Un adolescent algérien est abattu par le concubin de la concierge de son immeuble ; Foucault, Sartre, Genet et Deleuze forment un comité pour que l'affaire ne soit pas enterrée.
Le 27 octobre 1971, au 53 rue de la Goutte-d'Or dans le 18e arrondissement, Djellali Ben Ali est tué par Daniel Pigot, concubin de la concierge de l'immeuble. La victime a quinze ans. Elle est algérienne. Le mobile est raciste.
Le quartier de la Goutte-d'Or est alors le cœur de l'immigration maghrébine à Paris : hôtels garnis surpeuplés, insalubrité, contrôles policiers permanents, hostilité d'une partie du voisinage. Les agressions racistes y sont courantes et les plaintes rarement suivies d'effet.
L'affaire aurait pu suivre le cours ordinaire de ces morts-là, c'est-à-dire l'oubli. Elle ne le suit pas, parce qu'un comité se forme immédiatement. Le "Comité Djellali" mène sa propre enquête, recueille des témoignages, publie. Y participent Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Gilles Deleuze, Jean Genet, Claude Mauriac, Michèle Manceaux, Jean-Claude Passeron. Le modèle est celui du Groupe d'information sur les prisons, créé quelques mois plus tôt par Foucault : faire parler ceux qu'on n'écoute pas, produire un savoir contre le savoir officiel.
Le 7 novembre 1971, quatre mille personnes manifestent dans les rues de Barbès. C'est le plus important rassemblement de travailleurs immigrés depuis le 17 octobre 1961. Le 17 novembre, Le Monde publie une tribune signée Sartre, Foucault, Deleuze, Genet et Michel Drach.
Cette mobilisation ouvre une décennie. Elle précède la grève de la faim de Saïd Bouziri en 1972, la grève générale des travailleurs arabes contre le racisme de 1973, la création du Mouvement des travailleurs arabes. Elle inaugure la présence des intellectuels français aux côtés des immigrés dans la rue.
Daniel Pigot sera condamné en juin 1977, six ans après les faits, à deux ans de prison.