Colonne Vendôme
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10 événements · 1810 — 1873Le 16 mai 1871, à cinq heures et demie du soir, la colonne Vendôme s’abat sous les acclamations. Pour la Commune, c’est la fin d’un symbole ; pour le peintre Gustave Courbet, le commencement de la ruine.
La colonne se dresse au centre de la place Vendôme, là où se trouvait la statue équestre de Louis XIV, abattue en 1792. Napoléon Ier l’a fait élever de 1806 à 1810 pour commémorer Austerlitz, à l’imitation de la colonne Trajane de Rome : quarante-quatre mètres de haut, un fût de pierre gainé de 425 plaques de bronze qui déroulent en spirale les batailles de la campagne. Le métal vient, dit-on, de 1 200 canons pris aux Russes et aux Autrichiens ; chiffre gonflé par la propagande, les historiens comptant environ 130 canons pris à Austerlitz. Au sommet, l’empereur en César. Descendue en 1814, la statue a été fondue ; Napoléon III en a fait replacer une copie en 1863.
Au lendemain du 4 septembre 1870, Gustave Courbet, chargé de veiller sur les musées pendant la guerre, propose au gouvernement de la Défense nationale de « déboulonner la colonne » et d’en récupérer le métal ; il la verrait bien relevée aux Invalides, coiffée d’un bonnet phrygien, en hommage à la République universelle. La demande reste sans suite.
La Commune va plus loin. Le 12 avril 1871, après un appel de Jules Vallès dans Le Cri du peuple, elle adopte la proposition de Félix Pyat : la colonne, « monument de barbarie », « symbole de force brute et de fausse gloire », « insulte permanente des vainqueurs aux vaincus », sera abattue, et non déboulonnée. Courbet, élu au conseil de la Commune le 16 avril seulement, n’a pas pris part au vote. Karl Marx l’avait prédit en 1852 : si le manteau impérial tombait un jour sur les épaules de Louis Bonaparte, la statue de Napoléon tomberait du haut de la colonne. La place Vendôme devient place Internationale. La chute, prévue pour le 5 mai, anniversaire de la mort de l’empereur, est repoussée à plusieurs reprises par la guerre contre Versailles.

Le 16 mai, la foule envahit la place. On a posé des câbles, et disposé des fascines pour amortir la chute ; l’ingénieur Iribe dirige l’opération, qui ne va pas sans difficultés. À 17 h 30, la colonne s’abat. Le photographe Bruno Braquehais, dont l’atelier du boulevard des Capucines est à deux pas, en fixe les préparatifs, puis l’empereur à terre ; des fédérés posent en groupe devant le monument. Le globe de la Victoire, qui datait de 1810, est perdu.

Ces images se retournent contre leurs modèles : après la Semaine sanglante, les autorités saisissent les photographies de la chute de la colonne pour identifier les communards. Courbet, qui a démissionné le 24 mai pour protester contre l’exécution de son ami Gustave Chaudey, est arrêté le 7 juin. On croit le reconnaître sur un cliché, sans certitude. Un conseil de guerre le condamne à six mois de prison pour avoir « provoqué comme membre de la Commune la destruction de la colonne ». « On ne s’oppose pas à deux millions d’individus », plaide-t-il ; c’est lui, assure-t-il, qui a fait poser les fascines pour limiter les dégâts.
En mai 1873, sous la présidence du maréchal de Mac Mahon, une loi met la reconstruction de la colonne à la charge du peintre : 323 091,68 francs. Ruiné, ses biens sous séquestre, ses toiles confisquées, Courbet passe en Suisse. Il meurt à La Tour-de-Peilz le 31 décembre 1877, à la veille de l’échéance de la première traite. La colonne, rebâtie de 1873 à 1875, a retrouvé son César.
Le 8 avril 1814, une semaine après l'entrée des cosaques dans Paris, la statue de Napoléon disparaît du sommet de la colonne Vendôme. L'opération est menée par le marquis de Maubreuil et Sosthène de La Rochefoucauld — deux royalistes zélés qui n'ont pas attendu d'ordre officiel. Des cordes, des poulies, une foule en liesse. Le César de bronze est descendu, remplacé par un drapeau blanc fleurdelisé. Napoléon avait abdiqué deux jours plus tôt à Fontainebleau.
La colonne elle-même est épargnée — le tsar Alexandre Ier intervient personnellement pour la sauver. Napoléon avait eu la prudence de n'y faire figurer aucune allusion aux défaites russes, et le tsar n'a pas oublié cette attention.
C'est la première des trois morts symboliques de la colonne. Louis XVIII la coiffe d'un drapeau blanc, puis d'une fleur de lys. Louis-Philippe réinstalle Napoléon au sommet en 1833, mais en redingote de petit caporal plutôt qu'en César romain. Napoléon III le remplace par une nouvelle statue en toge impériale.
Le 16 mai 1871, la Commune renverse la colonne entière — non plus la seule statue mais le fût lui-même, abattu à 17h26 sous les acclamations, sur un lit de sable et de fumier, au son de la Marseillaise. Gustave Courbet, tenu pour responsable, sera condamné à en payer la reconstruction — 323 091 francs. Il mourra en exil en Suisse le 31 décembre 1877, la veille du paiement de sa première annuité.
La colonne, restaurée en 1875, est toujours debout place Vendôme.