Fac-similé de la couverture de l'édition originale du Manifeste du parti Communiste, paru le 21 février 1848.
En 1844, la pensée communiste s'écrit en allemand, à Paris, dans un immeuble du Marais que la police surveille.
Le 3 juillet 1844, Charles-Louis Bernays prend la direction du Vorwärts! — le journal en langue allemande fondé à Paris en janvier de la même année — et le transforme en Revue allemande de Paris. Il habite rue Saint-Claude, dans le 3e arrondissement. La rédaction n'est pas loin.
Paris compte alors près de 80 000 exilés allemands. Artisans, intellectuels, révolutionnaires chassés par la répression des États allemands — ils se retrouvent dans les faubourgs ouvriers et dans les cafés du Marais. Le Vorwärts! est leur journal. Mais depuis l'été, il est devenu autre chose : un laboratoire.
Karl Marx est à Paris depuis octobre 1843. Il vient de co-diriger les Deutsch-Französische Jahrbücher avec Arnold Ruge, publiés en février 1844. Heinrich Heine y écrit. Moses Hess aussi. Engels est à Manchester mais correspond. Et Mikhaïl Bakounine, le futur anarchiste, loge quelque temps à la rédaction même — dans les mêmes murs où Marx rédige ses Manuscrits économico-philosophiques, reste à l'état de notes, et ses articles sur la situation des ouvriers.
La radicalisation est rapide. Sous Bernays, le Vorwärts! attaque les princes allemands, soutient les ouvriers silésiens en révolte, publie Marx, critique Proudhon. Le 13 décembre 1844, Bernays est condamné par le tribunal de police correctionnelle : deux mois de prison et 300 francs d'amende pour « journal politique sans autorisation » et « apologie du meurtre » contre des souverains allemands.
Le gouvernement prussien intervient. Le 25 janvier 1845, le ministre de l'Intérieur Duchâtel signe l'ordre d'expulsion des rédacteurs du Vorwärts! — exigé par Berlin. Marx doit quitter Paris sous 24 heures. Il part pour Bruxelles.
Le Manifeste du Parti communiste sera écrit là-bas, en 1848. Ce qui avait commencé rue Saint-Claude finit imprimé à Londres.