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Face à la colonnade du Louvre, Saint-Germain-l'Auxerrois est l'une des plus anciennes paroisses de Paris — et sans doute la plus chargée en drames. Son clocher, planté là depuis le Moyen Âge, a sonné pour les rois, pour les condamnés, pour les révolutionnaires et pour les ésotéristes. On n'en finit pas de l'histoire de cette église.

Le moment le plus noir reste la nuit du 23 au 24 août 1572 : c'est la cloche de Saint-Germain, sonnant les Matines — à l'insu, dit-on, du sonneur — qui donne le signal du massacre de la Saint-Barthélemy, orchestré par Charles IX et Catherine de Médicis avec la complicité du prévôt des marchands Claude Marcel. Des milliers de protestants sont tués dans Paris. L'église sert aussi de forteresse à la Ligue en 1587, sous la houlette du curé Jean Bussy-Leclerc. En 1617, la foule y profane la dépouille de Concino Concini, le favori honni, assassiné sur ordre du jeune Louis XIII. Moment plus doux : en 1662, Molière y épouse Armande Béjart, de vingt ans sa cadette — et dont les liens exacts avec sa maîtresse Madeleine restent, encore aujourd'hui, un délicieux mystère.

Pendant la Révolution, l'église devient le siège de la Section du Louvre, puis un club politique où Gracchus Babeuf, Jean-François Varlet et leurs amis mènent la bataille contre le robespierrisme triomphant de l'an II. Sous le Directoire, les murs gothiques abritent le culte théophilanthropique — l'église est officiellement rebaptisée « Temple de la Reconnaissance » par décret du 2 prairial an III. En 1831, la foule la saccage lors d'un service commémorant le duc de Berry. En 1871, Lodoïska Kawecka y anime un club de femmes de la Commune où l'on vote — déjà — pour le droit au divorce. Et en 1892, le mage Joséphin Péladan y fait célébrer une messe d'ouverture pour son premier Salon de la Rose-Croix, avec du Wagner et des Fanfares d'Erik Satie. Tout un programme.

Noms successifs du lieu

  • 1435 Église paroissiale Saint-Germain-l'Auxerrois — paroisse royale du Louvre, dotée d'une mystérieuse « boule aux rats » dont les rats sortent plutôt qu'ils n'y entrent
  • 1572 La cloche des Matines — signal du massacre de la Saint-Barthélemy
  • 1790 — 1795 Siège de la Section du Louvre, puis du Muséum ; haut lieu de l'agitation sans-culotte et néo-babouviste
  • 1795 — 1801 Temple de la Reconnaissance — culte théophilanthropique sous le Directoire
  • 1871 Club des femmes et des Libres-penseurs pendant la Commune de Paris
  • depuis le Concordat (1801) Église paroissiale Saint-Germain-l'Auxerrois, classée monument historique

Toponymie — place du Louvre

place du Louvre
Située devant le palais du Louvre.
Anciens noms : place d'Iéna · place de la Colonnade
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Événements à cette adresse

14 événements · 1435 — 1892
Église St Germain l'Auxerrois
Messe pour l'inauguration du premier salon de la Rose Croix ; on y joue "Parsifal" de Wagner et "Trois fanfares" d'Erik Satie
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Personnage(s) : Joseph-Aimé Peladan
2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois — Club Germain l'Auxerrois — Club des Libres Penseurs — Club de femmes
Club de femmes pendant la Commune de 1871, animé par Lodoïska Kawecka. Une cantinière des "Vengeurs de Paris VIII" propose de voter en faveur du divorce
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Personnage(s) : Lodoïska Kawecka
2 place du Louvre — 1er arr.
2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois
Saccage de l'église lors du service funéraire anniversaire du duc de Berry, à l'occasion duquel avait été organisée une quête au bénéfice des Suisses blessés en juillet 1830
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2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois
Après Thermidor, l'église St Germain l'Auxerrois abrite le culte théophilanthropique et devient sous le Directoire "Temple de la Reconnaissance”
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2 place du Louvre — 1er arr.
2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois — Section du Muséum (tenue par le Club électoral)
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2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois — Section du Muséum (tenue par le Club électoral)
Campagne contre le Robespierrisme, appelé le "système de l'an II", organisée par le Club électoral
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2 place du Louvre — 1er arr.
2 place du Louvre — 1er arr.
Église Saint-Germain-l'Auxerrois
Mariage de Molière avec Armande Béjart, de 20 ans sa cadette, alors qu'il avait été l'amant de sa sœur Madeleine, ou de sa mère, saura-t-on jamais... Beau sujet de comédie ! Le 20 février 1662, en l’église…

Mariage de Molière avec Armande Béjart, de 20 ans sa cadette, alors qu'il avait été l'amant de sa sœur Madeleine, ou de sa mère, saura-t-on jamais... Beau sujet de comédie !

Le 20 février 1662, en l’église Saint‑Germain‑l’Auxerrois, Jean‑Baptiste Poquelin, dit Molière, épouse Armande Béjart, de vingt ans sa cadette. La scène se déroule à deux pas du Louvre, au cœur du quartier du pouvoir royal, pour un couple qui incarne déjà le théâtre de cour et les querelles qu’il suscite. Armande a grandi dans la compagnie de l’Illustre Théâtre, entre coulisses et tournées de province ; elle est officiellement la fille de Joseph Béjart, mais la rumeur en fait parfois la fille, parfois la sœur de Madeleine Béjart, la grande partenaire – et longtemps probable compagne – de Molière.

Ce mariage alimente aussitôt les cancans : Molière aurait été l’amant de Madeleine, voire de la mère d’Armande, ce qui ferait de cette union une quasi‑inceste comique – « beau sujet de comédie », ne manque‑t‑on pas de remarquer. Les ennemis du dramaturge, jansénistes et dévots, exploitent cette situation pour dénoncer l’immoralité d’un homme qui prétend corriger les mœurs en ridiculisant maris, médecins et faux dévots.

Sur le plan intime, l’union sera orageuse : jalousies, infidélités supposées, éloignements, réconciliations, dans un climat où vie conjugale et vie de troupe sont indissociables. Mais elle donne aussi naissance à une lignée de comédiens, et place Armande au centre de la vie de la troupe du Palais‑Royal, entre direction artistique et gestion des droits après la mort de Molière.

Ainsi, en ce jour de février 1662, sous les voûtes de Saint‑Germain‑l’Auxerrois, se joue à la fois un épisode de comédie sociale, un scandale mondain et un moment clé de l’histoire du théâtre français, où la vie des comédiens rivalise en rebondissements avec les pièces qu’ils donnent à voir.

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2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois
On l'a enterré à la hâte dans la nuit, à Saint-Germain-l'Auxerrois. Mais Paris n'en a pas fini avec Concini. Au matin du 25 avril 1617, la nouvelle de l'enterrement clandestin se répand dans le quartier du Louvre…

On l'a enterré à la hâte dans la nuit, à Saint-Germain-l'Auxerrois. Mais Paris n'en a pas fini avec Concini.

Au matin du 25 avril 1617, la nouvelle de l'enterrement clandestin se répand dans le quartier du Louvre. Concini, assassiné la veille dans la cour du palais sur ordre de Louis XIII, a été inhumé nuitamment dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois, place du Louvre. Une sépulture rapide, discrète, presque honteuse — comme si l'on voulait enterrer l'affaire avec l'homme. Mais le peuple de Paris a d'autres projets.

Une foule se masse devant l'église. On force l'entrée. On déterre le corps. Et commence alors une procession macabre à travers les rues de la rive droite, au milieu des cris de « Vive le roi ! ». Le cadavre du maréchal d'Ancre est traîné sur les pavés, battu, lapidé. On lui coupe le nez. Les oreilles. Les doigts. Les parties génitales. Ce n'est plus un mort que la foule maltraite — c'est un symbole, celui du favori étranger, de l'Italien enrichi par la grâce de Marie de Médicis, de l'homme qui incarnait à lui seul tout ce que Paris déteste : l'arrogance du pouvoir et l'impunité des puissants.

Le corps — ce qu'il en reste — est pendu par les pieds à l'une des potences du Pont-Neuf. Ironie atroce : ces potences, c'est Concini lui-même qui les avait fait dresser. Puis les restes sont brûlés sur l'île de la Gourdaine, l'îlot à la pointe occidentale de la Cité, au pied même du pont — un bout de terre aujourd'hui englobé dans le quai de l'Horloge. Un chroniqueur note que des morceaux de chair sont arrachés, rôtis, mangés — mais la scène relève sans doute autant de la surenchère littéraire que du témoignage. Ce qui est certain, c'est que la fureur populaire ne s'apaise qu'avec la destruction complète du corps.

Louis XIII laisse faire. Le jeune roi, qui a commandité l'assassinat pour se libérer de la tutelle de sa mère et de son favori, n'a aucune raison d'arrêter cette explosion. Au contraire : la rage du peuple légitime rétrospectivement le coup de force royal. Le 9 mai, le Parlement de Paris ouvrira un procès posthume contre Concini et sa femme Léonora Galigaï, accusée de sorcellerie. Galigaï sera exécutée en place de Grève le 8 juillet.

La profanation du cadavre de Concini n'est pas un épisode isolé dans l'histoire de Paris. La ville a la mémoire longue et la vengeance physique : les corps des Armagnacs massacrés en 1418, ceux des victimes de la Saint-Barthélemy traînés dans la Seine en 1572, celui de l'amiral de Coligny pendu au gibet de Montfaucon. Le peuple parisien, quand il se soulève, ne se contente pas de tuer — il efface.

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Personnage(s) : Concino Concini ·Louis XIII
2 place du Louvre — 1er arr.
Cloche de l'église St Germain l'Auxerrois (sonnerie des Matines) — Massacre de la St Barthélemy
Il n'y a pas eu de folie dans les rues de Paris ce 24 août : il y a eu une organisation, un signal, des listes, des armes distribuées, et une ville qui a découvert ce qu'elle était capable de faire. Le tocsin de…

Il n'y a pas eu de folie dans les rues de Paris ce 24 août : il y a eu une organisation, un signal, des listes, des armes distribuées, et une ville qui a découvert ce qu'elle était capable de faire.

Le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois résonne à deux heures du matin. C'est le signal convenu. Dans les quartiers, les bourgeois catholiques qui ont reçu des armes et des instructions sortent dans les rues. Les capitaines de quartier ont des listes. La ville s'organise pour tuer.

L'amiral Gaspard de Coligny dort dans son logis de l'Hôtel de Ponthieu, sur ce qui sera un jour appelé la rue de Rivoli. Il a soixante-deux ans. Depuis l'attentat du 22, ses doigts blessés ont été pansés, il est sous la protection d'une garde royale que le roi lui a affectée en promettant justice. Cette garde, dans la nuit, ouvre la porte. Henri de Guise commande le détachement qui monte. Jean Yanowitz, soldat d'origine polonaise au service des Guise, entre le premier dans la chambre. Il frappe Coligny d'un coup d'épée. Le corps est jeté par la fenêtre dans la cour. Henri de Guise se penche, reconnaît le visage de celui qui a tué son père, et donne l'ordre de continuer.

Dans Paris, le carnage dure plusieurs jours. On estime entre deux et trois mille morts dans la ville en quelques jours, peut-être dix mille dans tout le royaume dans les semaines qui suivent. Hommes, femmes, enfants portant l'étiquette protestante. Certains voisins dénoncent, d'autres cachent. La porte de Buci est fermée par Henri de Guise lui-même, sauvant ainsi les protestants du faubourg Saint-Germain qu'il connaît personnellement. Le duc de la Force, compagnon d'enfance du jeune Henri de Navarre, échappe en se faisant passer pour mort sous les cadavres.

Charles IX, que l'histoire a voulu croire horrifié, paraît aux fenêtres du Louvre et, selon certains témoins, tire lui-même à l'arquebuse sur les fuyards. Il mourra deux ans plus tard, à vingt-trois ans, en répétant dans ses cauchemars les mots "tous ces morts."

Le massacre de la Saint-Barthélemy restera, pour des siècles, le symbole de ce que l'intolérance religieuse organisée par le pouvoir peut produire dans une grande ville.

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2 place du Louvre — 1er arr.
Église St Germain l'Auxerrois — Boule aux rats
Une des trois "boules aux rats" existant en France, la seule dont les rats sortent, au lieu d'y entrer ; les deux autres se trouvent au Mans et à Carpentras. Il en existe d'autres en France, mais en bois
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Personnage(s) : Jean Gaussel
2 place du Louvre — 1er arr.

Aujourd'hui

L'église est toujours en activité comme paroisse catholique au 2 place du Louvre. Classée monument historique, elle conserve un remarquable ensemble de vitraux du XVIe siècle et un porche gothique du XVe. Face à elle, le beffroi néo-gothique élevé au XIXe siècle rappelle le rôle tragique de sa cloche. Visites libres régulièrement possibles.

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