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19 septembre 1956
Événement

Premier Congrès des écrivains et artistes noirs réunit Fanon, Césaire et Wright à la Sorbonne

La Sorbonne (amphithéâtre Descartes)/Congrès des écrivains et artistes noirs
Premier Congrès des écrivains et artistes noirs réunit Fanon, Césaire et Wright à la Sorbonne
Portrait photograph of Frantz Fanon.

Dans l'amphithéâtre Descartes, une centaine d'intellectuels noirs se retrouvent pour la première fois à débattre de ce que la colonisation a fait à leurs cultures, et de ce qu'il faudra faire pour les libérer.

C'est Alioune Diop, Sénégalais établi à Paris, qui en est l'organisateur. Fondateur en 1947 de la revue Présence africaine, il a réuni autour de lui depuis presque dix ans les intellectuels noirs d'Afrique, des Antilles et des États-Unis que Paris accueille ou attire. L'idée du congrès est simple dans sa formulation, immense dans ses implications : réunir pour la première fois, en un même lieu, les représentants de la pensée noire mondiale, pour débattre de "la crise de la culture négro-africaine." L'affiche est signée Picasso. L'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne est le lieu retenu.

Du 19 au 22 septembre 1956, une centaine de participants s'y retrouvent. Aimé Césaire vient de la Martinique, fort de son Discours sur le colonialisme publié cinq ans plus tôt. Richard Wright représente la diaspora afro-américaine. Léopold Sédar Senghor expose la négritude comme affirmation culturelle et esthétique. Édouard Glissant est là, jeune Martiniquais dont la pensée de la relation est encore en formation. Sont présents également René Depestre, Frantz Fanon, Abdoulaye Wade, Mario de Andrade, Marcelino Dos Santos.

La confrontation la plus significative oppose Fanon à Senghor. Fanon, qui soigne les soldats algériens à l'hôpital de Blida depuis deux ans, présente une intervention sur "Racisme et culture." Sa thèse est tranchante : il n'existe pas de culture nationale noire susceptible de se reconstruire en dehors de la lutte de libération nationale. La culture ne se régénère pas dans les salons littéraires, dans les revues parisiennes, dans les colloques académiques. Elle renaît dans la résistance armée, dans la rupture avec l'ordre colonial. Cette position diverge nettement de la négritude de Senghor, qui cherche à valoriser les cultures africaines dans leur spécificité propre, sans la médiation d'une rupture révolutionnaire.

Ce débat est l'un des moments fondateurs de la pensée décoloniale du XXe siècle. Il anticipe les fractures qui diviseront les mouvements d'indépendance africains dans les années 1960 : entre ceux qui négocient l'indépendance formelle en préservant les liens économiques avec les anciennes métropoles, et ceux qui posent la rupture radicale comme seule condition de la liberté réelle.

Nous sommes en septembre 1956. La guerre d'Algérie dure depuis deux ans. Budapest est à six semaines de la répression soviétique. Le monde se divise et se cherche. Dans l'amphithéâtre Descartes, une centaine d'hommes et de femmes débattent, pour la première fois ensemble, de ce que signifie être libre.