Portrait de Joseph-François Foullon (1715-1789), dit Foullon de Doué.
Le 22 juillet 1789, à la lanterne de la place de Grève, la Révolution découvrit ce qu'elle était capable de faire de ses propres mains.
Joseph Foullon de Doué avait soixante-quatorze ans et toute une vie de mépris derrière lui. Ancien intendant, brièvement contrôleur général des finances après le renvoi de Necker le 11 juillet, il passait à Paris pour l'homme qui avait dit, en parlant du peuple affamé : « Qu'il mange du foin. » La phrase était peut-être apocryphe. En juillet 1789, elle était vraie.
Foullon avait tenté de fuir, feint sa propre mort. Il fut reconnu, arrêté, traîné jusqu'à l'Hôtel de Ville. La foule ne laissa pas le temps à personne de le juger. On le pendit à la lanterne du coin de la place de Grève. Quand le corps tomba — la corde avait cassé plusieurs fois — on lui coupa la tête et on l'embrocha sur une pique avec une botte de foin dans la bouche.
Louis Bénigne François Bertier de Sauvigny, intendant de Paris et gendre de Foullon, avait été arrêté à Compiègne et conduit vers la capitale sous escorte. Au 129 de la rue Saint-Martin, près de la fontaine Maubuée, la foule lui présenta la tête de son beau-père. Il pâlit. Il fut ensuite conduit à l'Hôtel de Ville et massacré à son tour devant l'entrée.
C'était huit jours après la prise de la Bastille. La Révolution avait conquis une forteresse royale ; elle venait d'inventer autre chose — une forme de justice populaire expéditive qui n'avait besoin ni de tribunal ni de loi. La lanterne de la place de Grève entra dans la chanson révolutionnaire : Ah ça ira, ça ira, ça ira / Les aristocrates à la lanterne.