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30 septembre 1846
Événement

Les ouvriers du Faubourg Saint-Antoine pillent les boulangeries contre la spéculation sur le pain

Barricade en 1846
📍 27–36 rue d' Aligre — 12e arr. (à l'angle de la rue du Fbg St Antoine)
Les ouvriers du Faubourg Saint-Antoine pillent les boulangeries contre la spéculation sur le pain
//Lamartine refusant le drapeau rouge devant l'Hôtel de Ville //par Henri Félix Emmanuel Philippoteaux. Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris.

Deux ans avant 1848, le Faubourg Saint-Antoine se soulève contre le prix du pain, et l'armée occupe le quartier : la Monarchie de Juillet vient d'entendre son avertissement.

La récolte de 1846 a été mauvaise. La maladie de la pomme de terre, qui affame l'Irlande cette même année, a également frappé la France. Le prix du blé grimpe. Les spéculateurs achètent, stockent, revendent au plus haut. Le prix du pain double presque en quelques mois. Pour un ouvrier parisien qui consacre déjà plus de la moitié de son salaire à l'alimentation, cette hausse signifie la faim.

Le 30 septembre 1846, l'agitation éclate dans le Faubourg Saint-Antoine, le vieux quartier ouvrier du meuble et de l'ébénisterie, celui qui avait pris la Bastille en 1789 et dressé les barricades en 1830. Les émeutiers se portent sur les boulangeries : la boulangerie Astier au 159 rue du Faubourg Saint-Antoine, la boulangerie Baudon au 165, d'autres encore. Une barricade est dressée rue d'Aligre. Les boutiques sont forcées, le pain distribué ou vendu à prix fixé par la foule.

Les rapports de police notent la présence de nombreux jeunes ouvriers et d'ouvriers allemands. Paris compte alors une importante colonie allemande, principalement composée de compagnons artisans, tailleurs, ébénistes, dont plusieurs sont organisés dans la Ligue des Justes, société secrète communiste. C'est dans ce milieu que Marx et Engels, tous deux passés par Paris dans les années 1840, ont recruté leurs premiers militants. Deux ans plus tard, à la demande de cette même organisation devenue Ligue des Communistes, ils écriront le Manifeste du parti communiste.

La réponse du gouvernement de Guizot est militaire. Le faubourg est occupé par la troupe. Les meneurs sont arrêtés. L'ordre est rétabli en quelques jours. Louis-Philippe et ses ministres considèrent l'affaire comme une émeute de subsistance, phénomène ancien et connu, sans portée politique.

Ils se trompent. La crise économique de 1846-1847 est le facteur déclenchant direct de la Révolution de février 1848. Dix-sept mois après les boulangeries du Faubourg Saint-Antoine, le trône de Louis-Philippe brûlera place de la Bastille.