Paris Place des petits Pères, par Mbzt, Wikimedia, Le bâtiment du Commissariat est à gauche
Le 29 mars 1941, le Commissariat général aux questions juives ouvre ses bureaux place des Petits Pères, dans les locaux réquisitionnés de la banque Louis Dreyfus. Le choix de l'adresse n'est pas anodin — s'installer dans les locaux d'une famille juive dépossédée dit, dès le premier jour, ce qu'est cette institution.
Le CGQJ est une création française, pas allemande. C'est le gouvernement de Vichy qui l'institue, par la loi du 29 mars 1941, sous la pression certes de l'occupant mais avec un zèle propre. Son premier commissaire, Xavier Vallat, antisémite de longue date — il avait déclaré à la Chambre en 1923 qu'il ne voulait pas être gouverné par un juif — ne cache pas sa conviction. Il ne s'agit pas seulement d'obéir aux Allemands : il s'agit, selon ses propres termes, de résoudre "la question juive" à la française, avec des méthodes françaises.
La mission du Commissariat : appliquer et renforcer les lois d'exclusion, surveiller l'"aryanisation" des entreprises et des biens, contrôler les professions interdites aux juifs, alimenter les fichiers. Sous Vallat puis sous son successeur Darquier de Pellepoix — antisémite encore plus virulent, qui siégera à ce poste de 1942 à 1944 — le Commissariat devient une pièce centrale de la mécanique d'exclusion et de déportation.
Darquier de Pellepoix s'enfuira en Espagne à la Libération. Vallat sera condamné à dix ans de prison, libéré après trois ans. Du Paty de Clam, fils du colonel de l'affaire Dreyfus, avait bouclé la boucle familiale.