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11 septembre 1889
Événement

Gounod, invité par Eiffel, compose sur un piano son "Concerto dans les nuages" au sommet de la Tour

Tour Eiffel
Gounod, invité par Eiffel, compose sur un piano son "Concerto dans les nuages" au sommet de la Tour
Portrait de Charles Gounod en 1890 par Nadar.

Il y a des rencontres qui n'auraient pas eu lieu sans un ingénieur assez fou pour construire une tour de trois cents mètres.

L'Exposition universelle de 1889 bat son plein. Paris célèbre le centenaire de la Révolution en construisant ce que personne n'avait encore osé: une tour de métal de trois cent mètres, la plus haute structure jamais érigée par l'homme. Gustave Eiffel, ingénieur et entrepreneur, a fait construire au sommet de son oeuvre un appartement pour lui seul: un salon meublé d'un piano droit, d'une table de travail, d'un divan, et d'instruments scientifiques. Il y reçoit des invités triés sur le volet.

Le 11 septembre 1889, Charles Gounod est l'un de ces invités. Il a soixante et onze ans; il est l'auteur de Faust (1859), de Roméo et Juliette (1867), de l'Ave Maria construit sur le premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach: un des compositeurs les plus joués de son époque. L'Exposition est le moment de tous les possibles; Thomas Edison est venu présenter son phonographe; des ingénieurs du monde entier visitent la tour. Gounod, lui, monte jusqu'à l'appartement du sommet.

Il s'installe au piano. Il improvise. Ce qu'il joue ce jour-là, à trois cents mètres du sol, en voyant Paris s'étaler à ses pieds dans toutes les directions, il l'appelle "Concerto dans les nuages": une pièce qui n'a peut-être jamais été entièrement fixée sur le papier, et qui reste dans la mémoire comme une image plus que comme une oeuvre, le fantôme d'une musique jouée dans les airs.

L'appartement d'Eiffel mesure à peine soixante mètres carrés. Les murs sont couverts de boiseries; le plancher est en parquet. On y monte par l'ascenseur, merveille de l'Exposition. Depuis les vitres, Paris ressemble à une carte déployée: les grandes avenues d'Haussmann, la Seine, les coupoles du Panthéon et des Invalides, et, au loin, Montmartre où le Sacré-Coeur est en construction.

Eiffel gardera cet appartement jusqu'à sa mort en 1923. Il y travaillera, y recevra encore des savants et des artistes. Après sa mort, l'appartement est reconstitué tel quel avec ses meubles et ses instruments. Il est aujourd'hui visible au dernier niveau de la tour. Le piano, lui, n'y est plus.