Il a été l'une des voix de Mai 68 ; deux ans plus tard, l'État le juge non pour ce qu'il a fait mais pour ce qu'il appartient, et Sartre publie les minutes du procès.
Alain Geismar a trente et un ans en 1970. Physicien, maître-assistant à la faculté des sciences de Paris, il a été en mai 1968 secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement supérieur, l'un des trois dirigeants avec Cohn-Bendit et Sauvageot que la presse a désignés comme les meneurs du mouvement.
Après le reflux de Mai, il rompt avec le syndicalisme et rejoint la Gauche prolétarienne, organisation maoïste fondée en 1968 par Benny Lévy, qui prône l'établissement des militants en usine, l'action directe et la "résistance populaire" contre l'État qualifié de fasciste. La GP publie La Cause du peuple.
Le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin, spécialiste de la répression des mouvements gauchistes, fait dissoudre la Gauche prolétarienne en mai 1970 en application de la loi de 1936 sur les ligues. Les directeurs successifs de La Cause du peuple sont arrêtés. Jean-Paul Sartre en prend alors la direction, calculant que le gouvernement n'osera pas emprisonner l'auteur de La Nausée. Le calcul est juste : Sartre vend le journal dans la rue sans être inquiété, tandis que des militants anonymes sont condamnés.
Geismar est arrêté en juin 1970. Le procès se tient les 20, 21 et 22 octobre 1970 au Palais de Justice. Le chef d'accusation est la reconstitution de ligue dissoute. Il est condamné le 20 octobre à dix-huit mois de prison, puis de nouveau le 24 novembre devant la Cour de sûreté de l'État à deux ans. Il subira quatre procès entre septembre 1970 et mai 1971.
Sa défense est un manifeste politique. Ses déclarations sont publiées chez Maspero sous les titres "Pourquoi nous combattons" et "Le Prix de la liberté." Sartre préface les minutes du procès.
Geismar quittera la politique révolutionnaire après la dissolution de la GP en 1973. Il deviendra inspecteur général de l'Éducation nationale, puis directeur de l'enseignement scolaire sous le gouvernement Jospin.