Procès de l'Internationale l'Association Internationale des Travailleurs, 1870.
Ce 8 juillet 1870, l'Empire avait encore onze jours devant lui pour condamner ses ennemis avant d'aller en chercher d'autres.
Le 8 juillet 1870, la 6e chambre du tribunal correctionnel de Paris rend son verdict dans le troisième procès de l'Association internationale des travailleurs. Parmi les condamnés : Lucien Carle, étudiant en droit rue Saint-Jacques dans le 5e arrondissement, membre de la section Rive gauche de l'AIT — deux mois de prison, vingt-cinq francs d'amende, pour appartenance à une association non autorisée. Avec lui, Émile Flahaut, ouvrier marbrier belge délégué de la chambre syndicale de sa corporation, domicilié boulevard de Ménilmontant. Et Joseph Fournaise, rue Villehardouin dans le 3e, l'un des tout premiers membres français de l'Internationale, délégué à l'Exposition universelle de Londres en 1862 — celle qui avait permis aux ouvriers français de rencontrer leurs homologues anglais et d'ébaucher, deux ans plus tard, la fondation de l'AIT à Saint-Martin's Hall.
C'est le troisième procès en deux ans. Le premier, en juin 1868, avait condamné plusieurs membres pour avoir simplement appartenu à l'organisation. Un deuxième procès avait suivi, frappant les sections parisiennes après leurs prises de position publiques. L'Empire ne sait pas trop de quoi il a peur — d'une organisation internationale qui affirme que « l'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes », d'un réseau qui traverse les frontières, d'une idée qui ne reconnaît pas les allégeances nationales.
Car c'est bien là le problème. En juillet 1870, la France et la Prusse sont au bord de la guerre. Le roi de Prusse Guillaume Ier vient de refuser de s'engager à ne jamais candidater un Hohenzollern au trône d'Espagne. Napoléon III veut l'humiliation publique de la Prusse. Les couloirs du gouvernement bruissent de plans de mobilisation. L'AIT, elle, ne cesse de répéter que les ouvriers français et allemands n'ont aucune raison de s'entretuer pour les ambitions des princes.
Le 19 juillet — onze jours après le verdict — la France déclare la guerre à la Prusse. Le 2 septembre, Napoléon III capitule à Sedan. Le 4 septembre, la République est proclamée place de l'Hôtel de Ville. Le Second Empire, qui avait consacré deux ans à condamner des ouvriers marbriers et des étudiants en droit, s'effondre en huit semaines.
Les membres de l'AIT condamnés ce 8 juillet retrouveront leur liberté dans la tourmente. L'Internationale qu'ils représentaient avait raison sur la guerre. L'Empire, lui, n'avait plus longtemps pour avoir tort.