Zola, Les soirées de Médan
Le 16 avril 1877, à l'entresol du restaurant Trapp, face à la gare Saint-Lazare, neuf écrivains se retrouvent autour d'une table. Trois maîtres — Flaubert, Goncourt, Zola — et six jeunes disciples : Maupassant, Huysmans, Mirbeau, Céard, Hennique, Alexis. Le menu, imprimé exprès, ne laisse planer aucun doute sur le programme de la soirée : Potage purée Bovary, Truite saumonée à la Fille Élisa, Poularde truffée à la Saint-Antoine, Artichauts au Cœur simple, Parfait naturaliste, arrosés de vin de Coupeau et de liqueur de L'Assommoir. Chaque plat cite un roman, chaque vin une œuvre. C'est un banquet en forme de manifeste.
On est trois mois après la parution de L'Assommoir, qui a fait de Zola la cible de toute la critique bien-pensante — et le chef de file d'une jeune génération qui ne veut plus écrire comme sous le Second Empire. Les disciples s'en veulent fils de Flaubert et de Goncourt, mais c'est Zola qu'ils suivent. Le dîner scelle le pacte : un groupe existe désormais, avec une doctrine — le naturalisme — et un organisateur à poigne.
Le lieu n'est pas anodin. La gare Saint-Lazare, que Monet peint en janvier de la même année, incarne le Paris moderne : vapeur, fonte, foules, horaires. C'est le décor exact que les romanciers veulent saisir. Trois ans plus tard, en 1880, six des neuf convives publieront Les Soirées de Médan, manifeste collectif autour d'un recueil sur la guerre de 1870. Le 109 de la rue Saint-Lazare, lui, abrite aujourd'hui une enseigne sans mémoire — une Fnac.