Histoire de la rue
La place du Louvre tient son nom de l'évidence même : elle s'ouvre devant la façade orientale du palais, la fameuse Colonnade de Perrault, et c'est ce nom — place de la Colonnade — qu'elle porte un temps, avant de s'appeler brièvement place d'Iéna sous l'Empire. En 1814, la dénomination actuelle s'impose. L'espace tel qu'on le connaît est cependant une création haussmannienne tardive : c'est le décret des 15 et 22 novembre 1853 qui ouvre la place, et un arrêté de 1883 qui lui annexe des portions des rues Perrault et des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, lui donnant ses proportions définitives — une longue dalle de 113 mètres sur 33, prise entre le Louvre et l'église.
Car c'est bien l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, au n° 2, qui concentre la mémoire la plus dense. Paroisse des rois, elle a vu Molière y épouser Armande Béjart en 1662. Elle a surtout donné le signal du massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, quand son carillon sonne — à l'insu, dit-on, du sonneur lui-même. Pendant la Révolution, la section du Louvre puis du Muséum y tient ses assises, avant que l'édifice ne devienne, sous le Directoire, « Temple de la Reconnaissance », accueillant le culte théophilanthropique. En 1831, la foule saccage l'église lors d'un service funèbre pour le duc de Berry, scandale qui marque durablement la monarchie de Juillet. Et sous la Commune de 1871, Lodoïska Kawecka y anime un club de femmes : une cantinière des « Vengeurs de Paris » propose d'y voter en faveur du divorce.
En face, au n° 4, la mairie du 1er arrondissement n'est pas en reste. En mars 1871, elle devient l'épicentre d'un bras de fer : les maires et députés républicains opposés à la Commune s'y barricadent, tentent de négocier, dépêchent une délégation de douze membres vers Versailles — en vain. Paul Antoine Brunel et Maxime Lisbonne se présentent avec 450 hommes ; la mairie tombe. Jules Ferry, maire de Paris, s'échappe par une fenêtre, traverse l'église pour fuir sous les huées. La Semaine sanglante transformera ces murs en lieu de massacre, ciblant en priorité déserteurs et étrangers ralliés à la Commune. Soixante-dix ans plus tard, la mairie redeviendra un enjeu militaire : QG clandestin de la Résistance, elle sera prise, reprise par les Allemands, puis libérée de nouveau en une seule journée d'août 1944.