dix membres sont élus au Conseil de la Commune. Quatre-vingt-dix hommes qui représentent un Paris que l'Assemblée de Versailles ne reconnaît pas — vingt-cinq ouvriers, seize membres de l'Internationale, treize délégués du Comité central, une poignée de républicains radicaux, onze modérés qui démissionneront dès la première séance.

À midi, Gabriel Ranvier proclame la Commune depuis les balcons de l'Hôtel de Ville. La place est noire de monde. Les bataillons de la Garde nationale sont massés en ordre, canons en batterie, drapeaux rouges au vent. La fanfare joue la Marseillaise. Léopold Boursier lit la proclamation au peuple parisien. La foule répond par des cris qui dureront des heures.

Ce que Paris acclame ce jour-là, c'est à la fois très précis et très ouvert. Très précis : un gouvernement élu au suffrage universel, autonome, responsable devant ses mandants, révocable. Très ouvert : personne ne sait encore ce que la Commune va faire de son pouvoir, ni combien de temps elle vivra. Les décrets viendront après — suppression du travail de nuit pour les boulangers, moratoire sur les loyers, séparation de l'Église et de l'État, remise des outils mis en gage, école laïque et gratuite. Deux mois de législation sociale qui anticipe sur plusieurs décennies.

Marx, depuis Londres, télégraphie à ses correspondants parisiens pour leur demander de ne pas se lancer trop vite. Il a peur de la répression. Il a raison.

La Semaine sanglante commence le 21 mai. En huit jours, l'armée versaillaise tue entre dix et vingt mille Parisiens. Ranvier, qui avait proclamé la Commune ce matin de mars, finit ses jours en exil à Genève.

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Événement
Événement
1832
6 juin 1832 — Barricade rue de la Chanverrerie (Chanvrerie)/Barricade en 1832/Cabaret du père Hucheloup
p 78
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Événement
1651
1 décembre 1651 — Demeure de Blaise Pascal
p 78 & 58
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Événement
1852
1852 — Demeure de Marcellin Berthelot
p 78
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Événement
1662
19 août 1662 — Maison à l'enseigne du Lion d'Or/Demeure de Blaise Pascal (chez sa sœur)
p 78
Quelqu'un déchire la doublure d'un vêtement et trouve un parchemin cousu là depuis huit ans. Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont-Ferrand. À seize ans, il avait rédigé un Essai sur les coniques qui stupéfia le …

Quelqu'un déchire la doublure d'un vêtement et trouve un parchemin cousu là depuis huit ans.

Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont-Ferrand. À seize ans, il avait rédigé un Essai sur les coniques qui stupéfia les mathématiciens. À dix-neuf ans, il construisit la Pascaline, première machine à calculer mécanique. À vingt-trois ans, il conduisit les expériences de Torricelli sur la pression atmosphérique et démontra l'existence du vide contre les aristotéliciens. À trente-neuf ans, il mourait dans la maison de sa sœur Gilberte Périer, au 67 rue du Cardinal Lemoine, dans le 5e arrondissement, après des semaines d'agonie.

L'autre Pascal, celui des Pensées et des Provinciales, avait commencé le soir du 23 novembre 1654. Ce soir-là, entre dix heures et minuit, il connut ce qu'il appellera simplement dans ses notes : « Feu. » Une expérience mystique dont il rédigea immédiatement le compte rendu sur un parchemin, qu'il transcrivit ensuite sur du papier, et qu'il cousit dans la doublure de son manteau pour le porter sur lui jusqu'à la mort. Ce parchemin, le « Mémorial », ne fut découvert qu'après son décès : ses serviteurs, dépliant ses habits, sentirent quelque chose de dur dans la doublure. Il commençait par le mot : « FEUX. »

À partir de cette nuit de 1654, Pascal abandonna progressivement les sciences et se consacra à la polémique religieuse et à la réflexion sur la condition humaine. Les Provinciales (1656-1657), dix-huit lettres satiriques contre la casuistique des jésuites, furent l'une des œuvres de prose française les plus lues du siècle. Les Pensées, fragments d'une apologétique du christianisme jamais achevée, furent publiées après sa mort : elles comptent parmi les grandes œuvres de la philosophie française.

Pascal est mort à trente-neuf ans. Les médecins avaient identifié une « vapeur » au cerveau, probablement un cancer ou une méningite tuberculeuse. Il était épuisé, douloureux, mais lucide. Il refusa les secours religieux pour lui-même tant qu'un pauvre n'en aurait pas bénéficié d'abord. La nuit du 18 au 19 août 1662, il dit : « Que Dieu ne m'abandonne jamais. » Il mourut quelques heures plus tard.

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Événement
1635
juin 1635 — Demeure de Blaise Pascal
p 78-79
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Événement
1898
21 décembre 1898 — École supérieure de Chimie et de Physique (créée en 1882)
p 82
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Événement
1885
1885 — École Normale Supérieure/Laboratoire de Louis Pasteur (grenier pavillon)
p 83
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Événement
1896
8 janvier 1896 — Demeure de Paul Verlaine (à partir de septembre 1895)
p 83
Mort du poète Paul Verlaine ; ses obsèques ont lieu à l'église St Étienne du Mont
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Événement
1860
1860 — Demeure d'Émile Zola
p 84
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Événement
1871
1871 — Remise des Petites voitures (immeuble habité par les cochers)/Demeure d'Arthur Rimbaud
p 84-201
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Événement
1798
1798 — Carrières de Montmartre (gypse calcarifère)
p 85
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Événement
1832
9 mai 1832 — Demeure de Georges Cuvier
p 85
Mort de Georges Dagobert Cuvier, un des fondateurs de la paléontologie
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Événement
1792
Événement
1766
1766 — Hôtel Le Brun/Demeure de Georges Louis Leclerc de Buffon
p 86
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Événement
1771
1771 — Demeure de Georges Louis Leclerc de Buffon
p 86
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Événement
1788
16 avril 1788 — Hôtel de l'Intendant/Demeure de Georges Louis Leclerc de Buffon (à partir de 1772)
p 86
Mort de Georges Buffon, intendant du Jardin du Roi pendant 49 ans La veille encore, le 15 avril 1788, Georges-Louis Leclerc de Buffon dictait à son intendant Thouin les dernières consignes pour les travaux du Jardin, rem …

Mort de Georges Buffon, intendant du Jardin du Roi pendant 49 ans

La veille encore, le 15 avril 1788, Georges-Louis Leclerc de Buffon dictait à son intendant Thouin les dernières consignes pour les travaux du Jardin, remettait dix-huit mille livres pour les poursuivre et corrigeait une épreuve. Dans la nuit, la gravelle qui le ronge depuis des années a raison de lui. Il a quatre-vingts ans. Il vient de passer quarante-neuf ans — près d'un demi-siècle — à la tête du Jardin du Roi, nommé par Louis XV en 1739.

Ce qu'il en a fait tient du prodige. Arrivé à la tête d'un jardin médicinal, il le double en superficie, achète terrain après terrain vers le sud et la Seine, fait percer la rue de Buffon en 1782, bâtit des serres, l'amphithéâtre de Verniquet en 1787, un cabinet d'histoire naturelle que l'Europe entière vient visiter. Il y accumule six mille espèces végétales et des collections zoologiques qui feront le socle du futur Muséum. En parallèle, il publie les trente-six volumes de son Histoire naturelle — entreprise encyclopédique où la prose du Discours sur le style (« le style est l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées ») sert une science en train de se faire.

Il meurt dans l'hôtel qu'il s'est fait construire en 1772 à l'angle des rues Geoffroy-Saint-Hilaire et Buffon, où se trouve aujourd'hui la Maison de Buffon. Son corps part le 20 avril pour l'église de Montbard ; son cœur, longtemps préservé des tourmentes, reposera dans la base de la statue de Pajou, commandée par Louis XVI et qui trône au Muséum. Son fils unique, le comte Buffonet, sera guillotiné en juillet 1794, le mot « Citoyens, je m'appelle Buffon » à la bouche.

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Événement
1752
16 mars 1752 — Maison natale d'Antoine-Joseph Santerre (brasserie paternelle)
p 86
Naissance du meneur des insurrections des 20 juin et 10 août 1792
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Événement
1848
1848 — Demeure de Félicité Robert de Lamennais
p 88
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Événement
1533
novembre 1533 — Collège de Fortet/Demeure de Jean Calvin/Tour de Calvin
p 89
Arrestation manquée de Calvin, accusé de luthéranisme pour avoir inspiré un discours litigieux du recteur Cop
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Événement
Événement
1792
1792 — Ferme Ste Geneviève
p 89
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Événement
1794
Événement
1900
5 janvier 1900 — Demeure de Jean Tharaud/Premier Siège de la revue "Les cahiers de la quinzaine"
p 90
Charles Péguy fonde le journal socialiste "Les Cahiers de la quinzaine". Il lutte aux côtés de Zola et de Jaurès dans l'affaire Dreyfus
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Événement
1900
12 novembre 1900 — Second Siège de la revue "Les Cahiers de la quinzaine"
p 90
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Événement
1898
1 mai 1898 — Librairie Georges Bellais
p 91
Charles Péguy et Lucien Herr fondent une librairie socialiste qui devient le quartier général des dreyfusards
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Événement
1642
4 décembre 1642 — Palais Cardinal/Galerie des proues (seul vestige subsistant du palais d'origine)
p 91
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Événement
1623
1623 — Demeure du cardinal de Richelieu
p 91
Séjour du cardinal-duc de Richelieu chez son beau-frère, dans un Hôtel appelé à tort "du cardinal de Richelieu", puis qu'il n'appartint qu'à son arrière-petit-neveu, le maréchal de Richelieu
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Événement
1470
1 février 1470 — Collège de Sorbon (collège de théologie fondé en 1253)/Première imprimerie à Paris/La Sorbonne
p 91
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Événement
1847
1847 — Collège de France
p 92
Claude Bernard travaille au Collège de France ; Frédéric Joliot y fait réaliser le "cyclotron"
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Événement
Événement
1795
5 octobre 1795 — Auberge du Cadran Bleu (ancienne Hure d'Or)/Séjour de Napoléon Bonaparte
p 93-94
Barras fait appel à Bonaparte, faute de Barthélemy Joubert d'abord choisi mais qui venait de se faire tuer à la bataille de Novi, pour mater l'insurrection présentée comme royaliste, mais seulement manipulée par eux
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Événement
1619
1619 — Maison natale de Cyrano de Bergerac
p 93
Cyrano de Bergerac, le personnage réel, écrivain "libertin" au sens noble du terme c'est-à-dire "libre-penseur", philosophe humaniste qui fréquentait le cercle de Gassendi
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Événement
1793
1 juin 1793 — Demeure de Mme Roland
p 94
Arrestation de Mme Roland qui sera exécutée le 8 novembre ; Roland s'est déjà suicidé
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Événement
1775
1 avril 1775 — Église St Nicolas du Chardonnet
p 94
Le 1er avril 1775, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord prononce ses vœux religieux en l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Il a vingt et un ans. Il ne veut pas être prêtre. La famille en avait décidé autrement. Né av …

Le 1er avril 1775, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord prononce ses vœux religieux en l'église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Il a vingt et un ans. Il ne veut pas être prêtre.

La famille en avait décidé autrement. Né avec une malformation au pied qui lui interdit la carrière militaire réservée aux aînés, il est destiné dès l'enfance à l'Église — une Église qui, sous l'Ancien Régime, offre à la noblesse les plus hautes fonctions et les plus grosses rentes. Talleyrand obéit, mais sans illusions. Il fera toute sa carrière ecclésiastique avec le même détachement ironique qu'il mettra plus tard à servir la Révolution, l'Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet.

Il devient évêque d'Autun en 1788. En 1789, il siège aux États généraux et vote avec le Tiers État. Il propose la nationalisation des biens du clergé — geste qui lui vaut l'excommunication. Il officie à la messe de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790, place du Champ-de-Mars, devant trois cent mille personnes — avec, dira-t-il plus tard, une componction parfaite.

Après la Révolution, il devient ministre des Relations extérieures sous cinq régimes différents. Il survit à tout, trahit tout le monde en temps voulu, et meurt en 1838 en se réconciliant avec l'Église — après avoir obtenu du pape la levée de son excommunication et s'être fait administrer les derniers sacrements avec une précision remarquable.

Tout Talleyrand était déjà dans ce 1er avril 1775 : un homme qui fait ce qu'on lui dit, et qui sait que ça ne durera pas.

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Événement
Événement
1811
1811 — Demeure d'André-Marie Ampère
p 95
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Événement
Événement
1432
1432 — Église St Benoît le Bétourné/Maison d'enfance de François Villon
p 95
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Événement
1779
1779 — Demeure de Jean-Baptiste Rochambeau
p 99
Demeure d'un des artisans, à la tête de 6 000 français, le 19 octobre 1781, de la victoire de Yorktown ; cette dernière entraîna la reddition de Cornwallis et la fin de la guerre d'indépendance américaine
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Événement
1794
4 février 1794 — Hôtel de Polignac/Demeure de l'abbé Grégoire
p 99
Le 4 février 1794, la Convention nationale proclame l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises, un décret arraché par l'abbé Henri Grégoire, l'un de ses principaux artisans. Membre et président de la …

Le 4 février 1794, la Convention nationale proclame l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies françaises, un décret arraché par l'abbé Henri Grégoire, l'un de ses principaux artisans. Membre et président de la Société des Amis des Noirs, Grégoire plaide depuis 1789 pour les droits des gens de couleur et contre la traite négrière, obtenant en décembre 1789 l'admission des sang-mêlés à la représentation nationale.

Cette demeure située au 88 [[rue Bonaparte|doc:rue-bonaparte.WebHome]], dans le [[6e arrondissement|doc:6e-arrondissement.WebHome]], est associée à l'abbé Grégoire, prêtre et député lorrain qui résida dans ce quartier central pendant la Révolution. Figure du Serment du Jeu de Paume en 1789 et président de l'Assemblée constituante en 1790, il y mena ses combats pour l'égalité des droits, l'abolition des privilèges lors de la nuit du 4 août 1789 et la régénération des Juifs, couronnée par un essai primé en 1788.

Napoléon Ier rétablit l'esclavage en 1802, mesure à laquelle Grégoire s'oppose fermement, soutenant Toussaint Louverture et la jeune république d'Haïti. Il contribue aussi à la création de l'Institut de France et du Conservatoire national des arts et métiers.

Aujourd'hui, ce lieu rappelle l'engagement humaniste de Grégoire pour la liberté et l'instruction publique, au cœur du Paris révolutionnaire.

Sources

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Événement
Événement
1825
1825 — Demeure de René Laennec
p 99-100
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Événement
1794
1794 — Hôtel de Polignac/Demeure de Roger Ducos
p 99
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Événement
1831
28 mai 1831 — Demeure de l'Abbé Grégoire (depuis 1820)
p 99
Mort de l'abbé Grégoire, chef de l'Église constitutionnelle ; il défend les droits des juifs et milite pour l'abolition de l'esclavage
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Événement
1908
9 janvier 1908 — Café de la Rotonde/Maison natale de Simone de Beauvoir
p 99
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Événement
1816
1816 — Demeure de René Laennec
p 99-100
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Événement
Événement
1868
11 février 1868 — Demeure de Jean Bernard Léon Foucault
p 100
Mort du physicien Léon Faucault, à qui l'on doit le pendule expérimental installé au Panthéon, démontrant pratiquement la rotation de la Terre Le 11 février 1868, le physicien Jean-Bernard Léon Foucault meurt à Paris, à …

Mort du physicien Léon Faucault, à qui l'on doit le pendule expérimental installé au Panthéon, démontrant pratiquement la rotation de la Terre

Le 11 février 1868, le physicien Jean-Bernard Léon Foucault meurt à Paris, à l’âge de quarante-huit ans, dans son logement situé 28–30 rue d’Assas, dans le 6ᵉ arrondissement. Sa disparition prématurée met fin à une carrière scientifique brève mais décisive, marquée par une exigence constante : rendre visibles, par l’expérience, les lois fondamentales de la nature.

Foucault est déjà gravement malade depuis plusieurs mois. Atteint d’une affection neurologique dégénérative, il poursuit néanmoins ses travaux aussi longtemps que son état le lui permet. Sa mort suscite une vive émotion dans les milieux scientifiques et intellectuels parisiens. Il est alors reconnu comme l’un des savants majeurs du Second Empire, membre de l’Académie des sciences depuis 1865.

Si son nom reste indissociable du pendule expérimental installé au Panthéon, qui démontra de manière spectaculaire la rotation de la Terre, Foucault incarne plus largement une nouvelle manière de faire de la science : expérimentale, rigoureuse, accessible au public, et étroitement liée aux institutions parisiennes. Ses travaux ont profondément marqué l’optique, la mécanique et la physique expérimentale, sans jamais se départir d’une méfiance envers les spéculations abstraites.

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Événement
1816
1816
p 100
René Laennec a l'idée du stéthoscope en regardant jouer des enfants
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Événement
1815
7 décembre 1815 — Lieu de l'exécution du maréchal Ney
p 101
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Événement
1932
1932 — Demeure de Charles de Gaulle
p 102
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Événement
Date imprécise — Demeure d'Alfred Dreyfus
p 102
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Événement
1882
1882 — Atelier de Camille Claudel
p 102
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Événement
1885
14 février 1885 — Séjour de Jules Vallès
p 104
Jules Vallès meurt le 14 février 1885 dans un appartement du 77 boulevard Saint‑Michel, à Paris, épuisé par le diabète. Il est hébergé là par le docteur Guébhard et sa famille, qui l’entourent dans ses derniers mois, ent …

Jules Vallès meurt le 14 février 1885 dans un appartement du 77 boulevard Saint‑Michel, à Paris, épuisé par le diabète. Il est hébergé là par le docteur Guébhard et sa famille, qui l’entourent dans ses derniers mois, entre soins et solidarité militante. Loin du fracas de la Commune et des tribunaux militaires, la fin de ce combattant de 1871 se joue dans un cadre presque domestique, marqué par la présence discrète de proches et d’alliés politiques.

Au moment de sa mort, Vallès a repris depuis plusieurs années son activité de journaliste et d’écrivain : il a publié sa grande trilogie autobiographique et relancé Le Cri du Peuple, redevenu un point de repère pour une gauche radicale encore marquée par la défaite de la Commune mais à nouveau présente dans l’espace public. Son état de santé, en revanche, ne cesse de se dégrader, jusqu’à cette dernière crise de février 1885.

La nouvelle de sa disparition se répand vite. Le 16 février, ses obsèques rassemblent des dizaines de milliers de personnes, anciens communards, militants socialistes, simples lecteurs, dans un cortège qui va jusqu’au Père-Lachaise. Entre l’appartement du docteur Guébhard et l’ultime montée vers le cimetière, c’est toute une mémoire des combats communards et ouvriers du XIXᵉ siècle qui se donne rendez-vous autour de celui qui avait choisi pour devise : « Je ne renie rien. »![[Plaque de la demeure où mourut Jules Vallès, Photo: Mu, Wikimedia|Vallès Jules 77 Saint-Michel boulevard Paris 5e.jpeg]]

Plaque de la demeure où mourut Jules Vallès, Photo: Mu, Wikimedia

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Événement
1792
2 septembre 1792 — Demeure de Louis Antoine de Saint-Just
p 104
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Événement
1885
14 février 1885 — Cimetière du Père Lachaise (66ème division)/Tombe de Jules Vallès
p 104
Le 16 février 1885, le cortège funèbre de Jules Vallès quitte le 77 boulevard Saint‑Michel pour gagner le cimetière du Père‑Lachaise. Des dizaines de milliers de personnes – anciens communards, militants socialistes, lec …

Le 16 février 1885, le cortège funèbre de Jules Vallès quitte le 77 boulevard Saint‑Michel pour gagner le cimetière du Père‑Lachaise. Des dizaines de milliers de personnes – anciens communards, militants socialistes, lecteurs du Cri du Peuple, « lamentables » dont il a raconté la misère – se massent sur le parcours pour accompagner celui qui fut à la fois écrivain, journaliste et insurgé. Les témoignages de l’époque évoquent une marée humaine, des drapeaux rouges et noirs, des cris de « Vive la Commune ! Honneur à Vallès ! », et un dispositif policier débordé par l’ampleur de l’hommage populaire.

Sa tombe se trouve dans la 66ᵉ division du Père‑Lachaise, au nord‑ouest du cimetière. Elle est surmontée d’un buste en bronze de Jean Carlus, où Vallès apparaît tête nue, accompagné d’une plume, rappel de son combat par l’écriture. L’épitaphe résume sa posture : « Ce qu’ils appellent mon talent n’est fait que de ma conviction. » Aujourd’hui encore, la sépulture demeure un lieu de mémoire des traditions révolutionnaires parisiennes, régulièrement fleurie lors des commémorations de la Commune et des mobilisations sociales.

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Événement
1838
1838 — Demeure d'Auguste Comte
p 105
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Événement
1824
1824 — Demeure d'Auguste Comte
p 105
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Événement
1834
1834 — Demeure d'Auguste Comte
p 105
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Événement
1835
1835 — Demeure d'Auguste Comte
p 105
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Événement
1828
1828 — Demeure d'Auguste Comte
p 105
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Événement
1824
1824 — Demeure d'Auguste Comte
p 105
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Événement
1794
30 mars 1794 — Palais du Luxembourg (transformé en prison fin 1792)
p 105
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Événement
1857
5 septembre 1857 — Demeure d'Auguste Comte (à partir de 1841)
p 105
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Événement
1963
30 janvier 1963 — Demeure de Francis Poulenc
p 105
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Événement
Événement
1763
1763 — Demeure de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
p 106
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Événement
1790
novembre 1790 — Demeure de Donatien Aldonse François de Sade
p 106
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Événement
1740
2 juin 1740 — Hôtel de Condé/Maison natale du marquis de Sade
p 106
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Événement
1787
1787 — Hôtel des Monnaies/Demeure de Nicolas de Condorcet
p 107-108
Condorcet, inspecteur général des Monnaies, discute avec Franklin sur le texte de la Constitution ; il sera un des premiers à se revendiquer républicain, dans un premier temps de façon anonyme
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Événement
1848
1848 — Hôtel de Montmorency/Demeure d'Alphonse de Lamartine/Demeure d'Alexandre Ledru-Rollin
p 107
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Événement
1792
18 juillet 1792 — Cimetière de la Grange aux Belles
p 107
Il avait fondé la marine américaine, combattu sous le drapeau russe, et mourait à quarante-cinq ans, face contre son lit, dans un appartement de la rue de Tournon. John Paul Jones est né en 1747 en Écosse. La Révolution …

Il avait fondé la marine américaine, combattu sous le drapeau russe, et mourait à quarante-cinq ans, face contre son lit, dans un appartement de la rue de Tournon.

John Paul Jones est né en 1747 en Écosse. La Révolution américaine lui offrit une carrière : il devint l'officier de marine le plus célèbre des États-Unis, attaqua des ports britanniques sur leurs propres côtes, et prononça la phrase qu'on cite encore : « I have not yet begun to fight. »

Il arriva à Paris en 1788, cherchant de l'emploi. Catherine II de Russie le recruta comme vice-amiral pour combattre les Turcs en mer Noire. Il se distingua à la bataille de Liman, mais les intrigues de cour l'écartèrent. De retour à Paris en 1790, il sollicita en vain une mission de la France révolutionnaire. On le négligea.

Le 18 juillet 1792, on le trouva mort dans son appartement du 19 rue de Tournon, dans le 6e arrondissement, face contre son lit. Il avait quarante-cinq ans. La Convention lui accorda des funérailles nationales — mais l'argent manquait, et le cercueil de plomb fut mis en terre dans la parcelle protestante du cimetière de la Grange aux Belles, au milieu de tombes anonymes.

Il y resta cent treize ans. En 1905, le général Horace Porter, ambassadeur américain à Paris, retrouva le cercueil après six ans de fouilles et 35 000 dollars de sa propre poche. Le corps était intact, conservé dans l'alcool. On le ramena aux États-Unis, où il repose aujourd'hui dans la crypte de l'académie navale d'Annapolis, sous un sarcophage de marbre.

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Événement
1874
13 janvier 1874 — Demeure de Victor Baltard (depuis 1854)
p 107
Mort de Victor Baltard, constructeur des Halles centrales de Paris, second édifice réalisé en métal dans la capitale
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Événement
1509
1509 — Demeure d'Ambroise Paré
p 107
Mort du chirurgien Ambroise Paré, qui soigna quatre rois de France
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Événement
1959
25 novembre 1959 — Demeure de Gérard Philipe
p 107
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Événement
1630
10 novembre 1630 — Hôtel de Tournon/Hôtel du maréchal d'Ancre/Hôtel des Grands Ambassadeurs
p 107
Refuge et cachette de Louis XIII pendant la Journée des Dupes
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Événement
1789
1789 — Atelier de Claude Joseph Vernet
p 108
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Événement
1793
10 juillet 1793 — Demeure de Marie-Rose Vernet/Cachette de Condorcet
p 108
Dans les guides pressés, on lit que Condorcet, traqué sous la Terreur, se réfugia « chez la veuve du peintre Joseph Vernet ». L'erreur est tenace. Sa logeuse s'appelait Marie-Rose Boucher, veuve de Louis-François Vernet …

Dans les guides pressés, on lit que Condorcet, traqué sous la Terreur, se réfugia « chez la veuve du peintre Joseph Vernet ». L'erreur est tenace. Sa logeuse s'appelait Marie-Rose Boucher, veuve de Louis-François Vernet — un sculpteur mort en 1784. Elle tenait une maison meublée rue des Fossoyeurs — rue étroite qui descend de Saint-Sulpice vers le Luxembourg, aujourd'hui rue Servandoni.

Le 8 juillet 1793, la Convention décrète l'arrestation des députés girondins. Condorcet est du lot : le mathématicien, l'académicien, qui avait refusé de voter la mort du roi, est désormais hors la loi. Les scellés sont posés sur son logement d'Auteuil. Averti à temps, il ne peut plus rentrer. Deux médecins de son cercle, Pinel et Boyer, frappent à la porte de la rue des Fossoyeurs.

La scène, rapportée par Arago, mérite qu'on s'y arrête. « Madame, nous voudrions sauver un proscrit. – Est-il honnête homme, est-il vertueux ? – Oui, Madame. – En ce cas, qu'il vienne ! » Marie-Rose Vernet ne demande pas le nom de l'homme qu'elle recueille : elle ne veut pas savoir. Elle abrite ainsi, au n° 21 de la rue — l'actuel n° 15 —, un homme dont la tête est mise à prix.

Il y restera neuf mois. Dans cette chambre, tandis que l'échafaud fonctionne à plein régime, Condorcet écrit le plus optimiste des livres : l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Quand il parle de partir, elle le retient d'une phrase : « La Convention, Monsieur, a le droit de mettre hors la loi : elle n'a pas le pouvoir de mettre hors de l'humanité ; vous resterez ! »

Il finit pourtant par céder, non à la peur, mais au scrupule. Le 25 mars 1794, il quitte la rue des Fossoyeurs. Une auberge de Clamart, une omelette commandée avec une maladresse d'aristocrate — combien d'œufs ? une douzaine — et le soupçon fait le reste. Arrêté, jeté dans un cachot de Bourg-l'Égalité, l'ancien Bourg-la-Reine, on l'y trouve mort le lendemain, 29 mars 1794. Poison dans une bague, épuisement : on ne sait au juste.

L'Esquisse fait de l'histoire la marche continue vers la raison — philosophie idéaliste que Marx et Engels retourneront dans l'Idéologie allemande, en substituant au progrès des idées le mouvement des conditions matérielles. Condorcet croyait la raison invincible ; on venait de lui prouver le contraire dans un cachot de banlieue.

Sur la façade du n° 15 de la rue Servandoni, une plaque rappelle aujourd'hui le refuge. Elle ne dit pas que la femme qui prononça ces mots n'était pas la veuve d'un peintre fameux, mais celle, presque oubliée, d'un modeste sculpteur.

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Événement
1792
1792 — Demeure de la citoyenne Pignon
p 108
Condorcet se réfugie à Auteuil, chez Mme Pignon, après les évènements d'août 1792
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Événement
1790
1790 — Demeure de Nicolas de Condorcet
p 108
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Événement
1790
29 décembre 1790 — Église St Sulpice
p 109
Mariage de Camille et Lucile Desmoulins, avec pour témoins Maximilien Robespierre, Pétion, Sillery et Mercier
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Événement
1943
27 mai 1943 — Appartement de René Corbin/Réunion du Conseil national de la Résistance
p 109
Réunion du CNR. Pascal Copeau (Libé-Sud), Gaston Tessier (CFTC), Louis Saillant (CGT), Joseph Laniel (PR), Marc Rucart (PS), André Mercier (PC), André Le Troquer (SFIO), Georges Bidault (démo-ch), Jacques Debû-Bridel (Ré …

Réunion du CNR. Pascal Copeau (Libé-Sud), Gaston Tessier (CFTC), Louis Saillant (CGT), Joseph Laniel (PR), Marc Rucart (PS), André Mercier (PC), André Le Troquer (SFIO), Georges Bidault (démo-ch), Jacques Debû-Bridel (Répu)

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Événement
1661
1661 — Demeure de Nicolas Boileau Despréaux
p 109
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Événement
1689
1689 — Église St Sulpice
p 109
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Événement
1879
1879 — Demeure d'Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
p 110
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Événement
1921
1921 — Librairie Shakespeare & Co (Shakespeare and Company)
p 110
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Événement
1789
1 décembre 1789 — Demeure de Jean-Paul Marat/Imprimerie du journal "L'Ami du Peuple"
p 111
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Événement
1795
27 février 1795 — Église St Étienne du Mont
p 111
Retiré du Panthéon, sous la surveillance de Soufflot, le 26 et déposé au cimetière, plus proche, Saint-Geneviève/Saint Étienne-du-Mont, le 27 février.
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Événement
1795
26 février 1795 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon
p 111
Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche …

Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche de Sainte‑Geneviève, dépendant de la paroisse Saint‑Étienne‑du‑Mont. Quelques mois plus tôt, en septembre 1793, la Convention montagnarde avait fait de l’« Ami du Peuple » un martyr officiel, digne de reposer aux côtés de Mirabeau ou de Voltaire. Mais, après Thermidor et la chute de Robespierre, le nouveau pouvoir veut effacer les symboles de la Révolution radicale : clubs fermés, sans‑culottes réprimés, statues et bustes déboulonnés.

La dépouille de Marat est donc descendue de la crypte du Panthéon et transférée au cimetière le plus proche, accolé à l’église Saint‑Étienne‑du‑Mont. Ce déplacement, apparemment administratif, s’accompagne dans les rues d’une véritable campagne de profanation symbolique : des bustes de Marat sont promenés, brisés, parfois jetés aux égouts par les « muscadins », ces jeunes bourgeois antijacobins qui se donnent en spectacle en attaquant tout ce qui rappelle la période sans‑culotte. C’est de là que vient la légende d’un Marat « jeté à l’égout » : ce sont ses effigies, plus que son corps, que la réaction thermidorienne précipite ainsi hors de l’espace public.

En retirant Marat du Panthéon pour le reléguer dans un cimetière de quartier, on referme le temple républicain sur une mémoire plus sage, débarrassée d’un journaliste fougueux trop lié aux journées d’août 1792, aux sans‑culottes et à la Terreur naissante. Le Panthéon, un temps ouvert à une figure issue du mouvement populaire, se recentre sur des profils jugés plus « présentables » par les nouvelles élites. Ce 26–27 février 1795, on enterre un corps, mais surtout un moment de la Révolution : celui où la parole enragée d’un médecin‑publiciste avait été élevée au rang de modèle national.

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Événement
1790
1 mai 1790 — Imprimerie de l'Égalité (à l'enseigne du "Griffon")
p 111
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Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Georges Jacques Danton (donnant alors sur la rue Marat)
p 113
Arrestation de Danton à son domicile, à 6 heures du matin. Il avait refusé de s'enfuir, disant "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers" Le 31 mars 1794, à six heures du matin, on frappe à la porte du …

Arrestation de Danton à son domicile, à 6 heures du matin. Il avait refusé de s'enfuir, disant "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers"

Le 31 mars 1794, à six heures du matin, on frappe à la porte du 130 boulevard Saint-Germain — la rue s'appelait alors rue des Cordeliers, puis rue Marat. Georges Danton dort encore. Sa jeune femme Louise Gély est à ses côtés. Les agents du Comité de sûreté générale sont là pour l'arrêter.

Il ne s'enfuit pas. On lui en avait donné l'occasion — des amis l'avaient prévenu, des chevaux de poste étaient disponibles. Il avait refusé, avec cette phrase que Philippe avait notée dans sa fiche : "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers."

Danton était l'un des hommes de la Révolution. Il avait contribué à renverser la monarchie, à organiser la défense nationale en septembre 1792, à fonder le Tribunal révolutionnaire — l'instrument qui allait maintenant le juger. Depuis plusieurs mois, il appelait à modérer la Terreur, à clémence, à en finir avec les exécutions en masse. Robespierre et Saint-Just y voyaient une trahison.

Le procès est une mascarade — Danton le transforme en tribune, rugit, domine la salle au point que le Tribunal finit par suspendre les débats pour le faire taire. Il est guillotiné le 5 avril avec Camille Desmoulins et leurs amis. Sa dernière parole au bourreau, selon la tradition : "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine."

Dix semaines plus tard, Robespierre passait à son tour sous la lame.

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Événement
1960
4 janvier 1960 — Demeure d'Albert Camus
p 113
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Événement
Événement
Événement
1936
1936 — Grenier des Augustins/Atelier de Pablo Ruiz Picasso
p 113
Picasso occupe cet atelier, à la suite de Jean-Louis Barrault, pendant toute la période de la guerre ; il y peint Guernica ; il doit incliner sa toile, le plafond n'étant pas assez haut
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Événement
Événement
1792
Événement
1684
1684 — Café Procope ("Au Saint Suaire de Turin")/Jeu de boules de Malus
p 114
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Événement
1814
26 mars 1814 — Demeure et cabinet médical de Joseph Ignace Guillotin
p 114
Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances …

Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances des condamnés.

Joseph Ignace Guillotin meurt le 26 mars 1814 dans son cabinet médical du 209 rue Saint-Honoré, à soixante-quinze ans, de causes naturelles — ironie supplémentaire pour un homme dont le nom est devenu synonyme de décapitation.

Ce qu'on oublie souvent : Guillotin n'a pas inventé la guillotine. Il a plaidé, devant l'Assemblée constituante en 1789, pour que tous les condamnés à mort soient exécutés de la même façon — une machine rapide et indolore, sans égard pour la naissance ou la fortune. Jusqu'alors, les nobles avaient droit à la décapitation par l'épée, les roturiers à la potence ou à la roue. Guillotin voulait l'égalité jusque dans la mort. C'était un geste humaniste.

La machine fut mise au point par le docteur Louis — on l'appela d'abord la louisette. Puis l'usage fit le reste, et le nom de Guillotin s'imposa. Il ne s'en remit jamais. Sa famille, après sa mort, demanda sans succès que l'instrument soit rebaptisé. Faute d'obtenir satisfaction, ses descendants changèrent leur propre nom.

La cruelle particularité de son adresse rue Saint-Honoré — que Philippe avait relevée dans sa fiche — est que son cabinet se trouvait sur le trajet des charrettes conduisant les condamnés depuis la Conciergerie jusqu'à la place de la Révolution. Guillotin voyait passer, depuis ses fenêtres, les convois vers l'instrument qui portait son nom.

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Événement
1906
19 avril 1906 — Lieu de l'accident de Pierre Curie
p 114
Un prix Nobel, une rue mouillée, un fardier. Tout tient en trois secondes. Le 19 avril 1906, il pleut sur Paris. Pierre Curie sort d'un déjeuner de l'Association des professeurs des Facultés des Sciences, quelque part su …

Un prix Nobel, une rue mouillée, un fardier. Tout tient en trois secondes.

Le 19 avril 1906, il pleut sur Paris. Pierre Curie sort d'un déjeuner de l'Association des professeurs des Facultés des Sciences, quelque part sur la rive gauche. Il est pressé — il a rendez-vous avec son éditeur, quai de Conti. Il a quarante-six ans, une chaire toute neuve à la Sorbonne, un prix Nobel de physique obtenu trois ans plus tôt avec sa femme Marie et Henri Becquerel pour leurs travaux sur la radioactivité. Deux filles — Irène, huit ans, et Ève, qui n'en a qu'un.

Il arrive à l'angle de la rue Dauphine et du quai des Grands-Augustins, face au Pont-Neuf. C'est un carrefour que Le Matin qualifiera le lendemain de « l'un des plus dangereux de Paris pour les piétons » — des voitures à chevaux dans tous les sens, un flux constant de charrettes entre la rive gauche et les Halles. Curie s'engage sur la chaussée. Le macadam est mouillé. Il glisse.

Un fardier — une lourde charrette à chevaux servant au transport de marchandises — arrive rue Dauphine. Curie tombe entre les pattes des chevaux. Le cocher tente de retenir l'attelage. Les chevaux l'évitent. Pas la roue arrière. Elle lui passe sur le crâne. La mort est instantanée.

Le Figaro du 20 avril rapporte la scène avec un laconisme qui dit le choc : des cochers et un cantonnier ont vu l'homme tomber. Personne n'a eu le temps de réagir. L'identification du corps provoque la stupeur — on vient d'écraser sous une charrette l'un des plus grands physiciens du monde.

Les obsèques ont lieu le 21 avril dans l'intimité, à Sceaux, au cimetière où reposent les parents de Pierre. Pas de cérémonie officielle — Marie Curie l'a refusé. Elle reprendra la chaire de son mari à la Sorbonne, devenant la première femme professeur dans cette institution. Elle obtiendra un second prix Nobel, en chimie cette fois, en 1911.

Pierre Curie ne laisse pas de trace visible à l'angle du quai de Conti. Pas de plaque sur le lieu de l'accident. Le carrefour a été redessiné depuis, la circulation automobile a remplacé les fardiers. Mais le Pont-Neuf est toujours là, et la rue Dauphine débouche toujours sur le quai au même endroit — là où, un jour de pluie, trois secondes ont suffi à priver la physique de l'un de ses meilleurs esprits.

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Événement
1792
25 avril 1792
p 114
Le montage a pris du temps. L'exécution n'a lieu que la nuit venue, aux chandelles. Le 25 avril 1792, place de Grève, les Parisiens s'écrasent depuis l'aube. On se masse aux fenêtres, on grimpe sur les toits. Tout le mon …

Le montage a pris du temps. L'exécution n'a lieu que la nuit venue, aux chandelles.

Le 25 avril 1792, place de Grève, les Parisiens s'écrasent depuis l'aube. On se masse aux fenêtres, on grimpe sur les toits. Tout le monde veut voir la nouvelle machine, celle dont on parle depuis des semaines — la « Louison », la « Louisette », comme on la surnomme d'après le docteur Antoine Louis qui l'a conçue. Le projet de loi a été voté le 25 mars. Le charpentier allemand Tobias Schmidt, qui a présenté le devis le moins cher — 305 livres contre 824 à ses concurrents —, a construit l'engin dans son atelier de la cour du Commerce-Saint-André. On l'a essayé d'abord sur des moutons vivants, le 9 avril, dans un atelier de charpente ; puis à l'hôpital de Bicêtre, dans la salle de dissection, sur trois cadavres — ceux de deux prisonniers et celui d'une folle. Les essais ont été concluants.

Mais ce 25 avril, le montage de la machine place de Grève traîne en longueur. Les heures passent. La foule attend. Quand enfin le couperet est en place, la nuit est tombée. On allume des chandelles. Le condamné est un détrousseur nommé Nicolas-Jacques Pelletier, arrêté le 14 octobre précédent rue Bourbon-Villeneuve pour avoir assailli un passant à coups de couteau et volé un portefeuille contenant 800 livres en assignats. Condamné à mort, sa sentence a été confirmée en appel le 24 décembre 1791, puis une troisième fois le 24 janvier 1792. Pelletier a attendu quatre mois dans sa cellule que la nouvelle machine soit prête.

Le bourreau Charles-Henri Sanson actionne le mécanisme. Le couperet siffle. La tête tombe. C'est fini. La foule, habituée aux lentes agonies de la potence et de la roue, reste interdite. Tout s'est passé si vite que les badauds se sentent floués. Dès le lendemain, une chanson circule dans Paris pour réclamer « qu'on leur rendît leur potence de bois ».

On ne leur rendra pas. Au contraire : après Pelletier, trois soldats, trois faussaires — dont un abbé — et un faux-monnayeur passeront sous le couperet. La machine ne s'arrêtera plus. C'est le journal royaliste les Actes des Apôtres qui lui donnera son nom définitif : la « guillotine », d'après le docteur Joseph-Ignace Guillotin qui avait suggéré en 1789 que la décapitation mécanique remplace « la potence, la roue, le bûcher, l'écartèlement et autres douceurs ». Guillotin, emprisonné sous la Terreur, échappera de justesse à sa propre machine grâce au 9 Thermidor. Il mourra dans son lit, en 1814, d'un anthrax à l'épaule — au 209 rue Saint-Honoré, où il avait installé son cabinet médical et où il perdait beaucoup de patients à cause de son nom.

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Événement
1689
18 avril 1689 — Jeu de paume de l'Étoile (ou de l'Estoile, de 1547)
p 114
Chassés par leurs voisins trop studieux du futur Institut de France, les Comédiens du Roi prennent leurs quartiers dans un ancien jeu de paume — en face d'un petit café qui n'a pas encore son heure de gloire. Le 18 avril …

Chassés par leurs voisins trop studieux du futur Institut de France, les Comédiens du Roi prennent leurs quartiers dans un ancien jeu de paume — en face d'un petit café qui n'a pas encore son heure de gloire.

Le 18 avril 1689, la troupe de la Comédie-Française inaugure sa nouvelle salle au 14 de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Au programme : Phèdre de Racine et Le Médecin malgré lui de Molière — les deux auteurs tutélaires de la maison, associés pour l'ouverture comme un double parrainage. La troupe elle-même est jeune : elle n'a que neuf ans. Louis XIV l'a créée en 1680 par fusion autoritaire des comédiens de l'Hôtel Guénégaud et de ceux de l'Hôtel de Bourgogne, avec pour mission de « rendre les représentations des comédies plus parfaites ».

Le déménagement n'a rien d'un choix artistique. Depuis 1680, la troupe joue à l'Hôtel de Guénégaud, rue Mazarine. Juste à côté, sur le quai de Conti, s'élève depuis peu le Collège des Quatre-Nations — fondation posthume de Mazarin ouverte en 1688, le bâtiment conçu par Le Vau face au Louvre, qui abrite aujourd'hui l'Institut de France. Les académiciens, les enseignants et les étudiants supportent mal le voisinage des comédiens : les entractes bruyants, les carrosses dans les rues étroites, la fréquentation peu recommandable qui encombre le quartier aux heures de spectacle. Les plaintes remontent. Dès juin 1687, Louis XIV tranche : la troupe doit déguerpir de l'Hôtel Guénégaud.

On cherche un lieu de repli. Le choix se porte, à quelques centaines de mètres de là, sur un ancien jeu de paume — celui de l'Estoile, construit en 1547 — rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. L'emplacement est bon : faubourg animé mais encore à l'écart des grands flux, suffisamment éloigné du Collège pour ne plus gêner personne. La troupe achète le bâtiment et confie la transformation à François d'Orbay le Jeune, neveu et collaborateur du d'Orbay qui a travaillé avec Le Vau à Versailles et — précisément — au Collège des Quatre-Nations. Les travaux durent près de deux ans. Pendant ce temps, la troupe joue où elle peut, dans des salles provisoires. La nouvelle salle ouvre enfin le 18 avril 1689. Et pas n'importe laquelle : c'est la première salle italienne de Paris, à plan semi-elliptique, avec des galeries sur deux niveaux — une révolution architecturale qui servira de modèle aux théâtres français pendant un siècle.

La salle fonctionnera pendant exactement quatre-vingt-un ans. Quatre-vingt-un ans pendant lesquels elle voit passer à peu près tout ce que le théâtre français compte d'auteurs et d'acteurs : Regnard, Lesage, Marivaux, Voltaire, Beaumarchais. En face, au 13, un Italien nommé Francesco Procopio dei Coltelli a ouvert dès 1686 un établissement qui sert un produit encore nouveau — du café. La proximité est immédiate : les comédiens traversent la rue, les spectateurs aussi. Le Procope devient le vestibule informel du théâtre. Au XVIIIe siècle, on y croisera Voltaire, Diderot, Rousseau, Benjamin Franklin. Plus tard, Marat, Danton, Desmoulins. Le café deviendra un foyer révolutionnaire — mais c'est une autre histoire, qui commence précisément par cette adresse voisine et par cette installation d'avril 1689.

En 1770, la troupe part une fois encore. Les lieux sont jugés trop étroits, la salle vieillie, et l'on construit pour elle un théâtre neuf au faubourg Saint-Germain — le futur Odéon, qui ne sera achevé qu'en 1782. En attendant, la Comédie-Française se réfugie provisoirement dans la salle des Machines des Tuileries. La rue, elle, prend alors son nouveau nom : rue de l'Ancienne-Comédie. Les Parisiens préfèrent toujours nommer les choses par ce qu'elles ont été.

On passe aujourd'hui devant le 14 sans soupçonner qu'un théâtre s'y est tenu. Seule la plaque commémorative, et le nom de la rue, en gardent la trace.![[Plaque de l'Ancienne Comédie Française|Ancienne comédie rue de l' 14 Comédie française plaque 01 web.jpeg]]

Plaque de l'Ancienne Comédie Française,

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Événement
1822
27 septembre 1822 — Demeure de Jean-François Champollion
p 115
Il tombe évanoui en criant "je tiens l'affaire" ; trois semaines plus tard, il lit sa lettre devant l'Académie, et trois mille ans de silence prennent fin. Jean-François Champollion a trente et un ans. Fils d'un libraire …

Il tombe évanoui en criant "je tiens l'affaire" ; trois semaines plus tard, il lit sa lettre devant l'Académie, et trois mille ans de silence prennent fin.

Jean-François Champollion a trente et un ans. Fils d'un libraire de Figeac, formé par son frère aîné Jacques-Joseph, il travaille depuis l'adolescence sur les écritures de l'Égypte ancienne. Il a appris le copte, la langue liturgique des chrétiens d'Égypte, dernière survivance de l'égyptien antique. Il vit au 28 rue Mazarine, dans le 6e arrondissement, dans une gêne matérielle continue.

L'objet central de sa recherche est la pierre de Rosette, découverte en 1799 par les soldats de l'expédition d'Égypte de Bonaparte. Elle porte un même texte en trois écritures : hiéroglyphique, démotique et grecque. La France l'a perdue en 1801, livrée aux Anglais comme butin de guerre après la capitulation d'Alexandrie ; elle est au British Museum. Champollion travaille sur des copies.

Le 14 septembre 1822, il fait la percée. En comparant les cartouches royaux de Ptolémée et de Cléopâtre, il établit que les hiéroglyphes ne sont pas de purs symboles idéographiques, comme on le croyait depuis l'Antiquité, mais un système mixte associant des signes phonétiques et des signes figuratifs. Il court jusqu'au bureau de son frère à l'Institut, lui lance "Je tiens l'affaire !" et s'effondre, évanoui, épuisé par des semaines de travail.

Le 27 septembre 1822, il lit devant l'Académie des inscriptions et belles-lettres sa "Lettre à M. Dacier relative à l'alphabet des hiéroglyphes phonétiques." Le texte est bref. Il est décisif. L'égyptologie naît ce jour-là comme science.

Champollion mourra dix ans plus tard, à quarante et un ans, épuisé par le travail et par un voyage en Égypte. La pierre de Rosette n'est jamais revenue en France. Elle est toujours au British Museum, à Londres, où l'Égypte réclame périodiquement sa restitution. Le déchiffrement français d'une pierre égyptienne conservée par les Anglais résume assez bien la manière dont l'Europe s'est appropriée le passé des peuples qu'elle occupait.

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Événement
Date imprécise — Demeure d'Édouard Manet
p 115
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Événement
1794
2 novembre 1794 — Collège des Quatre Nations/Institut de France
p 115
Prison pendant la Terreur et siège du Comité de Salut public de la Seine
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Événement
1879
1879 — Atelier d'Édouard Manet
p 117
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Événement
1872
1872 — Demeure et atelier d'Édouard Manet
p 117
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Événement
1859
1859 — Atelier d'Édouard Manet
p 117
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Événement
1871
1871 — Atelier d'Édouard Manet/Plaque de numérotation remarquable
p 117
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Événement
1856
1856 — Atelier d'Édouard Manet
p 117
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Événement
1883
30 avril 1883 — Atelier et demeure d'Édouard Manet (à partir de 1878)
p 117
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Événement
Événement
1859
1859 — Atelier d'Édouard Manet
p 117
Manet est soutenu par Eugène Delacroix ; il peint "Le buveur d'absinthe"
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Événement
1850
Événement
1866
1866 — Demeure d'Édouard Manet (chez sa mère)
p 117
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Événement
1818
28 juillet 1818 — Demeure de Gaspard Monge (à partir de 1800)
p 117
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Événement
1832
23 janvier 1832 — Maison natale d'Édouard Manet
p 117
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Événement
Événement
1864
Événement
1863
13 août 1863 — Demeure et atelier d'Eugène Delacroix (à partir de 1857)
p 119
Il avait fait entrer la couleur dans la peinture française comme d'autres avaient fait entrer la vapeur dans les machines : sans retour possible. Eugène Delacroix naquit le 26 avril 1798 à Charenton-Saint-Maurice. Il mou …

Il avait fait entrer la couleur dans la peinture française comme d'autres avaient fait entrer la vapeur dans les machines : sans retour possible.

Eugène Delacroix naquit le 26 avril 1798 à Charenton-Saint-Maurice. Il mourut le 13 août 1863 dans son appartement et atelier du 6 rue de Furstemberg, dans le 6e arrondissement, où il s'était installé en 1857 pour être près de l'église Saint-Sulpice, dont il achevait alors les grandes peintures murales. Il avait soixante-cinq ans.

Son œuvre couvre quarante ans de peinture française. Le Massacre de Chios (1824) et La Mort de Sardanapale (1827) l'avaient imposé comme le chef du Romantisme, contre l'Académie et contre Ingres. La Liberté guidant le Peuple (1830), achevée quelques mois après les journées de juillet, avait fait entrer dans la peinture la rue, le peuple et le fusil. Il avait voyagé au Maroc en 1832 et en avait rapporté une palette qui n'appartenait plus à la tradition française.

À Saint-Sulpice, entre 1858 et 1861, il avait peint trois grandes compositions murales dont La Lutte de Jacob avec l'Ange, dans la chapelle des Saints-Anges. Baudelaire, l'un de ses plus fidèles défenseurs, écrivit sur lui des pages décisives. Cézanne et Renoir déclarèrent tous deux leur dette envers sa couleur.

Il n'avait pas de descendants. Son atelier et son appartement de la rue de Furstemberg sont aujourd'hui le musée Delacroix, l'un des plus petits et des plus intenses musées de Paris.

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Événement
1783
3 septembre 1783 — Hôtel d'York/Demeure de Benjamin Franklin
p 120
Dans un hôtel particulier de la rive gauche, Benjamin Franklin trempe sa plume et une nation de cent millions d'habitants futurs entre dans le droit des gens. Le 3 septembre 1783, à l'Hôtel d'York, 56 rue Jacob, Benjamin …

Dans un hôtel particulier de la rive gauche, Benjamin Franklin trempe sa plume et une nation de cent millions d'habitants futurs entre dans le droit des gens.

Le 3 septembre 1783, à l'Hôtel d'York, 56 rue Jacob, Benjamin Franklin, John Adams, John Jay et David Hartley apposent leurs signatures au bas d'un traité qui reconnaît formellement l'indépendance des États-Unis d'Amérique. La Grande-Bretagne admet sa défaite, renonce à ses treize colonies de la côte atlantique et fixe les frontières du nouvel État de l'Atlantique jusqu'au Mississippi. C'est la paix de Paris : un document de quelques pages qui redessine l'équilibre impérial dans l'hémisphère occidental.

La guerre d'Indépendance avait commencé en 1775, avec les premiers affrontements à Lexington et Concord. En 1778, la France de Louis XVI avait conclu une alliance formelle avec les insurgés américains, cherchant à affaiblir son adversaire britannique et à effacer l'humiliation du traité de 1763. La flotte française avait joué un rôle décisif à la bataille de Yorktown en octobre 1781, qui avait contraint la capitulation du général Cornwallis. À Paris, la présence de Benjamin Franklin était devenue celle d'un philosophe admiré des Lumières autant que d'un diplomate redoutable : il hantait les salons, lisait les encyclopédistes, et savait mieux que quiconque que la victoire diplomatique se gagnait dans les alcôves autant que sur les champs de bataille.

Les négociations avaient duré deux ans. Les Américains, instruits par leur expérience des alliances européennes, avaient choisi de traiter directement avec Londres sans en référer systématiquement à Versailles, froissant le comte de Vergennes. Ils obtenaient la pleine reconnaissance de leur souveraineté, des frontières généreuses, des droits de pêche dans les eaux de Terre-Neuve et le retrait des troupes britanniques.

Pour la France, la victoire avait un prix. Le coût de la guerre américaine, ajouté aux dettes accumulées sous Louis XV, précipitait la monarchie vers la banqueroute. Six ans plus tard, pour convoquer les États généraux destinés à régler la question financière, Louis XVI ouvrirait la boîte de Pandore de 1789. En soutenant la liberté des Américains, la France royale finançait sans le savoir sa propre révolution.

La rue Jacob, dans ce quartier de diplomates, d'éditeurs et de philosophes, garde la mémoire discrète de l'événement. Une plaque signale sur l'immeuble actuel que le traité fut signé en ce lieu. Les États-Unis, qui accueilleront un siècle plus tard la Statue de la Liberté offerte par la France, ne sont jamais si proches de Paris que dans cette pièce où les plumes grincèrent sur le parchemin.

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Événement
1965
29 octobre 1965 — Brasserie Lipp
p 121
Deux inspecteurs de la police française l'embarquent en plein boulevard Saint-Germain à midi ; on ne l'a jamais revu. Mehdi Ben Barka a quarante-cinq ans. Mathématicien, ancien précepteur du jeune Hassan II, il a été l'u …

Deux inspecteurs de la police française l'embarquent en plein boulevard Saint-Germain à midi ; on ne l'a jamais revu.

Mehdi Ben Barka a quarante-cinq ans. Mathématicien, ancien précepteur du jeune Hassan II, il a été l'un des dirigeants du mouvement pour l'indépendance du Maroc, puis président de l'Assemblée consultative après 1956. Passé à l'opposition, fondateur de l'Union nationale des forces populaires, il rompt avec la monarchie et s'exile en 1963 après avoir été condamné à mort par contumace.

Il est devenu une figure du tiers-mondisme international. Il prépare pour janvier 1966 à La Havane la Conférence tricontinentale, qui doit réunir les mouvements révolutionnaires d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il en est le principal organisateur. Cette fonction fait de lui une cible pour plusieurs services : marocains, français, israéliens, américains.

Le 29 octobre 1965, vers midi, il arrive devant la brasserie Lipp, 151 boulevard Saint-Germain dans le 6e arrondissement. Il croit se rendre à un rendez-vous concernant un projet de film documentaire sur la décolonisation, monté de toutes pièces comme appât.

Deux hommes l'abordent et lui présentent une carte de police. Ce sont Louis Souchon et Roger Voitot, inspecteurs de la brigade des stupéfiants de la préfecture de police de Paris. Ils l'emmènent dans une voiture. Antoine Lopez, agent du SDECE et employé d'Air France à Orly, est de l'opération.

Ben Barka est conduit dans une villa de Fontenay-le-Vicomte, où le général Oufkir, ministre de l'Intérieur marocain, et Ahmed Dlimi seraient arrivés. Il disparaît. Son corps n'a jamais été retrouvé.

L'affaire provoque une crise majeure. De Gaulle, furieux d'avoir été joué sur son propre territoire, rompt avec le Maroc et déclare que l'affaire est "vulgaire et subalterne." Deux procès aboutissent à des condamnations mineures. Oufkir, condamné par contumace, mourra en 1972 après un putsch manqué.

L'instruction judiciaire est toujours ouverte, soixante ans après. Les archives des services français restent en partie classifiées.

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Événement
Événement
1923
28 décembre 1923 — Demeure de Gustave Eiffel
p 124
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Événement
1783
1783 — Demeure de Jean-Sylvain Bailly
p 126
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Événement
1794
1794 — Hôtel Tambonneau/Télégraphe de Chappe
p 127
Chappe installe le service de son télégraphe en 1794. Il meurt en tombant dans un puits, par suicide ou accident, le 23 janvier 1805
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Événement
1869
28 février 1869 — Demeure d'Alphonse de Lamartine
p 128
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Événement
1856
juillet 1856 — Hôtel Voltaire/Demeure de Charles Baudelaire
p 130
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Événement
1659
1659 — Demeure de Charles de Baatz-Castelmore d'Artagnan
p 130
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Événement
1778
30 mai 1778 — Hôtel de Villette
p 130-131
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Événement
1861
Événement
1939
1939 — Demeure de Charles Maurras
p 133
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Événement
1864
Événement
1870
13 mars 1870 — Impasse Valmy/Demeure de Charles Forbes de Montalembert
p 133
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Événement
1814
1814 — Demeure de Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre (1801)
p 133
Mort du disciple de Jean-Jacques Rousseau, tenant de la "Philosophie naturelle"
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Événement
1781
1781 — Demeure de Jacques Henri Bernardin de Saint-Pierre
p 133
Rédaction des "Études de la Nature", et du début de "Paul et Virginie"
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Événement
Événement
1947
28 novembre 1947 — Église St Louis des Invalides/Tombe du général Leclerc
p 137
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Événement
Date imprécise — Restaurant "À la petite Chaise"
p 138
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Événement
1886
Événement
Événement
1840
12 novembre 1840 — Maison natale d'Auguste Rodin
p 139
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Événement
Événement
1950
28 mai 1950 — Demeure de Marc Sangnier (depuis 1873)
p 142
Mort de Marc Sangnier, fondateur des Auberges de Jeunesse et du MRP
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Événement
Événement
1848
4 juillet 1848 — Demeure de François-René de Chateaubriand (à partir d'août 1838)
p 143 & 197
Le 4 juillet 1848, François-René de Chateaubriand meurt dans son appartement du rez-de-chaussée, au fond de la cour. Il a soixante-dix-neuf ans. Sourd, presque aveugle, paralysé depuis plusieurs années. Il y a huit jours …

Le 4 juillet 1848, François-René de Chateaubriand meurt dans son appartement du rez-de-chaussée, au fond de la cour. Il a soixante-dix-neuf ans. Sourd, presque aveugle, paralysé depuis plusieurs années. Il y a huit jours à peine, les Journées de Juin ont ensanglanté Paris : les barricades ouvrières des faubourgs Saint-Antoine et du Temple écrasées par le général Cavaignac, plusieurs milliers de morts dans les rues. La Deuxième République, née en février dans l'allégresse, venait d'organiser son premier massacre. Les rues de Paris sentaient encore la poudre.

Chateaubriand a tout traversé. Émigré à Londres pendant la Terreur, il rentre sous le Consulat et publie en 1802 Le Génie du christianisme — qui réconcilie la France avec la foi après la décennie révolutionnaire. AtalaRené : il pose les fondations du romantisme français. Ambassadeur à Berlin, à Londres, à Rome. Ministre des Affaires étrangères sous Louis XVIII. Pair de France. Et puis 1830 : il refuse de prêter serment à Louis-Philippe, démissionne, perd fonctions et revenus. Jusqu'au bout, il choisit la cohérence contre le confort.

Il lui reste ses Mémoires. Commencées vers 1809, retravaillées pendant trente ans — une autobiographie qui tient un siècle entier : l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire, les Restaurations. Ruiné, il en a vendu les droits en 1844 à Émile de Girardin, directeur de La Presse, contre une rente viagère. Tant que Chateaubriand vivra, rien ne sera publié. C'est le paradoxe qu'il a lui-même nommé : des Mémoires d'outre-tombe — rédigées pour être lues depuis la tombe. Au moment de sa mort, le manuscrit se trouve dans un coffre en bois, au pied du lit.

Juliette Récamier, dont l'appartement de l'Abbaye-aux-Bois est à quelques rues, le visitait jusqu'au bout — presque aveugle elle aussi. Elle mourra dix mois plus tard, le 11 mai 1849.

La sérialisation des Mémoires d'outre-tombe dans La Presse commence en octobre 1848. Quant à Chateaubriand, il est enterré au Grand Bé, un îlot rocheux face à Saint-Malo, selon ses propres instructions. Sur la tombe : une croix, aucune inscription. Il avait demandé à entendre la mer.

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Événement
1817
14 juillet 1817 — Demeure de Mme de Staël
p 143
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Événement
1827
3 mars 1827 — Demeure de Pierre Simon de Laplace
p 143
Mort de Pierre-Simon de Laplace, astrophysicien qui travailla sur l'origine de l'Univers
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Événement
1859
1859 — Demeure de Claude Bernard
p 147
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Événement
Événement
1834
20 mai 1834 — Demeure de Gilbert du Motier de La Fayette
p 149
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Événement
1789
Événement
Date imprécise — Demeure de Claude-Joseph Rouget de Lisle
p 151
Demeure de Rouget de Lisle, auteur et compositeur du "Chant de guerre pour l'Armée du Rhin", qui deviendra "le Chant des Marseillais" après la prise des Tuileries, puis "la Marseillaise", devenue hymne national en 1879
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Événement
1791
1791 — Demeure de François Claude de Bouillé
p 151
Demeure du marquis de Bouillé, organisateur de la fuite de la famille royale vers... Varennes ; il avait réprimé la mutinerie des Suisses de Nancy ; il est cité dans la Marseillaise comme le parangon du réactionnaire
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Événement
Événement
1830
8 décembre 1830 — Demeure de Benjamin Constant de Rebecque (en 1819)
p 151
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Événement
1815
22 juin 1815 — Palais de l'Élysée (rebaptisé Élysée-Napoléon sous l'Empire)
p 151
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Événement
1917
13 février 1917 — Hôtel Palace/Hôtel Élysée-Palace
p 152
Le 13 février 1917, en plein cœur d’un Paris épuisé par la guerre, la légende de Mata Hari bascule dans le drame. Danseuse adulée de la Belle Époque, courtisane aux fréquentations cosmopolites, Margaretha Zelle vient d’ê …

Le 13 février 1917, en plein cœur d’un Paris épuisé par la guerre, la légende de Mata Hari bascule dans le drame. Danseuse adulée de la Belle Époque, courtisane aux fréquentations cosmopolites, Margaretha Zelle vient d’être rattrapée par la paranoïa d’une France saignée par le conflit mondial. Ce matin-là, sa chambre de l’Hôtel Élysée-Palace, sur les Champs-Élysées, est perquisitionnée de fond en comble : correspondance, photographies, billets de banque, objets de toilette, carnets et cartes de visite sont saisis, soigneusement inventoriés puis placés sous scellés, comme autant de pièces à conviction à charge.

Quelques heures plus tard, la danseuse est arrêtée dans l’hôtel par le capitaine Bouchardon, figure montante du contre-espionnage français. Officiellement, on l’accuse de double jeux (elle avait été engagée par les services français), d’être l’agent H-21, au service de l’Allemagne, d’avoir vendu des informations militaires en échange de fortes sommes d’argent, et d’incarner ce mélange d’inconscience et de duplicité qui obsède les états-majors depuis 1914. L’arrestation, spectaculaire par le contraste entre le luxe de l’établissement et la gravité des charges, résonne comme un avertissement : plus personne n’est à l’abri du soupçon, pas même les anciennes égéries des salons mondains.

Conduite à la prison Saint-Lazare, Mata Hari devient en quelques jours moins une femme qu’un symbole commode. Dans une France traversée par la censure, les défaites et les mutineries, cette étrangère au passé flamboyant offre un visage idéal à la trahison. Peu probable qu’elle ait été une espionne de premier plan, comme l’affirmait le tribunal militaire ; elle apparaît plutôt comme une figure de second rang.

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Événement
1884
1884 — Demeure de Ferdinand de Lesseps
p 152
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Événement
1919
1919 — Siège de l'Union générale des combattants russes (ROVS)
p 152
Quartier général des exilés russes blancs après la Révolution et bureau de recrutement de permanents du ROVS
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Événement
1945
29 octobre 1945 — Hôtel d'Essling/Maison des Centraux
p 153
Trois cents personnes s'entassent, on se bat pour entrer, des femmes s'évanouissent : une conférence de philosophie devient un événement mondain, et l'existentialisme naît comme phénomène public. Jean-Paul Sartre a quara …

Trois cents personnes s'entassent, on se bat pour entrer, des femmes s'évanouissent : une conférence de philosophie devient un événement mondain, et l'existentialisme naît comme phénomène public.

Jean-Paul Sartre a quarante ans. Il a publié "La Nausée" en 1938, "L'Être et le Néant" en 1943, pavé de sept cents pages que peu de gens ont lu jusqu'au bout. Il a passé la guerre en professeur de lycée, prisonnier quelques mois, membre d'un groupe de résistance intellectuelle sans grande efficacité, auteur de pièces jouées sous l'Occupation. Il vient de fonder avec Beauvoir, Merleau-Ponty et Aron la revue Les Temps modernes, dont le premier numéro a paru en octobre 1945.

Le 29 octobre 1945, il donne une conférence à la Maison des Centraux, hôtel d'Essling, 8 rue Jean-Goujon dans le 8e arrondissement, sous le titre "L'existentialisme est un humanisme."

L'affluence dépasse tout ce qui était prévu. Trois cents personnes s'entassent, la foule force les portes, des chaises sont cassées, la presse rapporte des évanouissements. Une conférence de philosophie devient un événement parisien.

Le contenu est une défense. Sartre répond à deux attaques : celle des communistes, qui accusent l'existentialisme d'être une philosophie bourgeoise du désespoir individuel, et celle des catholiques, qui l'accusent de nihilisme. Il expose sa thèse centrale dans une formule que tout le monde retiendra : "L'existence précède l'essence." L'homme n'a pas de nature donnée, il n'est rien d'autre que ce qu'il se fait, il est condamné à être libre et donc entièrement responsable de ce qu'il devient.

Le succès est immédiat et total. L'existentialisme devient en quelques mois une mode, avec ses caves de Saint-Germain-des-Prés, ses pulls noirs et ses caricatures. Sartre reniera plus tard ce texte, qu'il jugeait trop simplifié et publié contre son gré.

Il consacrera les décennies suivantes à concilier existentialisme et marxisme, soutiendra les luttes anticoloniales, refusera le prix Nobel en 1964, et sera de toutes les causes jusqu'à sa mort en 1980.

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Événement
1980
15 avril 1980 — Demeure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (à partir de 1969)
p 153
Au 29, boulevard Edgar Quinet (XIVe arr.), un appartement au dixième étage vient de perdre son occupant le plus célèbre. Quatre jours plus tard, 50 000 Parisiens suivront son cercueil dans les rues. Sartre s'est éteint à …

Au 29, boulevard Edgar Quinet (XIVe arr.), un appartement au dixième étage vient de perdre son occupant le plus célèbre. Quatre jours plus tard, 50 000 Parisiens suivront son cercueil dans les rues.

Sartre s'est éteint à l'hôpital Broussais, rue Didot, à quelques centaines de mètres de chez lui. Un œdème pulmonaire, officiellement. Mais derrière le diagnostic, toute une décennie de délabrement physique : la quasi-cécité depuis 1973 — il ne distinguait plus que des taches de lumière —, l'hypertension, la cigarette sans fin, les amphétamines qu'il avalait par poignées pour tenir le rythme de son œuvre monumentale sur Flaubert. À 74 ans, le philosophe qui avait traversé le siècle comme un cyclone intellectuel n'était plus qu'une ombre aveugle, soutenue par les femmes qui l'entouraient.

Depuis les années soixante-dix, il habite le 29 boulevard Edgar Quinet, dans un immeuble moderne sans charme, à deux pas de chez Simone de Beauvoir et à une rue du cimetière Montparnasse — un voisinage dont l'ironie ne lui échappait pas. La disposition est pratique : Beauvoir passe cinq nuits par semaine, Arlette El Kaïm, sa fille adoptive, les deux autres. Depuis son bureau, Sartre voit, quand il voit encore, la tour Montparnasse et au loin la tour Eiffel.

Ses dernières années sont politiques jusqu'au bout. Il dirige nominalement La Cause du peuple pour protéger ses amis maoïstes de la répression, soutient la cause palestinienne, défend les immigrés, les détenus, les marges. Peu avant de mourir, il accorde à Benny Lévy, son secrétaire, une longue série d'entretiens pour Le Nouvel Observateur qui fait scandale — on y croit déceler un Sartre assagi, presque religieux. Légende urbaine qui mourra avec lui.

Le 19 avril, 50 000 personnes suivent le cortège du boulevard Edgar Quinet jusqu'au cimetière Montparnasse, division 20. Beauvoir, effondrée, jette une rose blanche sur le cercueil. C'est, dit-on, la dernière fois qu'une telle foule accompagnera un intellectuel français à sa dernière demeure.![[Immeuble au n. 29 du bd Edgar Quinet, Archives Paris révolutionnaire|Edgar Quinet bd 29 Sartre et Beauvoir 01 web.jpeg]]

Immeuble au n. 29 du bd Edgar Quinet, Archives Paris révolutionnaire

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Événement
1948
1948 — Demeure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir/Comité de rédaction des "Temps modernes"
p 153
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Événement
1796
1796 — École centrale du Panthéon/Lycée Napoléon (en 1804)/Lycée Henri IV
p 153
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Événement
1964
10 décembre 1964 — Demeure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir
p 153
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Événement
1920
1920 — Maison d'enfance de Jean-Paul Sartre
p 153
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Événement
1893
17 mars 1893 — Demeure de Jules Ferry
p 153
Mort de Jules Ferry, promoteur de l'instruction publique laïque gratuite et obligatoire ; mais aussi des guerres coloniales
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Événement
1893
17 mars 1893 — Demeure de Jules Ferry
p 153
Mort de Jules Ferry, qui mena systématiquement une politique de guerres coloniales
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Événement
1910
21 mars 1910 — Demeure de Félix Tournachon dit Nadar
p 154-155
Gaspard Félix Tournachon, dit Nadar, meurt le 21 mars 1910 au 49 avenue Franklin Roosevelt, à quatre-vingt-dix ans. Il avait tout fait, ou presque. Photographe d'abord — le premier à avoir photographié Paris depuis un ba …

Gaspard Félix Tournachon, dit Nadar, meurt le 21 mars 1910 au 49 avenue Franklin Roosevelt, à quatre-vingt-dix ans. Il avait tout fait, ou presque.

Photographe d'abord — le premier à avoir photographié Paris depuis un ballon, en 1858, inaugurant ainsi la photographie aérienne. Son studio du boulevard des Capucines était le rendez-vous de tout ce que Paris comptait d'artistes, d'écrivains et de savants : Baudelaire, Sarah Bernhardt, Hugo, Dumas, Delacroix, Courbet. C'est dans ce même studio qu'il prêta ses salles aux impressionnistes pour leur première exposition collective en 1874, quand nul galeriste ne voulait d'eux.

Aéronaute ensuite — passionné de ballon dirigeable, il finança les expériences de son fils Paul et fit de l'aérostation une cause personnelle. En 1870, pendant le siège de Paris, ce furent ses ballons qui permirent aux assiégés de communiquer avec la province, emportant le courrier par-dessus les lignes prussiennes.

Caricaturiste dans sa jeunesse, journaliste, polémiste, ami de Jules Verne qui s'inspira de lui pour le personnage de Michel Ardan dans De la Terre à la Lune — Nadar était de ces figures du XIXe siècle qui débordaient de partout, trop vivants pour une seule profession.

Il est enterré au Père-Lachaise, 36e division, non loin d'autres géants du siècle qu'il avait photographiés de son vivant.

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Événement
1884
Événement
Date imprécise — Demeure d'Alphonsine Plessis
p 154
Mort du modèle de "La Dame aux Camélias" de Dumas fils, et donc de la "Traviata" de Verdi
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Événement
1841
1841 — Siège de l'Association des Buveurs d'eau réunis
p 154
Nadar et Murger fondent l'Association des buveurs d'eau réunis ; il est vrai qu'il y en a près de 90% dans un verre de vin
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Événement
1820
6 avril 1820 — Maison natale de Nadar
p 154
Félix Tournachon naît le 6 avril 1820 au 195 rue Saint-Honoré. Il mourra en 1910, à quatre-vingt-neuf ans, après avoir été successivement caricaturiste, romancier raté, photographe génial, aéronaute pionnier, inventeur d …

Félix Tournachon naît le 6 avril 1820 au 195 rue Saint-Honoré. Il mourra en 1910, à quatre-vingt-neuf ans, après avoir été successivement caricaturiste, romancier raté, photographe génial, aéronaute pionnier, inventeur de la photographie aérienne, et mécène des impressionnistes. Il aura signé tout cela d'un seul mot : Nadar.

C'est dans son atelier du 35 boulevard des Capucines qu'il accueille en 1874 la première exposition du groupe impressionniste — celle qui déclenche le mot "impressionnisme", lancé en moquerie par un critique. Monet, Renoir, Degas, Berthe Morisot, Pissarro exposent là pour la première fois ensemble, hors du Salon officiel. Nadar prête les locaux par amitié et conviction — il croit depuis longtemps que la photographie libère la peinture de ses obligations de représentation fidèle du réel.

Sa carrière photographique avait commencé dans les années 1850. Il invente le portrait éclairé à la lumière artificielle, descend dans les catacombes et les égouts de Paris avec sa chambre, monte en ballon pour réaliser les premières photographies aériennes de l'histoire. Pendant le siège de Paris en 1870, il organise le service postal par ballon monté — c'est lui qui permet à Gambetta de quitter Paris assiégé par les airs.

Ses portraits — Hugo, Baudelaire, Delacroix, Sarah Bernhardt, Daumier — sont parmi les plus beaux du XIXe siècle. Il photographiait avec la même attention un académicien et un inconnu, convaincu que chaque visage raconte une histoire entière.![[Maison natale de Nadar, 195 rue Saint Honoré|St Honoré rue 195 Maison natale de Nadar.jpg]]

Maison natale de Nadar, 195 rue Saint Honoré, Google maps

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Événement
1859
Événement
1874
15 avril 1874 — Atelier et galerie de Nadar/Premier Salon Impressionniste
p 154
Au 35, boulevard des Capucines (IIe arr.), dans l'ancien atelier du photographe Nadar, trente artistes accrochent 165 toiles que personne n'a voulu exposer au Salon officiel. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont en …

Au 35, boulevard des Capucines (IIe arr.), dans l'ancien atelier du photographe Nadar, trente artistes accrochent 165 toiles que personne n'a voulu exposer au Salon officiel. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont en train de changer l'histoire de l'art.

L'idée germe depuis des mois. Puisque le jury du Salon refuse systématiquement leurs œuvres — trop esquissées, trop lumineuses, trop libres —, Monet, Renoir, Pissarro, Degas, Sisley, Cézanne, Berthe Morisot et leurs amis décident d'exposer par leurs propres moyens. Ils fondent la « Société anonyme coopérative des artistes peintres, sculpteurs et graveurs » et trouvent un lieu : le vaste atelier de Nadar, au deuxième étage du 35 boulevard des Capucines, avec ses grandes baies vitrées inondées de lumière. L'emplacement est idéal — en plein cœur du Paris des grands boulevards.

Le 15 avril 1874, l'exposition ouvre ses portes. Cent soixante-cinq œuvres de trente artistes tapissent les murs. On y trouve des paysages vibrants, des scènes de la vie moderne, des jeux de lumière sur l'eau et les feuillages. Parmi elles, un petit tableau de Claude Monet : une vue du port du Havre dans la brume matinale, intitulée Impression, soleil levant.

C'est ce titre qui met le feu aux poudres. Le 25 avril, le critique Louis Leroy publie dans Le Charivari un compte rendu assassin : « Impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression là-dedans... » Le mot est lâché. Par dérision, Leroy baptise ces peintres « impressionnistes ». Le public rit. La critique académique se déchaîne. Les toiles sont jugées inachevées, les couleurs criardes, la technique bâclée.

Les artistes, eux, relèvent le gant. Ils adoptent le nom qu'on voulait leur jeter à la figure. L'impressionnisme est né — dans un atelier de photographe, au-dessus du boulevard, un jour d'avril.![[Première Exposition 1874, 35 Boulevard des Capucines Catalogue, BnF|Première Exposition 1874, 35 Boulevard des Capucines Catalogue, BnF.jpeg]]

Première Exposition 1874, 35 Boulevard des Capucines Catalogue, BnF

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Événement
1880
1880 — Siège du journal "La Silhouette"/Galerie Colbert
p 154
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Événement
Événement
1789
1789 — Demeure de Paul Barras
p 159
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Événement
1829
29 janvier 1829 — Demeure de Paul Barras
p 159
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Événement
Événement
1789
1789 — Hôtel Delahaye/Hôtel Radix de Sainte Foy/Demeure de Gabriel Honoré Riqueti de Mirabeau
p 164
Demeure d'Honoré-Gabriel-Riqueti de Mirabeau, surnommé "l'Orateur du peuple" ; il touche une pension pour son soutien secret à la royauté : 200 000 livres pour payer ses dettes, 6 000 livres par mois et 1 millon à la fer …

Demeure d'Honoré-Gabriel-Riqueti de Mirabeau, surnommé "l'Orateur du peuple" ; il touche une pension pour son soutien secret à la royauté : 200 000 livres pour payer ses dettes, 6 000 livres par mois et 1 millon à la fermeture de l'Assemblée

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Événement
1858
14 janvier 1858 — Salle Le Peletier/Opéra Le Peletier/Opéra de Paris
p 166
Attentat du patriote italien Felice Orsini contre Napoléon III ; il lance deux bombes qui font 12 morts et 156 blessés ; mais Badinguet est indemne. Il en profite pour imposer une loi de sûreté générale. Ça ne vous évoqu …

Attentat du patriote italien Felice Orsini contre Napoléon III ; il lance deux bombes qui font 12 morts et 156 blessés ; mais Badinguet est indemne. Il en profite pour imposer une loi de sûreté générale. Ça ne vous évoque rien ?

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Événement
1861
1861 — Café Le Madrid
p 166
Rencontres d'hommes politiques journalistes et artistes ; portraits sur les murs
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Événement
1844
26 mai 1844 — Hôtel de Laborde/Demeure de Jacques Laffitte (à partir de 1822)
p 167
Mort du banquier Jacques Laffitte ruiné ; ses obsèques sont financés par souscription nationale
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Événement
1840
14 novembre 1840 — Maison natale de Claude Monet
p 167
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Événement
1791
2 avril 1791 — Demeure de Gabriel Honoré Riqueti de Mirabeau (chez Julie Careau)/Plaque de Chénier
p 170
Le 2 avril 1791, Mirabeau meurt au 42 rue de la Chaussée d'Antin, chez l'actrice Julie Careau. Il a quarante-deux ans. Paris entre en deuil comme pour un roi. Gabriel Honoré Riquetti de Mirabeau avait été tout à la fois …

Le 2 avril 1791, Mirabeau meurt au 42 rue de la Chaussée d'Antin, chez l'actrice Julie Careau. Il a quarante-deux ans. Paris entre en deuil comme pour un roi.

Gabriel Honoré Riquetti de Mirabeau avait été tout à la fois : libertin scandaleux, fils emprisonné sur lettre de cachet par son propre père, publiciste génial, tribun de l'Assemblée nationale dont la voix faisait trembler les murs. Lorsqu'en 1789 le marquis de Dreux-Brézé était venu signifier aux députés du Tiers État l'ordre royal de se disperser, c'est Mirabeau qui avait répondu : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes." La formule avait fait le tour de l'Europe.

Ce que Paris ne savait pas, c'est que depuis des mois Mirabeau vendait ses services au roi — il percevait une pension secrète de la Cour en échange de conseils politiques. Il mourait au moment où cette double vie commençait à être soupçonnée. Sa corruption ne fut révélée qu'en 1793, quand on découvrit ses papiers dans l'armoire de fer de Louis XVI.

Le jour même de sa mort, l'Assemblée crée le Panthéon — l'église Sainte-Geneviève transformée en temple républicain pour abriter les grands hommes. Mirabeau en est le premier habitant. Il y restera jusqu'en 1793, quand la découverte de ses lettres au roi le fera expulser sans cérémonie.

Sur la façade du 42 rue de la Chaussée d'Antin, une plaque porta longtemps ces vers d'André Chénier : "L'âme de Mirabeau s'exhala dans ces lieux. Hommes libres, pleurez ! tyrans, baissez les yeux !"

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Événement
1881
Événement
Événement
1911
Événement
1876
1876 — Demeure de Gustave Caillebotte
p 172
Le legs Gustave Caillebotte, peintre et mécène, est refusé par les "autorités"
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Événement
1825
1825 — Demeure de Claude-Joseph Rouget de Lisle
p 172
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Événement
1878
1878 — Demeure de Guy de Maupassant
p 173
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Événement
1873
1873 — Boutique du marchand de couleurs Édouard (chez qui le Père Tanguy était broyeur)
p 173
Julien François Tanguy, dit le père Tanguy, d'abord plâtrier, devient broyeur de couleurs chez Édouard
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Événement
1739
15 février 1739 — Maison natale de Charles Sanson/Demeure de la famille Sanson (bourreaux de Paris)
p 174
Le 15 février 1739 naît à Paris un enfant destiné à devenir l’un des personnages les plus redoutés – et les plus commentés – de la Révolution française : [[Charles‑Henri Sanson|doc:charles-henri-sanson.WebHome]], futur b …

Le 15 février 1739 naît à Paris un enfant destiné à devenir l’un des personnages les plus redoutés – et les plus commentés – de la Révolution française : [[Charles‑Henri Sanson|doc:charles-henri-sanson.WebHome]], futur bourreau de [[Louis XVI|doc:louis-xvi.WebHome]]. Il vient au monde dans une famille déjà solidement installée dans le « métier » : depuis la fin du XVIIᵉ siècle, les Sanson se transmettent la charge d’exécuteur des hautes œuvres de Paris, avec maison et privilèges associés.

Charles‑Henri est le fils de Charles‑Jean‑Baptiste Sanson et de Madeleine Tronson. En principe, tout le destine à succéder à son père, mais lui-même manifeste très tôt une aversion marquée pour cette fonction : envoyé enfant dans un couvent à Rouen, il doit en repartir dès que l’on découvre l’origine de sa famille, et ne retrouvera son rôle d’héritier que par contrainte. Cette impossibilité de s’extraire de sa lignée est au cœur de sa trajectoire.

Devenu officiellement exécuteur des hautes œuvres de Paris, il officie sous [[Louis XV|doc:louis-xv.WebHome]] puis [[Louis XVI|doc:louis-xvi.WebHome]], avant de servir, sans changement de poste, la Première République. Il participe à près de 3 000 exécutions, dont celles de [[Robert‑François Damiens|doc:robert-francois-damiens.WebHome]], de Louis XVI, et de nombreuses figures de la Révolution, dont [[Danton|doc:georges-danton.WebHome]], [[Desmoulins|doc:camille-desmoulins.WebHome]] et [[Robespierre|doc:maximilien-robespierre.WebHome]]. Ce rôle central ne doit pas masquer le paradoxe du personnage : ni fervent royaliste, ni militant révolutionnaire, il accomplit une fonction publique dont il mesure la charge morale, attaché avant tout à la régularité du rituel et à l’exactitude des procédures.

Sa naissance dans ce Paris encore d’Ancien Régime, dans un quartier où la famille Sanson réside à l’écart, rappelle que la Révolution n’a pas fait surgir de nulle part le « bourreau de Louis XVI » : elle a simplement placé au centre de la scène un homme et un métier déjà bien enracinés dans la ville et ses marges.

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Événement
1830
1 juillet 1830 — Atelier de Camille Corot
p 175
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Événement
1794
1794 — Demeure de Pierre Choderlos de Laclos
p 175
Auteur des "Liaisons dangereuses" en 1782 ; partisan de Philippe Égalité, auteur des "Instructions" pour les cahiers de doléances
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Événement
Événement
1875
22 février 1875 — Demeure de Camille Corot
p 175
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Événement
1890
1890 — Atelier de Pierre Bonnard
p 176
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Événement
1886
mars 1886 — Demeure de Vincent van Gogh/Demeure de Théo van Gogh
p 176
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Événement
1880
Événement
Événement
1885
1885 — Hôtel Stevens/Second cabaret du Chat Noir
p 176
Transfert du cabaret du Chat Noir depuis le boulevard Rochechouart ; création d'un Théâtre d'ombres et édition d'une revue qui tirera à 17 000 exemplaires
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Événement
1892
27 mars 1892 — Domicile du substitut Bulot
p 177
Le 27 mars 1892, une bombe explose au cinquième étage du 39 rue de Clichy. C'est le domicile du substitut Léon Bulot, magistrat qui avait requis des peines sévères contre des manifestants anarchistes lors du procès de Cl …

Le 27 mars 1892, une bombe explose au cinquième étage du 39 rue de Clichy. C'est le domicile du substitut Léon Bulot, magistrat qui avait requis des peines sévères contre des manifestants anarchistes lors du procès de Clichy en 1891. Bulot est absent. Les dégâts sont matériels. L'auteur est un certain François Claudius Koenigstein, dit Ravachol.

C'est le deuxième attentat en moins d'une semaine — le 11 mars, une bombe avait déjà visé le domicile du président du tribunal qui avait jugé la même affaire. Ravachol revendique une logique de représailles : la justice bourgeoise frappe les anarchistes, les anarchistes frappent les juges. La propagande par le fait dans toute sa rigueur.

Ravachol est arrêté quelques jours plus tard, trahi par un garçon de restaurant qui l'avait reconnu. Au moment de son arrestation, il chantait. Son procès devient une tribune. Condamné à mort pour ces attentats et pour plusieurs meurtres commis avant de venir à Paris, il monte à l'échafaud en juillet 1892 en criant ses convictions. Le mouvement anarchiste en fait aussitôt un martyr — on "ravacholise" pour désigner l'acte révolutionnaire par excellence.

L'affaire Ravachol marque le début d'une vague d'attentats anarchistes qui secoue Paris jusqu'en 1894 — Vaillant à la Chambre, Émile Henry au café Terminus, puis l'assassinat du président Carnot à Lyon. La IIIe République répond par les lois scélérates, qui restreignent la liberté de la presse.

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Événement
1777
1777 — Société des Auteurs dramatiques (créée en 1777)
p 177
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Événement
Date imprécise — Demeure de Thomas Couture et William Morris Hunt
p 177
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Événement
1849
1849 — Demeure de Benjamin Godard
p 177
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Événement
1882
1882 — Demeure d'Edgar Degas
p 177
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Événement
1902
29 septembre 1902 — Demeure d'Émile Zola (à partir de septembre 1889)
p 177
Une cheminée bouchée, un homme mort dans son lit, une femme qui survit : quatre ans après avoir sauvé Dreyfus, Zola meurt d'un accident que personne n'a jamais pu vraiment expliquer. Émile Zola meurt dans la nuit du 28 a …

Une cheminée bouchée, un homme mort dans son lit, une femme qui survit : quatre ans après avoir sauvé Dreyfus, Zola meurt d'un accident que personne n'a jamais pu vraiment expliquer.

Émile Zola meurt dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902 au 21 bis de la rue de Bruxelles, dans le 9e arrondissement, où il vit depuis 1889. Il a soixante-deux ans. La cause officielle est l'asphyxie par oxyde de carbone : le conduit de la cheminée de la chambre était obstrué. Sa femme Alexandrine, dans le même lit, survit de justesse.

L'enquête conclut à l'accident. Les experts vérifient la cheminée et constatent l'obstruction. Ils ne parviennent pas à expliquer comment elle s'est produite. Des expériences sont conduites avec des cobayes, qui ne meurent pas. Le doute s'installe immédiatement.

Zola était devenu, quatre ans plus tôt, l'homme le plus haï de France par les milieux nationalistes et antisémites. Le 13 janvier 1898, il avait publié dans L'Aurore une lettre ouverte au président Félix Faure : "J'accuse." Le texte, écrit en une nuit, accusait nommément les officiers de l'état-major d'avoir sciemment condamné un innocent, le capitaine Dreyfus, et couvert le vrai coupable. Il valut à Zola un procès, une condamnation, un exil en Angleterre. Il fit basculer l'Affaire : la révision devint inévitable, et Dreyfus sera réhabilité en 1906.

Les nationalistes ne le lui pardonnèrent jamais. Sa maison fut menacée, ses livres brûlés, sa personne insultée quotidiennement dans la presse de droite. En 1953, cinquante et un ans après sa mort, le journal Libération publia le témoignage recueilli auprès d'un fumiste parisien nommé Henri Buronfosse, militant d'extrême droite, qui aurait avoué avant de mourir avoir bouché la cheminée de Zola par vengeance politique. Le témoignage est indirect et n'a jamais pu être vérifié. Il n'a jamais été réfuté non plus.

Ses obsèques ont lieu au cimetière de Montmartre. Anatole France prononce l'éloge funèbre : "Il fut un moment de la conscience humaine." Dreyfus, encore officiellement coupable, y assiste. Zola sera transféré au Panthéon en 1908 ; le jour de la cérémonie, un journaliste nationaliste tirera deux coups de revolver sur Dreyfus, le blessant au bras.

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Événement
1840
2 avril 1840 — Maison natale d'Émile Zola
p 177
Émile Zola naît le 2 avril 1840 au 10 rue Saint-Joseph, au quatrième étage, dans un quartier de petits commerçants et d'artisans du 2e arrondissement. Son père, Francesco Zola, est un ingénieur d'origine vénitienne qui m …

Émile Zola naît le 2 avril 1840 au 10 rue Saint-Joseph, au quatrième étage, dans un quartier de petits commerçants et d'artisans du 2e arrondissement. Son père, Francesco Zola, est un ingénieur d'origine vénitienne qui mourra trois ans plus tard en laissant la famille dans une situation précaire. Sa mère, Émilie Aubert, est française. Il a le double sang de l'observateur — étranger et natif à la fois.

Il grandit à Aix-en-Provence, revient à Paris à dix-huit ans, y connaît la misère, les greniers froids, la faim. Il entre chez Hachette comme employé, commence à écrire. En 1871, il est journaliste pendant la Commune, témoin des barricades et du feu. Ce Paris-là — ses chantiers haussmanniens, ses marchés, ses mines, ses cafés, ses bouges, ses grands magasins — il en fait la matière de vingt romans.

Les Rougon-Macquart, cette fresque en vingt volumes sur "l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire", est une entreprise sans précédent dans la littérature française : cartographier la société entière, des mines du Nord aux Halles de Paris, du monde paysan aux coulisses de la Bourse, en suivant les ramifications d'une hérédité à travers les classes sociales. Germinal, Nana, L'Assommoir, Au Bonheur des Dames — Paris est à la fois décor et personnage.

En 1898, il publie J'Accuse dans L'Aurore — lettre ouverte au président de la République pour défendre Dreyfus. Il risque sa liberté. Il choisit quand même.![[Plaque apposée sur la maison natale d'Émile Zola (1840-1902) au n° 10 de la rue Saint-Joseph, Mu - Wikimedia|Zola Émile Plaque apposée sur la maison natale d'Émile Zola (1840-1902) au n° 10 de la rue Saint-Joseph.jpeg]]

Plaque apposée sur la maison natale d'Émile Zola (1840-1902) au n° 10 de la rue Saint-Joseph, Mu - Wikimedia

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Événement
Date imprécise — Épicerie de la Mère Birnbaum (aujourd'hui restaurant l'Assommoir)
p 177
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Événement
Événement
Événement
1890
17 mai 1890 — Demeure de Vincent van Gogh/Demeure de Théo van Gogh
p 178
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Événement
1844
15 octobre 1844 — Demeure et atelier d'Eugène Delacroix
p 178-179
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Événement
Événement
1885
1885 — Atelier d'Henri de Toulouse-Lautrec
p 179
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Événement
1871
1871 — Demeure de Charles Delescluze (pendant la Commune)
p 179
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Événement
1877
1877 — Hôtel de la Païva/Demeure de Paul Gauguin
p 179
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Événement
1897
1897 — Atelier d'Henri de Toulouse-Lautrec
p 179
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Événement
Événement
1872
1872 — Demeure d'Henri de Toulouse-Lautrec (enfant)
p 179
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Événement
1871
11 mai 1871 — Hôtel de Sophie Dosne/Demeure d'Adolphe Thiers (à partir de 1833)
p 179
La maison de Thiers, "la cambuse à Foutriquet", est détruite sur décision de la Commune. Les meubles vont au Mobilier national, les objets d'art au Louvre et le linge aux hôpitaux. L'ensemble estimé à 2 millions sera rem …

La maison de Thiers, "la cambuse à Foutriquet", est détruite sur décision de la Commune. Les meubles vont au Mobilier national, les objets d'art au Louvre et le linge aux hôpitaux. L'ensemble estimé à 2 millions sera rembouré 3

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Événement
1848
7 juin 1848 — Maison natale de Paul Gauguin
p 179
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Événement
Date imprécise — Café-restaurant "Aux Billards en Bois"/Restaurant "À la Bonne Franquette"
p 179
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Événement
1924
octobre 1924 — Hôtel de Bérulle/Bureau de recherches surréalistes (surnommé "La Centrale")
p 180
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Événement
1919
mai 1919 — Demeure d'André Breton
p 180
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Événement
1918
septembre 1918 — Hôtel des Grands Hommes/Séjour d'André Breton
p 180
Breton fait partir de là le Mouvement Surréaliste le 17 mars 1919 ; il y rédige avec Soupault les "Champs magnétiques"![[Plaque Breton-Soupault, PB|Panthéon place du 17 Hôtel des Grands Hommes Breton plaque.JPG]] Plaque …

Breton fait partir de là le Mouvement Surréaliste le 17 mars 1919 ; il y rédige avec Soupault les "Champs magnétiques"![[Plaque Breton-Soupault, PB|Panthéon place du 17 Hôtel des Grands Hommes Breton plaque.JPG]]

Plaque Breton-Soupault, PB

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Événement
Événement
1875
15 mai 1875 — Galerie Goupil (second siège, après le boulevard Montmartre)
p 183
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Événement
1789
Événement
Événement
1813
17 décembre 1813 — Folie Genlis/Demeure d'Antoine Augustin Parmentier (en 1808)
p 187
Mort d'Antoine Parmentier, qui introduisit en France la consommation des pommes de terre
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Événement
1871
18 mars 1871 — Demeure de Jules Michelet
p 188
Le 18 mars 1871, Jules Michelet se trouve à Pise pour des travaux académiques. À l'annonce de l'insurrection parisienne, il est frappé de congestion. Patriote et idéaliste, il voit dans ce soulèvement une calamité supplé …

Le 18 mars 1871, Jules Michelet se trouve à Pise pour des travaux académiques. À l'annonce de l'insurrection parisienne, il est frappé de congestion. Patriote et idéaliste, il voit dans ce soulèvement une calamité supplémentaire s'ajoutant à la défaite face à la Prusse. Il mourra en 1874.

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Événement
1818
1818 — Demeure de Jules Michelet (chez son père)
p 188
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Événement
1798
21 août 1798 — Maison natale de Jules Michelet (imprimerie de son père)
p 188
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Événement
1799
18 mai 1799 — Demeure de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (construite en 1789)
p 189
Mort de Beaumarchais dans son Hôtel, construit sur un bastion de l'enceinte de Louis XIII, entouré d'un magnifique jardin
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Événement
1878
1878 — Cité Fleurie (construite avec les matériaux de l'Exposition universelle de 1878, comportant 29 ateliers)/Cité d'artistes
p 190
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Événement
1786
1786
p 190
Bureaux d'octroi du mur des Fermiers généraux. Pavillons d'octroi place des Antilles et place de la Réunion. Statues de Louis IX et de Philippe II Auguste de 1843 sur les colonnes du Trône
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Événement
1794
14 juin 1794 — Cimetière de Picpus
p 190
Charnier des 1306 condamnés guillotinés place du trône renversé, dont les carmélites de Compiègne
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Événement
1886
1886 — Demeure de Camille et Paul Claudel
p 190
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Événement
1783
15 octobre 1783 — Folie Titon/Manufacture de papiers-peints Réveillon (de 1763)/Lieu du premier vol humain (vol captif)
p 190
Fabrication de la Montgolfière, et essais par Jean-François Pilâtre de Rozier en vol captif ; dans la manufacture de papiers peints Réveillon, qui comptait alors 350 ouvriers
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Événement
1898
21 décembre 1898 — Demeure de Pierre et Marie Curie
p 191
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Événement
1792
1792 — Brasserie d'Antoine-Joseph Santerre
p 191
Préparation de la journée du 20 juin et de l'assaut des Tuileries le 10 août 1792
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Événement
Événement
1783
21 novembre 1783
p 194
Le 21 novembre 1783, le premier vol libre habité en montgolfière a lieu à Paris. [[Jean-François Pilâtre de Rozier|doc:jean-francois-pilatre-de-rozier.WebHome]] et [[François Laurent d'Arlandes|doc:francois-laurent-d-arl …

Le 21 novembre 1783, le premier vol libre habité en montgolfière a lieu à Paris. [[Jean-François Pilâtre de Rozier|doc:jean-francois-pilatre-de-rozier.WebHome]] et [[François Laurent d'Arlandes|doc:francois-laurent-d-arlandes.WebHome]], à bord d’un ballon à air chaud conçu par [[Joseph|doc:joseph-de-montgolfier.WebHome]] et [[Jacques-Étienne Montgolfier|doc:jacques-etienne-montgolfier.WebHome]], décollent du château de la Muette. Le ballon, d’un volume d’environ 2 200 à 2 800 m³, est chauffé par un foyer alimenté en paille et en laine. Après un vol d’environ 20 à 25 minutes, couvrant près de 9 à 10 kilomètres et atteignant une altitude d’environ 900 à 1 000 mètres, ils atterrissent sans encombre sur la [[Butte aux Cailles|doc:rue-de-la-butte-aux-cailles.WebHome]], marquant la première traversée aérienne humaine de l’histoire. Cet exploit, réalisé devant des membres de l’Académie des sciences et de nombreux témoins, consacre la montgolfière comme la première machine volante capable de transporter des personnes, ouvrant la voie à l’aérostation.

Sources

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Événement
1848
1848 — Demeure de François Arago
p 196
Arago est membre du Gouvernement provisoire ; il fut un des promoteurs de l'abolition de l'esclavage mais participa activement à la répression de l'insurrection de Juin 1878
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Événement
Événement
1826
1826 — Infirmerie Marie-Thérèse/Demeure de François-René de Chateaubriand
p 197
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Événement
1966
1966 — Immeuble le Méridien/Demeure de Georges Brassens/Demeure de Jacques Brel
p 197
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Événement
1825
Événement
1847
1847 — Réunions des Républicains
p 197
Réunions clandestines entre Blanqui, Marc Caussidière et Alexandre Ledru-Rollin ; la maison est repérée, mais Alexandre Ledru-Rollin parvient à s'enfuir à temps
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Événement
1908
décembre 1908 — Demeure de Lénine (jusqu'à juillet 1909, avec sa sœur Marie et la mère de Nadejda Kroupskaïa)
p 198
Demeure de Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, à son arrivée à Paris ; Martov est un familier. L'appartement, qui se trouvait au 2ème étage, a été détruit, l'immeuble ayant été rehaussé
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Événement
1908
1908 — Café du Lion/Club des joueurs d'échecs
p 198
Lénine est un habitué du Café du Lion ; il y organise des réunions de la fraction Bolchevique du POSDR
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Événement
Événement
Événement
1893
1893 — Hôtel Jassaud d'Arquivilliers/Atelier de Camille Claudel
p 199
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Événement
Événement
Date imprécise — Demeure de Pierre et Marie Curie
p 199
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Événement
1885
Événement
1954
Événement
Date imprécise — Atelier d'Amedeo Modigliani
p 200
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Événement
1898
1898 — Atelier 17/Demeure d'Eugène Atget
p 200
Le 17 bis rue Campagne-Première, dans le 14e arrondissement de Paris, fut à partir de 1898 la demeure du photographe Eugène Atget, qui y vécut jusqu’à sa mort en 1927. Ce lieu, situé au cœur du quartier Montparnasse, éta …

Le 17 bis rue Campagne-Première, dans le 14e arrondissement de Paris, fut à partir de 1898 la demeure du photographe Eugène Atget, qui y vécut jusqu’à sa mort en 1927. Ce lieu, situé au cœur du quartier Montparnasse, était proche de la Cité des Artistes, un ensemble d’ateliers ayant accueilli de nombreux créateurs majeurs du XXe siècle. Atget y réalisa une grande partie de son œuvre documentaire sur Paris, vendant ses photographies à des artistes et institutions. Dans les années 1920, il y rencontra des figures de l’avant-garde comme Berenice Abbott et Man Ray, qui contribuèrent à la reconnaissance posthume de son travail. Le quartier fut également un point de rencontre pour des artistes tels qu’Alberto Giacometti et Max Ernst, qui fréquentaient la Cité des Artistes voisine. L’adresse est ainsi associée à la vie artistique intense de Montparnasse et à la transmission du patrimoine visuel de Paris.

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Événement
1950
avril 1950 — Demeure et atelier de Léonard Foujita
p 200
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Événement
1922
1922 — Demeure et atelier de Man Ray/Bâtiment remarquable
p 200
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Événement
1883
Événement
1871
10 septembre 1871 — Demeure de Paul Verlaine (hébergé par ses beaux-parents Mauté)
p 201
Il y a des rendez-vous manqués qui comptent davantage que ceux qu'on n'a pas ratés. Verlaine et Charles Cros sont sur le quai de la gare de l'Est, en ce matin du 10 septembre 1871. Ils attendent Arthur Rimbaud, seize ans …

Il y a des rendez-vous manqués qui comptent davantage que ceux qu'on n'a pas ratés.

Verlaine et Charles Cros sont sur le quai de la gare de l'Est, en ce matin du 10 septembre 1871. Ils attendent Arthur Rimbaud, seize ans, que Verlaine a invité à Paris après avoir reçu quelques poèmes dont "Le Bateau ivre". Le train de Charleville arrive, les voyageurs descendent. Rimbaud n'est pas parmi eux: il a pris un autre convoi, ou ils l'ont simplement manqué dans la foule. Verlaine et Cros rentrent bredouilles.

Rimbaud, lui, est allé directement au 14 rue Nicolet, dans le quartier de Clignancourt. C'est là que Verlaine vit provisoirement chez ses beaux-parents, la famille Mauté de Fleurville, avec sa jeune femme Mathilde, enceinte de leur premier enfant. Rimbaud sonne à la porte. On lui ouvre. Il a seize ans, un aspect fruste, des vêtements de province; et dans sa poche, "Le Bateau ivre", qu'il récitera ce soir-là dans le salon de la famille Mauté.

La Commune vient d'être massacrée. Verlaine, qui avait travaillé brièvement pour le gouvernement communard, se fait discret. Rimbaud, lui, a vécu le siège depuis Charleville, à distance et dans une fureur d'adolescent. "Paris se repeuple", écrit-il dans un poème de juillet 1871 qui décrit le retour des bourgeois dans une ville encore fumante. Pour ces deux hommes qui arrivent de bords différents du gouffre de 1871, la poésie est le seul territoire où la défaite n'a pas encore de nom.

Ce soir du 10 septembre, Verlaine comprend qu'il a affaire à quelqu'un d'exceptionnel. Il sera bientôt évident que cet adolescent va briser tout ce qu'il touche: la vie de Verlaine, son mariage, sa réputation, sa paix. Et lui donner, en échange, les vers des "Illuminations".

Mathilde Mauté accueille Rimbaud avec méfiance. Elle aura raison. En deux ans, les deux poètes forgeront une révolution poétique, fuiront à Bruxelles, se blesseront, se perdront. Le coup de revolver de Bruxelles (juillet 1873) mettra fin à tout. Rimbaud, à dix-neuf ans, cessera d'écrire de la poésie pour toujours.

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Événement
1871
1871 — Remise des Petites voitures (immeuble habité par les cochers)/Demeure d'Arthur Rimbaud
p 201
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Événement
Date imprécise — Demeure de Pierre-Joseph Proudhon
p 202
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Événement
1969
12 juin 1969 — Café de la Gare (ancienne usine de ventilateurs)
p 203
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Événement
1888
14 novembre 1888 — Institut Pasteur/Laboratoire de Louis Pasteur/Crypte de la tombe de Louis Pasteur
p 208
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Événement
1902
1902 — La Ruche/Cité d'artistes
p 210
Ateliers d'artistes conçus par Eiffel pour le "pavillon de la Femme" de l'Exposition universelle de 1900 ; sa réimplantation ici est financée par Jean Boucher, sculpteur et mécène
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Événement
Événement
1667
1667 — Demeure de Molière (emplacement présumé, face à la maison de Racine)
p 214
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Événement
1903
25 juin 1903 — Maison natale de Pierre Brossolette
p 215
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Événement
1932
1932 — Demeure de Pierre Brossolette
p 215
Pierre Brossolette, futur membre du Conseil National de la Résistance en 1943
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Événement
1940
novembre 1940 — Librairie et Bibliothèque Universelles (couverture de Pierre Brossolette)
p 215
Pierre Brossolette rejoint le groupe du Trocadéro, le réseau du musée de l'Homme, puis devient secrétaire de Charles de Gaulle. Il achète une librairie dont il va se servir comme lieu de réunions
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Événement
1944
22 mars 1944 — Immeuble de la Gestapo
p 215
Pierre Brossolette torturé par la Gestapo se jette par la fenêtre pour ne pas parler. Le 19 mars 1944, la Gestapo identifie enfin Pierre Brossolette, détenu depuis six semaines à Rennes sans qu'on sache qui il était. Il …

Pierre Brossolette torturé par la Gestapo se jette par la fenêtre pour ne pas parler.

Le 19 mars 1944, la Gestapo identifie enfin Pierre Brossolette, détenu depuis six semaines à Rennes sans qu'on sache qui il était. Il est transféré au 84 avenue Foch, quartier général de la Gestapo à Paris. Les interrogatoires commencent. Deux jours et demi de torture.

Brossolette tient. Il connaît trop de noms, trop de réseaux, trop de visages — il sait ce que sa parole signifierait. Le 22 mars, profitant d'un instant d'inattention du gardien, menotté dans le dos, il se lève, ouvre la fenêtre de la chambre de bonne où il est enfermé au cinquième étage, et saute. Il tombe sur un balcon en contrebas, puis sur le trottoir. Il est ramassé vivant, transporté à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Il meurt le soir même sans avoir repris connaissance. Il avait quarante ans.

C'est Yeo-Thomas — arrêté le 21 mars, la veille, au métro Passy — qui avait organisé la mission dont l'objectif était de faire évader Brossolette avant que la Gestapo ne l'identifie. Il était arrivé trop tard.

Normalien, journaliste, homme de radio, résistant de la première heure, Brossolette avait été l'un des architectes de l'unification des mouvements de résistance de la zone nord. Son épitaphe la plus juste, il l'avait lui-même prononcée dans un discours à Londres le 18 juin 1943, en hommage aux résistants anonymes qu'il appelait les soutiers de la gloire.

Il est au Panthéon depuis 2015.

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Événement
1783
21 novembre 1783
p 220
Ascension de la Réveillon pour le vol qui va la mener jusqu'à la Butte aux Cailles
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Événement
1870
Événement
Événement
Date imprécise — Demeure de Pierre-Joseph Proudhon
p 222
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Événement
1862
1862 — Demeure de Pierre-Joseph Proudhon (fond de la cour)
p 222
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Événement
1865
19 janvier 1865 — Demeure de Pierre-Joseph Proudhon (à partir de 1861)
p 222
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Événement
1929
25 novembre 1929 — Demeure de Georges Clemenceau (de 1896)
p 222
Mort du "Tigre", défenseur de Dreyfus, mais aussi responsable des massacres de Fourmies et autres lieux
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Événement
1827
1827 — Hôtel de Chatillon/Demeure de Hyacinthe Tabaud de Latouche/Demeure d'Honoré de Balzac
p 223
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Événement
1796
Événement
1850
18 août 1850 — Folie Beaujon/Hôtel de Balzac/Demeure d'Honoré de Balzac (à partir de 1847)
p 223
Victor Hugo sonne à la porte ; un domestique lui dit que Monsieur est en train d'agoniser. La maison du 14 rue Fortunée, dans le 8e arrondissement (aujourd'hui 22 rue Balzac), Honoré de Balzac l'avait achetée, rénovée, m …

Victor Hugo sonne à la porte ; un domestique lui dit que Monsieur est en train d'agoniser.

La maison du 14 rue Fortunée, dans le 8e arrondissement (aujourd'hui 22 rue Balzac), Honoré de Balzac l'avait achetée, rénovée, meublée avec soin pendant des années, en vue d'un retour d'Ukraine qui n'avait cessé d'être repoussé. Il avait tapissé les pièces, rempli les armoires, accroché aux murs des tableaux de maîtres, disposé des bibelots rares. Il attendait Eveline.

Balzac est né le 20 mai 1799 à Tours. Dès les années 1830, il avait entrepris ce qu'il appelait la Comédie humaine : une somme de quatre-vingt-dix romans et nouvelles voulant représenter la société française dans toute son épaisseur, du paysan au banquier, de la provinciale à la courtisane parisienne. Dumas, Hugo et lui sont les trois géants de la fiction du XIXe siècle français. Mais Balzac travaillait comme un forçat, quinze heures par jour, la nuit souvent, au café noir, s'endettant pour acheter tout ce que ses personnages possédaient, se ruinant autant qu'il gagnait.

En 1832, il avait reçu une lettre d'une inconnue, signée « L'Étrangère ». C'était Eveline Hanska, comtesse polonaise mariée à un riche propriétaire ukrainien. S'ensuivit une correspondance de dix-huit ans, entrecoupée de voyages en Ukraine. Quand le comte mourut en 1841, ils parlèrent enfin de mariage. Mais les obstacles s'accumulèrent. Ce n'est qu'en mars 1850, à Berdychiv, que la cérémonie eut lieu.

Balzac revint à Paris en mai 1850. Il était méconnaissable : hydropique, atteint d'une maladie de cœur grave, une gangrène commençant à ronger sa jambe, à moitié aveugle. Il s'installa rue Fortunée. Il avait cinquante et un ans.

Victor Hugo lui rendit visite dans la nuit du 17 au 18 août. Il trouva un homme qui agonisait, entouré des chefs-d'œuvre qu'il ne pouvait plus voir. Balzac mourut le 18 août 1850. Hugo prononça l'oraison funèbre au Père-Lachaise, là où la statue de Rodin le représente plus tard, le dos voûté, le regard fixé sur la ville qu'il avait passé sa vie à dépeindre.

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Événement
1827
Événement
1828
1828 — Demeure de Charles Baudelaire
p 227
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Événement
1839
2 novembre 1839 — Pension Levêque et Bailly
p 227
Pension où Baudelaire est placé par son beau-père, après qu'il ait été renvoyé du lycée Louis-le-Grand
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Événement
Événement
1840
25 février 1840 — Demeure de Charles Baudelaire
p 227
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Événement
Événement
1932
7 mars 1932 — Demeure d'Aristide Briand
p 228
Mort d'Aristide Briand, secrétaire général du PS en 1901, 11 fois président du Conseil, prix Nobel de la Paix 1926
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Événement
1979
23 juillet 1979 — Demeure de Joseph Kessel (à partir de 1950)
p 228
Il avait traversé les Pyrénées à pied en janvier 1943 pour rejoindre de Gaulle à Londres. De là, il écrivit les paroles du Chant des partisans. Puis il rentra, et vécut encore trente-six ans. Joseph Kessel naît en 1898 e …

Il avait traversé les Pyrénées à pied en janvier 1943 pour rejoindre de Gaulle à Londres. De là, il écrivit les paroles du Chant des partisans. Puis il rentra, et vécut encore trente-six ans.

Joseph Kessel naît en 1898 en Argentine — ses parents, juifs russes, étaient en transit — et grandit en France. Il devient journaliste, reporter, romancier. Belle de Jour paraît en 1928. Quand la guerre éclate, il refuse l'Occupation. En janvier 1943, il quitte la France clandestinement, traverse les Pyrénées à pied avec un passeur, gagne l'Angleterre et s'engage dans les Forces françaises libres. Il vole comme mitrailleur à bord d'un Halifax.

À Londres cette même année, avec son neveu Maurice Druon, il écrit les paroles du Chant des partisans — « Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines... » — sur une mélodie d'Anna Marly. La BBC le diffuse vers la France occupée. C'est l'hymne de la Résistance intérieure.

Il publie en 1943 L'Armée des ombres, roman sur la Résistance écrit à chaud depuis Londres, avant la victoire. Le film que Jean-Pierre Melville en tirera en 1969 reste l'une des œuvres les plus justes sur ce que fut la Résistance réelle — ses compromis, ses trahisons, sa solitude.

Membre de l'Académie française depuis 1962, il meurt le 23 juillet 1979, au 18 de la rue Quentin Bauchart, dans le 8e arrondissement, à quatre-vingt-un ans. Il habitait à quelques centaines de mètres des Champs-Élysées que les Allemands avaient défilé en juin 1940.

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Événement
Événement
1896
1896 — Demeure d'Henri Becquerel
p 231
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Événement
Événement
1868
1868 — École de Louise Michel ru Oudot
p 238
Louise Michel ouvre un cours pour 60 élèves avec Mlle Poulin
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Événement
1844
23 octobre 1844 — Maison natale de Sarah Bernhardt
p 238
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Événement
1857
1857 — Pension de Mme Vollier/Première école où enseigna Louise Michel
p 238
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Événement
Événement
Événement
Événement
1933
1933 — Demeure de Jehan-Rictus (de 1914 à sa mort)
p 244
Mort du poète Jehan-Rictus, qui finit sa vie dans la misère
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Événement
1951
Événement
Événement
1885
1885 — Demeure de Jean Baptiste Clément
p 246
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Événement
1886
juin 1886 — Demeure de Vincent van Gogh/Demeure de Théo van Gogh
p 246
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Événement
Événement
1906
1906 — Le Bateau-lavoir/Nom donné par Max Jacob
p 247
Naissance du Cubisme, avec la réalisation des "Demoiselles d'Avinyó" ; les demoiselles du bordel de la rue d'Avignon... à Barcelone
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Événement
1871
28 mai 1871 — Cachette d'Eugène Pottier
p 248
Cachette d'Eugène Pottier après la Commune ; il écrit ici son poème "l'Internationale", qui sera mis en musique quelques années plus tard par Pierre Degeyter, après avoir été chanté dans un premier temps sur l'air de la …

Cachette d'Eugène Pottier après la Commune ; il écrit ici son poème "l'Internationale", qui sera mis en musique quelques années plus tard par Pierre Degeyter, après avoir été chanté dans un premier temps sur l'air de la Marseillaise

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Événement
1925
12 février 1925 — Demeure d'Aristide Bruant
p 248
Le 12 février 1925, Aristide Bruant meurt à 73 ans dans son appartement du 17 rue Christiani, en plein 18e arrondissement. Montmartre perd alors l’une de ses voix les plus reconnaissables, celle qui avait fait entrer au …

Le 12 février 1925, Aristide Bruant meurt à 73 ans dans son appartement du 17 rue Christiani, en plein 18e arrondissement. Montmartre perd alors l’une de ses voix les plus reconnaissables, celle qui avait fait entrer au cabaret le parler rugueux des faubourgs et les histoires des gens sans importance.

Ce n’est pas sur une grande avenue ni dans un palace qu’il s’éteint, mais dans un immeuble modeste, à deux pas des rues qu’il a arpentées en long et en large. La plaque qui signale aujourd’hui sa présence passée est discrète, presque timide, comme en décalage avec la fameuse silhouette au manteau noir et à l’écharpe rouge fixée par Toulouse-Lautrec.

Devant le 17 rue Christiani, on n’entend plus les refrains scandés au cabaret du Chat Noir ou du Mirliton, mais on peut encore imaginer Bruant guettant les types, les gestes, les mots qui nourrissaient ses chansons. Le lieu ne se donne pas des airs de sanctuaire : il reste une adresse de quartier, où affleure simplement le souvenir d’un homme qui a su transformer la rue en matière poétique.![[Plaque indiquant l'habitation de Aristide Bruant, Photo MU, Wikimedia|17 Christiani rue, plaque de Aristide Briand, MU Wikimedia.jpeg]]

Plaque indiquant l'habitation de Aristide Bruant, Photo Mu, Wikimedia

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Événement
1860
1860 — Brasserie des Martyrs (tenue par Monsieur Bourgeois)
p 249
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Événement
1857
novembre 1857 — Hôtel meublé du Sénat et des Nations (caravansérail d'étudiants)
p 249
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Événement
1866
1866 — Demeure de Léon Gambetta
p 249
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Événement
1858
1858 — Hôtel meublé du Sénat et des Nations/Demeure de Léon Gambetta
p 249
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Événement
1870
7 octobre 1870
p 249
Il monte dans une nacelle place Saint-Pierre, il passe au-dessus des lignes prussiennes sous le feu, et il va lever des armées dans une France qui n'en a plus. Paris est encerclée depuis le 19 septembre. Le Gouvernement …

Il monte dans une nacelle place Saint-Pierre, il passe au-dessus des lignes prussiennes sous le feu, et il va lever des armées dans une France qui n'en a plus.

Paris est encerclée depuis le 19 septembre. Le Gouvernement de la Défense nationale, formé le 4 septembre après la chute de l'Empire à Sedan, est enfermé dans la capitale avec deux millions d'habitants. Une délégation gouvernementale a été envoyée à Tours pour administrer le reste du pays, mais elle est présidée par Crémieux, âgé et peu porté à la guerre à outrance. Il faut y envoyer quelqu'un qui organise la résistance.

Léon Gambetta a trente-deux ans. Avocat républicain, député de Belleville et de Marseille, ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire, il incarne la ligne de la guerre poursuivie jusqu'au bout contre les partisans d'un armistice rapide. Il décide de partir. Le seul chemin est le ciel.

Le 7 octobre 1870, en fin de matinée, il monte place Saint-Pierre à Montmartre dans la nacelle de l'Armand-Barbès, ballon baptisé du nom du révolutionnaire républicain mort l'année précédente en exil. Le pilote est Alexandre Trichet. Eugène Spuller, son secrétaire, l'accompagne. Un second ballon, le George-Sand, part en même temps, emportant deux Américains dont l'objet du voyage n'a jamais été établi. La foule assemblée sur la butte acclame le départ.

Le ballon passe au-dessus des lignes prussiennes. Les fantassins allemands tirent. Gambetta est légèrement blessé à la main. L'appareil poursuit sa route et atterrit vers quinze heures dans le bois de Favières, sur la commune d'Épineuse, dans l'Oise. Par Montdidier et Rouen, Gambetta rejoint Tours le 9 octobre.

Ce qu'il y accomplit tient de l'improvisation forcenée. En quatre mois, il lève, arme et met en ligne plusieurs armées nouvelles, dont l'armée de la Loire, avec des conscrits sans instruction et des officiers sans expérience. Ces armées seront battues, mais elles prolongeront la guerre jusqu'en janvier 1871 et donneront à la République naissante une légitimité militaire. La délégation quittera Tours pour Bordeaux le 9 décembre, devant l'avance prussienne.

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Événement
1814
30 mars 1814 — Restaurant "À la Mère Catherine" (de 1793)
p 249
Les cosaques auraient lancé ici le mot "Bistrot", qui signifie "vite" en russe, pendant l'occupation de 1814 ; mais une autre tradition le lie à la consommation de "bistrouille", un café arrosé. Le 30 mars 1814, pendant …

Les cosaques auraient lancé ici le mot "Bistrot", qui signifie "vite" en russe, pendant l'occupation de 1814 ; mais une autre tradition le lie à la consommation de "bistrouille", un café arrosé.

Le 30 mars 1814, pendant que Joseph Bonaparte signe la capitulation de Paris au Château Rouge et que les élèves de Polytechnique se battent au Père-Lachaise, des cosaques du général Langeron occupent la butte Montmartre. Certains s'attablent au restaurant À la Mère Catherine, 6 rue Norvins, tenu depuis 1793 par Catherine Lamothe.

C'est là, selon la tradition montmartroise, que serait né le mot bistrot. Pressés de repartir, les soldats russes auraient crié bystro !vite ! en russe — à la patronne pour qu'elle serve plus rapidement. Le mot aurait glissé dans l'argot parisien, puis dans la langue.

L'histoire est belle. Elle est aussi presque certainement fausse.

Les linguistes ont relevé que le mot bistrot n'apparaît dans aucun texte français avant 1884 — soit soixante-dix ans après l'occupation cosaque. Difficile d'imaginer qu'un mot d'argot populaire ait attendu sept décennies pour être attesté à l'écrit. La piste concurrente, que Philippe notait dans sa fiche, est plus solide : bistrot dériverait de bistrouille, un café allongé d'alcool bon marché, boisson populaire des campagnes du Nord. Ou peut-être de bistingo, un petit cabaret de bas étage.

À la Mère Catherine existe toujours, place du Tertre — un des plus vieux restaurants de Paris, fondé l'année même où Louis XVI montait à l'échafaud. Il accueille surtout des touristes aujourd'hui, et la plaque qui rappelle l'étymologie cosaque est fièrement visible sur la façade. L'histoire inexacte a parfois plus de vie que l'histoire vraie.

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Événement
1837
3 mai 1837 — Mairie de Montmartre
p 249
Mariage de Paul Verlaine avec Mathilde Mauté le 11 août 1870
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Événement
1898
24 décembre 1898 — Première opération de promotion pour l'automobile
p 250
Louis Renault lance l'industrie automobile en France, en faisant grimper la Butte Montmartre à sa "Voiturette". Il enregistre 6 commandes et, du coup, fonde sa marque
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Événement
1889
1889 — Demeure d'Auguste Renoir/Maison d'enfance de Jean Renoir/Maquis de Montmartre
p 251
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Événement
1890
1890 — Demeure d'Auguste Renoir/Maison d'enfance de Jean Renoir/Maquis de Montmartre
p 251
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Événement
1862
1862 — École des Beaux-Arts/Atelier de Charles Gleyre
p 251
Le "parnassien gris" Charles Gleyre donnera des cours à plus de 500 peintres, dont certains futurs impressionnistes
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Événement
1946
16 septembre 1946 — Demeure de Francisque Poulbot
p 251
Mort du peintre des enfants de la butte, qui leur a laissé son nom
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Événement
1873
1873 — Atelier d'Auguste Renoir (au début de sa carrière)
p 251
Renoir expose avec Monet et peint le Moulin de la Galette
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Événement
1889
février 1889 — Demeure et atelier d'Auguste Renoir
p 251
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Événement
1880
1880 — Cabaret Le Lapin Agile (à Gill)/Cabaret des Assassins (à l'origine, en 1860)/Cabaret "À ma Campagne" (en 1886)
p 252
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Événement
1902
1902 — Café La Petite Maison Rose
p 253
Café fréquenté par de nombreux artistes ; maison peinte tant de fois, dont une toile de 1919 qui fit connaître Maurice Utrillo. La Maison Rose est un petit restaurant situé au coin de la rue de l’Abreuvoir et de la rue d …

Café fréquenté par de nombreux artistes ; maison peinte tant de fois, dont une toile de 1919 qui fit connaître Maurice Utrillo.

La Maison Rose est un petit restaurant situé au coin de la rue de l’Abreuvoir et de la rue des Saules, à Montmartre. Sa façade rose et ses volets verts sont reconnaissables parmi les bâtiments du quartier. Le lieu existe depuis la fin du XIXe siècle. En 1905, le peintre catalan Ramón Pichot devient propriétaire et, trois ans plus tard, son épouse Germaine Gargallo, amie et modèle de Picasso, décide au retour d’un voyage en Catalogne de le peindre en rose. Elle ouvre un restaurant qui attire rapidement les artistes locaux, dont Picasso, Modigliani, Suzanne Valadon et Maurice Utrillo. Utrillo immortalise la Maison Rose sur l’une de ses toiles. L’histoire de Germaine inspire aussi Casagemas et Picasso, marquant le début de sa période bleue.

Après la Seconde Guerre mondiale, Béatrice Miolano, originaire d’Italie du Nord, rachète le restaurant. Le lieu reste fréquenté par de nombreux artistes et écrivains, parmi eux Piaf, Camus, Barbara, Aznavour, Dalida, Jacques Brel et Alain Delon. Depuis 2017, la petite-fille de Béatrice assure la gestion, en préservant le décor et la terrasse.

L’essor du tourisme et les réseaux sociaux, amplifiés par la série Emily in Paris, font de la Maison Rose l’un des endroits les plus photographiés de Montmartre, avec une affluence constante devant l’entrée.![[La Maison Rose, par Moonik CC BY-SA 3.0, Wikimedia|Maison Rose, par Moonik CC BY-SA 3.0.jpeg]]

La Maison Rose, par Moonik CC BY-SA 3.0, Wikimedia![[La Maison Rose en 1910, Agence Meurisse, Wikimedia|Maison_du_peintre_Pitschot_(Montmartre) Agence Meurisse.jpeg]]

La Maison Rose en 1910, Agence Meurisse, Wikimedia

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Événement
1875
1875 — Maison Rosimond/Musée du Vieux Montmartre
p 253
Plus vieille maison de Montmartre, demeure et atelier de nombreux artistes ; aujourd'hui Musée de Montmartre
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Événement
1871
18 mars 1871 — Redoute bâtie par des marins
p 254
Soldats massés tôt le matin pour venir enlever les canons de Montmartre ; 88ème régiment de ligne, gendarmes, marins cantonnés à Paris pendant le Siège
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Événement
1913
1913 — Demeure de Paul Éluard (à partir de 1913, avec Gala qu'il vient d'épouser)
p 255
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Événement
1940
Événement
1878
1878 — Atelier de Léon Serpollet
p 255
Léon Serpollet construit son premier véhicule : un tricycle à vapeur
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Événement
1887
1887 — Atelier d'Henri de Toulouse-Lautrec
p 255
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Événement
Événement
1915
19 décembre 1915 — Lieu légendaire de la naissance d'Édith Piaf (sur les marches)
p 258
Légende de la naissance d'Édith Gassion dite “la môme Piaf” ; elle nait en fait comme beaucoup, à l'hôpital Tenon
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Événement
1793
12 juillet 1793 — Parc du château de Ménilmontant/Station du télégraphe de Chappe
p 258
Premier essai de transmission par le télégraphe optique, entre Ménilmontant et St Martin du Tertre
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Événement
1793
12 juillet 1793 — Parc du château de Ménilmontant/Station du télégraphe de Chappe
p 258
Premier essai de transmission par le télégraphe optique, entre Ménilmontant et St Martin du Tertre
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Événement
1794
1 octobre 1794 — Église St Pierre de Montmartre/Télégraphe de Chappe (installé sur le clocher en ruine)
p 258
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Événement
1652
2 juillet 1652 — Domaine de Mont Louis (nom donné en l'honneur de Louis XIV)
p 260
Louis XIV et Mazarin observent la bataille dans laquelle Turenne bat Condé, l'obligeant à se replier sur le Fbg St Antoine
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Événement
1871
26 mai 1871 — Mur des otages
p 260
Mur contre lequel furent fusillés les 50 otages de la rue Haxo ; massacre auquel tentèrent de s'opposer les membres de la Commune présents
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Événement
1793
21 janvier 1793 — Château de Bagnolet/Pavillon de l'Ermitage (appartenant à Batz depuis 1787)
p 260
Siège des conjurés de Charonne, qui préparent une tentative pour faire évader Louis XVI. Ils tenteront ensuite de même avec Marie-Antoinette avec le "complot de l'Œillet". Dans les deux cas ce sera un échec
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Événement
1819
6 juillet 1819 — Chute du ballon de Sophie Blanchard
p 261
Le 6 juillet 1819, à quarante et un ans, Sophie Blanchard s’élève une dernière fois dans le ciel de Paris depuis les jardins de Tivoli, alors situés près de la rue de Provence. Elle prévoyait d’illuminer la nuit d’un feu …

Le 6 juillet 1819, à quarante et un ans, Sophie Blanchard s’élève une dernière fois dans le ciel de Paris depuis les jardins de Tivoli, alors situés près de la rue de Provence. Elle prévoyait d’illuminer la nuit d’un feu d’artifice aérien, spectacle qu’elle maîtrisait depuis des années. Son ballon, gonflé à l’hydrogène, s’élève lentement au-dessus des arbres tandis que la foule acclame la frêle figure vêtue de blanc qui agite un drapeau lumineux.

Mais une fusée mal orientée met feu à l’enveloppe du ballon. L’aérostat, en flammes, dérive et vient heurter le toit d’un immeuble au coin des rues Chauchat et de Provence. La nacelle se renverse, projetant la courageuse aéronaute dans la rue. Retrouvée vivante, mais grièvement blessée, Sophie succombe quelques minutes plus tard, la nuque brisée.

Ainsi s’achève, à l’âge de 41 ans, la vie de celle que Napoléon appelait « l’aéronaute des fêtes impériales ». Sa mort spectaculaire bouleverse tout Paris. On la pleure comme une héroïne de l’ère nouvelle, figure de passion et de témérité dans la conquête du ciel. Elle repose aujourd’hui au cimetière du Père-Lachaise, division 13, sous une stèle ornée d’un ballon en flammes — symbole d’un destin consumé par la gloire.![[Mort de Sophie Blanchard|Sophie-Blanchard-Mort 1819.jpg]]

Mort de Sophie Blanchard, 1819

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Événement
1785
7 janvier 1785 — Demeure de Jean-Pierre Blanchard (en 1769)
p 261
Le 7 janvier 1785, Jean-Pierre Blanchard, aéronaute français, réalise avec le médecin américain John Jeffries la première traversée de la Manche en ballon à hydrogène. Le vol débute à Douvres, en Angleterre, et se termin …

Le 7 janvier 1785, Jean-Pierre Blanchard, aéronaute français, réalise avec le médecin américain John Jeffries la première traversée de la Manche en ballon à hydrogène. Le vol débute à Douvres, en Angleterre, et se termine à Guînes, près de Calais, après environ 2 h 30 de voyage. Durant la traversée, confrontés à une perte d’altitude, les deux hommes jettent par-dessus bord tout ce qui peut alléger la nacelle, y compris une partie de leurs vêtements. Cet exploit marque une étape majeure dans l’histoire de l’aérostation et vaut à Blanchard une pension royale de Louis XVI. L’événement est commémoré par une colonne à Guînes. Sophie Blanchard, épouse de Jean-Pierre Blanchard, deviendra plus tard une célèbre aéronaute, mais elle n’a pas participé à cette traversée. L’adresse 12 rue Cassette, Paris, n’est pas directement liée à l’événement, mais Paris fut un centre important pour les expériences aérostatiques de l’époque.

Sources

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