Exécution des membres de la bande à Bonnot ; dernier lieu à Paris des exécutions capitales publiques par la guillotine

Guillotine à l'angle de la prison de la Santé (à partir de 1899)

 77 boulevard Arago - 14e arr. (à l'angle de la rue de la Santé)

Le procès de la Bande à Bonnot

La guillotine est montée depuis trois heures du matin. Les badauds affluent. Trois hommes qui avaient déclaré la guerre à la société vont découvrir ce qu'elle réserve aux vaincus.

Le 21 avril 1913, aux premières lueurs du jour, le bourreau Anatole Deibler et ses aides dressent la mécanique au croisement du boulevard Arago et de la rue de la Santé, face à la prison du même nom. C'est ici, depuis 1899, que Paris exécute ses condamnés — le dernier emplacement en plein air d'une pratique qui durera encore vingt-six ans avant d'être reléguée dans les cours de prison.

Trois hommes sont tirés de leurs cellules : Raymond Callemin, vingt-trois ans, dit « Raymond la Science » ; André Soudy, vingt et un ans ; Étienne Monier, dit « Simentoff ». Tous les trois sont membres de la bande à Bonnot, le groupe d'anarchistes illégalistes qui a terrorisé Paris et sa banlieue de décembre 1911 à avril 1912. L'exécution des trois hommes dure à peine deux minutes.

L'illégalisme en automobile
La bande à Bonnot, c'est d'abord une rupture technique : pour la première fois, des braqueurs utilisent l'automobile. Le 21 décembre 1911, Jules Bonnot et ses complices attaquent un garçon de recette de la Société Générale rue Ordener, à bord d'une Delaunay-Belleville volée. La presse s'enflamme — les « bandits en auto » deviennent l'obsession de la France entière. S'ensuivent des mois de braquages, de fusillades et de cavales, avant que Bonnot lui-même ne soit abattu lors du siège de Choisy-le-Roi, le 28 avril 1912, et Garnier et Valet tués à Nogent-sur-Marne quelques semaines plus tard.

Les survivants — Callemin, Soudy, Monier, Dieudonné et une quinzaine d'autres — sont jugés en février 1913. Le procès est un spectacle. Callemin, brillant et provocateur, revendique l'illégalisme au nom de l'anarchisme individualiste : puisque la propriété est un vol, le vol est une restitution. Soudy, phtisique, à peine majeur, a l'air d'un enfant égaré. Monier se tait. Quatre condamnations à mort sont prononcées. Dieudonné, qui clame son innocence, obtient la grâce présidentielle — il sera envoyé au bagne de Cayenne, d'où il ne reviendra qu'en 1927, réhabilité.

Le boulevard et la lame
Boulevard Arago, la foule est considérable. Les exécutions publiques attirent toujours du monde — c'est d'ailleurs ce scandale du spectacle qui finira par provoquer leur suppression. Les trois têtes tombent dans un silence relatif. Callemin, dit-on, aurait lancé un dernier mot — les témoignages divergent sur ce qu'il fut.

La guillotine continuera de fonctionner au même endroit pendant encore un quart de siècle. Aujourd'hui, cinq dalles de granit, à l'angle du boulevard et de la rue de la Santé, marquent l'emplacement exact où se dressait l'échafaud. On passe devant sans les voir.