Panneau présentant les seize insignes des unités constitutives de la 2ème Division Blindée, 1945.
Musée du général Leclerc de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin.
Les premiers soldats à libérer Paris avaient perdu leur propre pays cinq ans plus tôt : ils sont entrés dans la ville avec "Guadalajara" et "Guernica" peints sur leurs blindés.
Il est 21h22 lorsque les premiers half-tracks atteignent la place de l'Hôtel de Ville. La foule qui les attend depuis des heures éclate. Mais les soldats qui en descendent ne sont pas français : ce sont des Espagnols. Cent trente hommes, presque tous républicains exilés, anciens combattants de la guerre civile espagnole — anarchistes de la CNT, communistes du PCE, militants du POUM — qui ont rejoint les Forces françaises libres après la défaite de la République en 1939 et la traversée des Pyrénées dans la neige.
Ils appartiennent à la 9e compagnie du régiment de marche du Tchad, intégrée à la 2e Division blindée du général Leclerc. C'est le capitaine Raymond Dronne qui a reçu l'ordre de Leclerc de foncer en avant-garde, de ne pas attendre, d'entrer dans Paris quoi qu'il arrive. Le lieutenant Amado Granell commande la pointe. Leurs half-tracks portent les noms de leurs batailles perdues : "Guadalajara," "Teruel," "Guernica," "Brunete," "Santander," "Ebro." Les noms d'une guerre que l'Europe démocratique a refusé de gagner avec eux.
Ils ont traversé la ville de nuit, depuis la porte d'Italie, remontant le boulevard de l'Hôpital, passant devant la Salpêtrière, longeant les quais. À chaque carrefour, des Parisiens surgissent, crient, pleurent, grimpent sur les blindés. Les soldats espagnols, qui ont appris le français dans les camps de réfugiés du Languedoc ou dans les rangs de l'armée, répondent en souriant.
La France officielle organisera dans les semaines et les années suivantes une mémoire de la Libération qui fera large place à de Gaulle, à Leclerc, à la 2e DB — mais pas spécialement aux Espagnols de La Nueve. Ils rentreront pour la plupart en Allemagne et en Autriche avec l'armée française, puis dans l'exil de l'après-guerre, attendant un retour en Espagne qui ne viendra que pour quelques-uns d'entre eux, et trop tard.
Ce 24 août au soir, sur la place de l'Hôtel de Ville, c'est la défaite de Franco qui a libéré Paris.