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16 octobre 1959
Événement

François Mitterrand met en scène ou subit un faux attentat avenue de l'Observatoire, dans une affaire jamais élucidée

Avenue de l'Observatoire (Mitterrand gare sa Peugeot 203 devant le square)
François Mitterrand met en scène ou subit un faux attentat avenue de l'Observatoire, dans une affaire jamais élucidée
François Mitterrand, ministre des Anciens combattants et des Victimes de guerre, assis à son bureau (février 1947).

Il saute la haie du square, sept balles crèvent sa voiture, et la France se demande depuis soixante-cinq ans s'il fut victime d'un piège ou complice d'une mise en scène.

La nuit du 15 au 16 octobre 1959, François Mitterrand rentre de la brasserie Lipp. Il a quarante-trois ans, il est sénateur de la Nièvre, ancien ministre de la Quatrième République, opposant au général de Gaulle revenu au pouvoir l'année précédente. La guerre d'Algérie déchire le pays ; l'OAS n'existe pas encore mais les partisans de l'Algérie française menacent ouvertement les hommes politiques favorables à la négociation.

Vers minuit et demi, avenue de l'Observatoire, Mitterrand gare brusquement sa Peugeot 403, franchit la grille du square et se jette dans les jardins. Une rafale d'arme automatique crible sa voiture de sept balles. Il court se réfugier sous le porche du 5 avenue de l'Observatoire.

L'émotion est nationale. Puis, une semaine plus tard, Robert Pesquet, ancien député poujadiste lié à l'extrême droite, déclare que l'attentat était une mise en scène convenue avec Mitterrand lui-même, destinée à redonner à celui-ci une stature de victime. Il produit une lettre qu'il s'était adressée à lui-même en poste restante avant les faits, décrivant le scénario par avance.

Mitterrand reconnaît que Pesquet l'avait averti d'un projet d'attentat le visant, et qu'il n'a pas prévenu la police. Il nie toute complicité et affirme avoir voulu confondre les commanditaires. Le Sénat lève son immunité parlementaire. Il est inculpé d'outrage à magistrat. L'affaire sera close par l'amnistie de 1966 sans jamais être jugée au fond.

Les deux versions restent défendables. Ou bien Mitterrand a monté sa propre agression, ce qui serait d'une légèreté suicidaire. Ou bien il est tombé dans un piège tendu par des adversaires qui connaissaient sa faiblesse pour les manœuvres secrètes.

Sa carrière semblait détruite. Il sera élu président de la République vingt-deux ans plus tard, en 1981.