Demeure de Michel Bakounine, un des théoriciens de l'anarchisme

Caserne de la garde républicaine/Siège des "Montagnards de Caussidière"

Mikhaïl Bakunin, autoportrait, 1838

Fin février 1848, Paris vient à peine de basculer dans la République quand Michel Bakounine s’installe dans une caserne de la garde républicaine, devenue le quartier général des « Montagnards » d’Étienne Arago et de Marc Caussidière. Révolutionnaire russe en exil, déjà passé par les milieux démocrates allemands et polonais, Bakounine se retrouve au cœur du bouillonnement parisien : clubs, comités, projets d’insurrections européennes s’entrecroisent dans ce bâtiment soudain transformé en ruche politique.

La caserne sert à la fois de lieu de cantonnement et de maison commune pour une nébuleuse de militants radicaux. Caussidière, nouveau préfet de police issu de l’opposition républicaine, y protège volontiers étrangers révolutionnaires et Français « trop » remuants aux yeux des modérés. Bakounine y fréquente des socialistes, des démocrates, des républicains avancés, discute de la situation en Pologne, en Allemagne, en Italie, et rêve d’une chaîne de soulèvements qui partirait de Paris pour embraser l’Europe. Son logement dans ces murs n’a rien d’une retraite universitaire : c’est un poste d’observation et de liaison, au plus près des foyers de décision et des rumeurs d’émeute.

Ce court séjour parisien a pour lui valeur de laboratoire. Il y mesure à la fois la force explosive des insurrections urbaines et les limites des républiques bourgeoises fraîchement installées, déjà soucieuses de rétablir l’ordre. Ces tensions nourriront plus tard sa critique du pouvoir centralisé et sa méfiance envers les partis qui prétendent parler au nom du peuple tout en le contrôlant. Dans le Paris de février–mars 1848, la caserne où loge Bakounine condense ainsi un moment très particulier : celui où la nouvelle République française ouvre, pour quelques semaines, un espace aux révolutionnaires sans frontières, avant de se refermer sur eux.

Personnage(s)