🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
5 janvier 1895
Événement

Dans une cour de l’École militaire, le capitaine Dreyfus est dégradé en criant son innocence

Cour de l'École militaire — Affaire Dreyfus
Signaler une erreur
« Le Traître. Dégradation d’Alfred Dreyfus » : la une du supplément illustré du Petit Journal, le 13 janvier 1895, dessinée par Henri Meyer. Henri Meyer — domaine public (Wikimedia Commons)

« Soldats, on dégrade un innocent ! » Le 5 janvier 1895, dans une cour de l’École militaire, on arrache ses galons au capitaine Alfred Dreyfus et l’on brise son sabre. Onze ans plus tard, à l’École militaire, la troupe lui rendra les honneurs.

En septembre 1894, le contre-espionnage français met la main sur une lettre déchirée en six morceaux, non signée, adressée à l’attaché militaire allemand à Paris, Maximilian von Schwartzkoppen : ce « bordereau » annonce la livraison de documents militaires confidentiels. Le ministre de la Guerre, le général Mercier, est prévenu. Les soupçons se portent sur un officier d’artillerie, le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien, Alsacien et juif. Personne à l’état-major n’est expert en écritures : le commandant du Paty de Clam conclut à la ressemblance, un expert, Gobert, la conteste, et Mercier fait appel à Alphonse Bertillon, l’inventeur de l’anthropométrie judiciaire, qui n’entend rien aux écritures.

Dreyfus clame son innocence. Au procès, à huis clos, devant le conseil de guerre, l’accusation ne repose que sur le bordereau, dont les experts se disputent l’écriture, et sur de vagues témoignages. Au début du délibéré, un dossier secret est remis en toute illégalité au président du conseil de guerre, sur ordre de Mercier. Le 22 décembre 1894, à l’unanimité des sept juges, Dreyfus est condamné pour intelligence avec une puissance étrangère à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée, à la destitution de son grade et à la dégradation militaire. La peine de mort est abolie pour les crimes politiques depuis 1848. L’antisémitisme, dans la presse, atteint des sommets.

Le 5 janvier 1895, la cérémonie a lieu dans la cour Morland de l’École militaire. Quatre mille soldats forment le carré ; alentour, vingt mille personnes se pressent, hostiles. Aux roulements des tambours, quatre artilleurs amènent Dreyfus devant un huissier qui lit le jugement. Un adjudant de la Garde républicaine lui arrache ses insignes, les fines lanières d’or de ses galons, les parements des manches et de la veste ; on les avait décousus la veille, et le sabre scié, pour que tout cède sans peine. Puis l’adjudant brise le sabre sur son genou. Les bras levés, Dreyfus crie : « Soldats, on dégrade un innocent, soldats, on déshonore un innocent. Vive la France ! Vive l’armée ! » Il doit ensuite défiler lentement devant ses anciens compagnons d’armes.

Avant la cérémonie, dans le fourgon qui l’amenait, Dreyfus aurait avoué au capitaine Lebrun-Renault : ainsi naît la « légende des aveux ». En réalité, le capitaine s’était vanté ; il n’y avait eu aucun aveu. Dans l’assistance se tient un journaliste austro-hongrois, Theodor Herzl, correspondant de la Neue Freie Presse de Vienne. La vague d’antisémitisme qui accompagne l’affaire le convainc de la nécessité de résoudre la « question juive » : il en tirera L’État des Juifs et deviendra l’un des pères fondateurs du sionisme.

Dreyfus passe plus de quatre ans à l’île du Diable, en Guyane. Son frère Mathieu, le journaliste Bernard Lazare, puis Émile Zola, avec « J’accuse… ! » en 1898, mènent le combat pour la révision ; le vrai coupable est un autre officier, le commandant Esterhazy. Condamné de nouveau à Rennes en 1899, avec « circonstances atténuantes », puis gracié, Dreyfus est réhabilité par la Cour de cassation le 12 juillet 1906. Nommé chevalier de la Légion d’honneur, il est décoré dans la cour de l’École militaire, où la troupe lui rend les honneurs, là même où il avait été dégradé. Depuis 2026, une journée nationale, le 12 juillet, commémore la reconnaissance de son innocence.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.