Portrait de Charlotte Corday (1768-1793) par Jean-Jacques Hauer.
Elle avait mis quatre jours pour aller de la chambre de Marat à la salle du Tribunal révolutionnaire.
Marat a été tué le 13 juillet dans sa baignoire de la rue des Cordeliers. Charlotte Corday a été arrêtée sur place, menée à l'Abbaye puis à la Conciergerie. Quatre jours plus tard — le 17 juillet 1793 — elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, dans la Grand'Chambre du Palais de Justice.
L'audience est brève. Antoine Fouquier-Tinville, accusateur public, requiert la mort. Corday est accusée d'avoir tué un représentant du peuple. Elle ne nie rien. Ses réponses sont sèches, précises, sans rhétorique inutile. On lui demande si elle regrette. Elle répond qu'elle a tué un homme pour en épargner cent mille. Elle a vingt-quatre ans.
La condamnation tombe : mort. Elle sera exécutée le jour même.
Elle était venue de Caen, où les Girondins chassés de la Convention avaient trouvé refuge. Elle les avait entendus dénoncer Marat comme le moteur d'une Terreur sans fin. En tuant l'Ami du peuple, elle pensait arrêter la machine. C'est l'inverse qui se produisit : la mort de Marat fit de lui un martyr, accéléra la Terreur, et précipita vers l'échafaud, dans les mois suivants, les Girondins qu'elle avait voulu défendre.
On l'habille de la chemise rouge des assassins et des parricides. Elle monte en charrette, traverse Paris. Sur l'échafaud de la place de la Révolution, Sanson l'exécute.
Ce qui se passe ensuite fait scandale : un certain Legros, saisit la tête coupée et la gifle devant la foule. Sifflets, protestations. La Révolution avait condamné Charlotte Corday à mort ; elle n'avait pas prévu qu'on l'humilierait après. Legros fut réprimandé.
Jean-Jacques Hauer avait eu l'autorisation de la portraiturer à la Conciergerie, trois jours avant son procès. Sur le tableau — conservé au château de Versailles —, elle est calme, le regard de côté. On ne sait pas si c'est la vérité ou ce qu'elle voulait que les générations retiennent.