Décret sur l'abolition du "marchandage" entre patrons et ouvriers

Palais du Luxembourg/Siège de la Commission du Luxembourg

 17 rue de Vaugirard - 6e arr. (dans l'ancienne chambre des Pairs)

Révolutionde  février 1848 - Affiche sur la durée de la journée de travail 2 mars 1848

 

Le 2 mars 1848, au Palais du Luxembourg, la toute nouvelle Commission du gouvernement pour les travailleurs, présidée par Louis Blanc, obtient du gouvernement provisoire un décret qui frappe au cœur une pratique honnie du monde ouvrier : le « marchandage ». On entend par là le système des « marchandeurs », sous‑entrepreneurs qui embauchent des ouvriers pour leur revendre ensuite leur travail à un patron, en prélevant au passage une part de la rémunération, ce qui revient à une exploitation d’ouvriers par d’autres ouvriers.

Dans la foulée de sa première séance du 1ᵉʳ mars, la Commission met sur la table deux revendications jugées urgentes : la réduction de la journée de travail et l’abolition du marchandage. Le gouvernement provisoire répond dès le lendemain par le décret du 2 mars : la journée est fixée à dix heures à Paris (onze en province) et « l’exploitation par des sous‑entrepreneurs, ou marchandage, est abolie », les associations ouvrières à but non spéculatif étant explicitement exclues de cette interdiction.

Un arrêté complémentaire vient ensuite préciser les sanctions : toute exploitation de l’ouvrier par voie de marchandage est passible d’amende, voire d’emprisonnement, et les autorités sont invitées à poursuivre ces pratiques comme un véritable délit. Pour Louis Blanc et les militants ouvriers qui siègent au Luxembourg, ce texte a une portée symbolique forte : il marque la reconnaissance par l’État républicain que certaines formes de sous‑traitance ne sont pas de simples arrangements privés, mais bien des mécanismes de spoliation du salaire, appelés à être bannis au nom du droit au travail et de la dignité ouvrière.

Pour Marx, les concessions sociales de mars 1848 (journée de dix heures, interdiction du marchandage, projets d’associations ouvrières) relèvent davantage de la manœuvre politique que d’une transformation du rapport capital‑travail : elles ne touchent pas au pouvoir de la bourgeoisie sur les moyens de production. Le « marchandage », au sens marxiste, n’est qu’une forme parmi d’autres de l’exploitation dans le salariat ; essayer de moraliser ou d’encadrer cette forme sans remettre en cause la logique de la marchandise et de la plus‑value reste, à ses yeux, du socialisme utopique plus que du communisme révolutionnaire.

Affiche sur la durée de la journée de travail et l'interdiction du marchandage 2 mars 1848, BnF

Affiche sur la durée de la journée de travail et l'interdiction du marchandage 2 mars 1848, BnF

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