Assassinat, exhumation, mutilation et mise-à-feux du cadavre de Concino Concini, estampe, BnF
On l'a enterré à la hâte dans la nuit, à Saint-Germain-l'Auxerrois. Mais Paris n'en a pas fini avec Concini.
Au matin du 25 avril 1617, la nouvelle de l'enterrement clandestin se répand dans le quartier du Louvre. Concini, assassiné la veille dans la cour du palais sur ordre de Louis XIII, a été inhumé nuitamment dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, place du Louvre. Une sépulture rapide, discrète, presque honteuse — comme si l'on voulait enterrer l'affaire avec l'homme. Mais le peuple de Paris a d'autres projets.
Une foule se masse devant l'église. On force l'entrée. On déterre le corps. Et commence alors une procession macabre à travers les rues de la rive droite, au milieu des cris de « Vive le roi ! ». Le cadavre du maréchal d'Ancre est traîné sur les pavés, battu, lapidé. On lui coupe le nez. Les oreilles. Les doigts. Les parties génitales. Ce n'est plus un mort que la foule maltraite — c'est un symbole, celui du favori étranger, de l'Italien enrichi par la grâce de Marie de Médicis, de l'homme qui incarnait à lui seul tout ce que Paris déteste : l'arrogance du pouvoir et l'impunité des puissants.
Le corps — ce qu'il en reste — est pendu par les pieds à l'une des potences du Pont-Neuf. Ironie atroce : ces potences, c'est Concini lui-même qui les avait fait dresser. Puis les restes sont brûlés sur l'île de la Gourdaine, l'îlot à la pointe occidentale de la Cité, au pied même du pont — un bout de terre aujourd'hui englobé dans le quai de l'Horloge. Un chroniqueur note que des morceaux de chair sont arrachés, rôtis, mangés — mais la scène relève sans doute autant de la surenchère littéraire que du témoignage. Ce qui est certain, c'est que la fureur populaire ne s'apaise qu'avec la destruction complète du corps.
Louis XIII laisse faire. Le jeune roi, qui a commandité l'assassinat pour se libérer de la tutelle de sa mère et de son favori, n'a aucune raison d'arrêter cette explosion. Au contraire : la rage du peuple légitime rétrospectivement le coup de force royal. Le 9 mai, le Parlement de Paris ouvrira un procès posthume contre Concini et sa femme Léonora Galigaï, accusée de sorcellerie. Galigaï sera exécutée en place de Grève le 8 juillet.
La profanation du cadavre de Concini n'est pas un épisode isolé dans l'histoire de Paris. La ville a la mémoire longue et la vengeance physique : les corps des Armagnacs massacrés en 1418, ceux des victimes de la Saint-Barthélemy traînés dans la Seine en 1572, celui de l'amiral de Coligny pendu au gibet de Montfaucon. Le peuple parisien, quand il se soulève, ne se contente pas de tuer — il efface.