Fermeture de l'Opéra en protestation contre le renvoi de Necker

Opéra de Paris

 18 boulevard Saint Martin - 10e arr. (emplacement du théâtre de la Porte St Martin)

L'Opéra fermé par le peuple, les courtisans hués, le 12 juillet 1789. 

Musée Carnavalet.

Un dimanche soir de juillet 1789, le plus jeune théâtre de Paris — bâti en deux mois pour distraire la cour — éteignit ses lustres sur l'injonction de la rue.

Sur le boulevard Saint-Martin, au numéro 18, se dresse depuis huit ans une salle qui n'aurait jamais dû exister si vite. En 1781, l'incendie de l'opéra du Palais-Royal avait laissé l'Académie royale de musique sans toit. On rebâtit alors, jour et nuit, en deux mois à peine, une salle de dix-huit cents places sur les plans de Nicolas Lenoir. Le 27 octobre 1781, l'Opéra y donnait déjà Adèle de Ponthieu de Piccinni. C'est là, sur les Grands Boulevards, que la cour venait applaudir Gluck, Sacchini et Salieri.

Le samedi 11 juillet 1789, Louis XVI renvoie Necker, le ministre populaire. La nouvelle atteint Paris le lendemain matin, un dimanche. Au Palais-Royal, Camille Desmoulins monte sur une table du café de Foy et harangue la foule. On court alors chez Curtius, le montreur de figures de cire de la galerie de Montpensier. On y saisit les bustes de Necker et du duc d'Orléans, qu'on drape de noir et qu'on promène en cortège, tête nue, à travers la ville.

Le deuil, ce jour-là, se veut public — et il n'admet pas de spectacle. Dans l'après-midi, des groupes vont d'un théâtre à l'autre faire cesser les représentations. Sur les boulevards, l'Opéra du numéro 18 n'y échappe pas. La foule en ferme les portes ; les carrosses des courtisans venus pour la soirée sont hués, refoulés. Le graveur Jean-Louis Prieur en fixera la scène pour ses Tableaux historiques de la Révolution française : sous les colonnes de la salle, le peuple baisse le rideau à la place des machinistes. On ne joue pas quand Necker s'en va.

Pendant ce temps, à l'autre bout de Paris, la journée tourne au sang. Place Louis XV — l'actuelle Concorde —, le Royal-Allemand du prince de Lambesc charge les manifestants ; les bustes de cire sont les premières cibles, avant les hommes. Le soir même, cavaliers et gardes-françaises s'affrontent sur les boulevards. Deux jours plus tard, la Bastille tombait.

Le théâtre, lui, survécut à la Révolution qu'il avait vue commencer sur son perron. L'Opéra quitta le boulevard Saint-Martin le 9 thermidor an II — le jour même de la chute de Robespierre — pour la rue de Richelieu. La salle prit alors le nom de Théâtre de la Porte-Saint-Martin. Incendiée pendant la Semaine sanglante, le 25 mai 1871, elle fut rebâtie deux ans plus tard sur le même emplacement. Vous passez aujourd'hui devant le 18, boulevard Saint-Martin sans y penser : c'est là, sous d'autres pierres mais au même endroit, que le public de l'Opéra fut prié, un soir, de rentrer chez lui.

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