Création de l'Académie d'Opéra en 1669 ; la 1ère représentation sera celle de "Pomone", de l'abbé Perrin

Jeu de paume de la Bouteille/Salle Guénégaud/Académie royale de Musique/Salle de l'Opéra de Paris (la première)

 42 rue Mazarine - 6e arr. (emplacement)

Page d'en tête de la partition de "Pomone", musique de Robert Cambert, libretto de Pierre Perrin

Le 28 juin 1669, Louis XIV signe à Saint‑Germain les lettres patentes qui donnent au poète Pierre Perrin, dit l’abbé Perrin, un privilège exclusif de douze ans pour fonder à Paris une Académie d’Opéra où l’on chantera des « représentations en musique et en vers français pareilles et semblables à celles d’Italie ». Pour la première fois, un particulier est autorisé à établir un théâtre dédié à l’opéra en français, avec monopole sur ce type de spectacles dans tout le royaume.

Avec le compositeur Robert Cambert, Perrin cherche une salle : après quelques tentatives, ils s’installent dans un ancien jeu de paume, le Jeu de paume de la Bouteille, rue des Fossés‑de‑Nesle (actuelle rue Mazarine), transformé en théâtre avec machinerie, loges et amphithéâtre. C’est là que l’Académie d’Opéra donne sa première représentation publique le 3 mars 1671 : Pomone, pastorale en un prologue et cinq actes, musique de Cambert, livret de Perrin, considérée comme le premier véritable opéra français.

Pomone reprend ce que le public aime déjà dans les ballets de cour – danses, machines spectaculaires, décors changeants, costumes fastueux – mais remplace le dialogue parlé par un récitatif continu et développe des ensembles vocaux plus riches. Le succès est immense : l’œuvre tient l’affiche pendant près de dix‑huit mois et totalise environ 146 représentations, preuve qu’un opéra en langue française, sur un sujet pastoral, peut vivre de son public payant.

Mais l’abbé Perrin, mauvais gestionnaire, s’enlise vite dans les dettes et les conflits avec ses associés, le marquis de Sourdéac et Champeron ; il finit même en prison et doit céder son privilège à Lully en 1672. Sous la main de ce dernier, l’Académie d’Opéra devient Académie royale de Musique, future Opéra de Paris, tandis que la salle du Jeu de paume de la Bouteille puis la salle du Palais‑Royal inaugurent une longue histoire de maisons d’opéra qui, de Louis XIV à aujourd’hui, restent au cœur de la vie musicale et politique parisienne.