🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos

Elle devait être démontée au bout de vingt ans. Elle est devenue le symbole de Paris pour la planète entière. La Tour Eiffel naît pour l'Exposition universelle de 1889, célébrée à l'occasion du centenaire de la Révolution française. Conçue par les ingénieurs Maurice Koechlin, Émile Nouguier et l'architecte Stephen Sauvestre, puis construite sous la maîtrise de Gustave Eiffel, elle culmine à 300,65 mètres — et on l'appelle d'abord sobrement la « tour de 300 mètres ». Peinte en rouge sang, elle accueille deux millions de visiteurs pendant l'Exposition, qui grimpent à pied les escaliers, les ascenseurs tardant à fonctionner. Au sommet, Charles Gounod compose au piano un « Concerto dans les nuages » dans l'appartement privé qu'Eiffel s'est réservé — détail savoureux que ses détracteurs ne goûtent guère.

Car la tour suscite des huées dans les milieux littéraires : Guy de Maupassant, Paul Verlaine, Joris-Karl Huysmans la traitent de ferraille indigne. Maupassant prétend même déjeuner chaque jour au restaurant du premier étage — le seul endroit de Paris d'où on ne la voit pas. Pourtant, les peintres et poètes du siècle suivant — Robert Delaunay, Douanier Rousseau, Guillaume Apollinaire, Louis Aragon, Robert Desnos — en feront une icône de la modernité.

Au-delà du symbole, la tour se révèle un outil. En 1898, Eiffel y teste la télégraphie sans fil jusqu'au Panthéon. En 1914, un centre de radiotélégraphie militaire s'y installe ; en 1917, ses écoutes permettent l'arrestation de Mata Hari. En 1921, Lucien Guitry présente la première émission de radio publique depuis son antenne. En 1935, l'émission inaugurale de la télévision française — 180 lignes par image, portée de 15 km — est diffusée depuis son sommet. La Dame de fer est aussi, à sa façon, une tour de contrôle du monde moderne.

Noms successifs du lieu

  • 1889 « Tour de 300 mètres » — nom officiel initial, utilisé pendant la construction et l'Exposition universelle
  • 1889 Tour Eiffel — nom d'usage qui s'impose rapidement, par référence à son constructeur Gustave Eiffel
  • 1898 — 1914 Station de télégraphie sans fil — usage scientifique et expérimental sous l'impulsion d'Eiffel lui-même
  • 1914 — 1918 Centre de radiotélégraphie militaire — rôle stratégique pendant la Première Guerre mondiale, notamment dans l'arrestation de Mata Hari (1917)
  • 1921 — 1937 Antenne de radiodiffusion puis de télévision — première émission radio publique (1921), premier journal parlé (1931), émission inaugurale de la télévision française (1935)
  • Depuis 1889 Tour Eiffel — monument national et site touristique le plus visité au monde

Événements à cette adresse

17 événements · 1888 — 1973
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel
Aux gendarmes qui leur demandent ce qu'ils font, ils répondent qu'ils tournent une publicité pour le Roquefort ; les brebis, elles, broutent le Champ-de-Mars. Le 28 octobre 1971, le ministre de la Défense Michel Debré…

Aux gendarmes qui leur demandent ce qu'ils font, ils répondent qu'ils tournent une publicité pour le Roquefort ; les brebis, elles, broutent le Champ-de-Mars.

Le 28 octobre 1971, le ministre de la Défense Michel Debré annonce l'extension du camp militaire du Larzac, sur le plateau aveyronnais, de trois mille à dix-sept mille hectares. Cent trois exploitations agricoles doivent disparaître. Les paysans concernés sont des éleveurs de brebis dont le lait fait le roquefort, des familles installées là depuis des générations sur un causse aride.

Le 6 novembre 1971, ils prêtent un serment collectif : cent trois familles s'engagent à ne jamais vendre leurs terres. La formule est simple, elle tiendra dix ans.

La lutte adopte d'emblée la désobéissance civile non violente, inspirée de Gandhi et de Lanza del Vasto, qui vient jeûner sur le plateau. C'est une nouveauté en France : ni barricades, ni affrontements, mais des actions symboliques, spectaculaires, médiatiquement irrésistibles. Le mouvement fédère les paysans, les objecteurs de conscience, les antimilitaristes, les militants de l'après-68, les premiers écologistes, les régionalistes occitans. Le Larzac devient le laboratoire d'une gauche nouvelle qui n'est ni communiste ni socialiste.

Le 25 octobre 1972, trois éleveurs conduisent un troupeau de soixante brebis sur les pelouses du Champ-de-Mars, sous la Tour Eiffel. Aux gendarmes mobiles qui les interrogent, ils répondent qu'ils tournent un spot publicitaire pour le roquefort. Les photographies font le tour de la presse.

Suivront la marche des tracteurs sur Paris en 1973, les rassemblements de cent mille personnes sur le plateau, les constructions illégales de bergeries, les refus d'impôts, l'occupation des terres achetées par l'armée.

Le 3 juin 1981, quelques semaines après son élection, François Mitterrand abandonne le projet d'extension. Dix ans de lutte non violente ont fait reculer l'armée française. Le Larzac reste depuis un lieu de rassemblement du mouvement altermondialiste, dont celui de 2003 réunira deux cent mille personnes.

Voir la fiche
Personnage(s) : Agriculteurs du Larzac
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel
Les ascenseurs de la Tour Eiffel sont sabotés au moment de l'occupation de Paris par les allemands. Ils ne refonctionneront qu'après la Libération
Voir la fiche
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel
Émission inaugurale de la Télévision française, transmise depuis une antenne située au sommet de la Tour Eiffel, d'une portée de 15 Km. La définition est de 180 lignes par image. La "Télé" ne prendra son essor qu'après la guerre
Voir la fiche
Personnage(s) : Georges Mandel ·Suzy Wincker
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel — Studio de TSF (transmission sans fil)
Voir la fiche
Personnage(s) : Maurice Privat
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel — Studio de TSF (transmission sans fil)
Voir la fiche
Personnage(s) : Lucien Guitry
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel
Arrestation de Mata-Hari grâce au centre d'écoutes de la Tour Eiffel
Voir la fiche
Personnage(s) : Mata Hari ·Georges Ladoux ·Paul Brenot
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel
Lénine, de passage à Paris au retour du 3ème congrès du POSDR, fait visiter la Tour Eiffel à plusieurs délégués qui l'accompagnaient
Voir la fiche
Personnage(s) : Lénine
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel
Il y a des rencontres qui n'auraient pas eu lieu sans un ingénieur assez fou pour construire une tour de trois cents mètres. L'Exposition universelle de 1889 bat son plein. Paris célèbre le centenaire de la Révolution en…

Il y a des rencontres qui n'auraient pas eu lieu sans un ingénieur assez fou pour construire une tour de trois cents mètres.

L'Exposition universelle de 1889 bat son plein. Paris célèbre le centenaire de la Révolution en construisant ce que personne n'avait encore osé: une tour de métal de trois cent mètres, la plus haute structure jamais érigée par l'homme. Gustave Eiffel, ingénieur et entrepreneur, a fait construire au sommet de son oeuvre un appartement pour lui seul: un salon meublé d'un piano droit, d'une table de travail, d'un divan, et d'instruments scientifiques. Il y reçoit des invités triés sur le volet.

Le 11 septembre 1889, Charles Gounod est l'un de ces invités. Il a soixante et onze ans; il est l'auteur de Faust (1859), de Roméo et Juliette (1867), de l'Ave Maria construit sur le premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach: un des compositeurs les plus joués de son époque. L'Exposition est le moment de tous les possibles; Thomas Edison est venu présenter son phonographe; des ingénieurs du monde entier visitent la tour. Gounod, lui, monte jusqu'à l'appartement du sommet.

Il s'installe au piano. Il improvise. Ce qu'il joue ce jour-là, à trois cents mètres du sol, en voyant Paris s'étaler à ses pieds dans toutes les directions, il l'appelle "Concerto dans les nuages": une pièce qui n'a peut-être jamais été entièrement fixée sur le papier, et qui reste dans la mémoire comme une image plus que comme une oeuvre, le fantôme d'une musique jouée dans les airs.

L'appartement d'Eiffel mesure à peine soixante mètres carrés. Les murs sont couverts de boiseries; le plancher est en parquet. On y monte par l'ascenseur, merveille de l'Exposition. Depuis les vitres, Paris ressemble à une carte déployée: les grandes avenues d'Haussmann, la Seine, les coupoles du Panthéon et des Invalides, et, au loin, Montmartre où le Sacré-Coeur est en construction.

Eiffel gardera cet appartement jusqu'à sa mort en 1923. Il y travaillera, y recevra encore des savants et des artistes. Après sa mort, l'appartement est reconstitué tel quel avec ses meubles et ses instruments. Il est aujourd'hui visible au dernier niveau de la tour. Le piano, lui, n'y est plus.

Voir la fiche
Personnage(s) : Charles Gounod ·Gustave Eiffel
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour de 300 mètres (nom initial de la tour Eiffel) — Tour Eiffel
Deux millions de visiteurs gravissent, à pied, les ascenseurs n'étant pas encore en service, le temps que dure l'exposition, la tour de 300,65 m, peinte en rouge, conçue pour Eiffel par les ingénieurs Koechlin, Nouguier et Sauvestre
Voir la fiche
Tour Eiffel — 7e arr.
Tour Eiffel — 7e arr.
Champ de Mars — Pilier Ouest de la Tour Eiffel
Petite tour crénelée dans un bosquet au pied du pilier Ouest ; vestige du système initial d'ascenseurs de la tour
Voir la fiche
Tour Eiffel — 7e arr.
Chantier de la tour Eiffel
En septembre 1888, le deuxième étage est monté quand les ouvriers du chantier, deux cents à deux cent cinquante, se mettent en grève : payés à l'heure, ils perdent avec les journées plus courtes de l'hiver. Gustave Eiffel refuse de payer le risque de la hauteur, mais leur accorde par écrit, le 20 septembre, une augmentation de 15 centimes de l'heure. Le 20 décembre, par grand froid, quelque 140 monteurs tiennent meeting au sommet du chantier, à 210 mètres, et décident une nouvelle grève : cinq délégués partent pour Levallois, au siège de l'entreprise, réclamer les promesses de septembre. Cette fois, Eiffel ne cède rien. ")
Voir la fiche
Personnage(s) : Gustave Eiffel
Tour Eiffel — 7e arr.

Aujourd'hui

La Tour Eiffel, propriété de la Ville de Paris et gérée par la SETE, accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs. Ses trois étages sont accessibles par ascenseur ou à pied. Le premier étage dispose d'un plancher de verre ; le sommet conserve une reconstitution de l'appartement de Gustave Eiffel. Le Champ-de-Mars, à ses pieds, reste un espace de rassemblement et de manifestation.