Important dispositif militaire et policier déployé pour le départ vers la Haute cour de Bourges des inculpés de la journée du 15 mai 1848 : 200 gendarmes mobiles, deux bataillons du 41ème de ligne, 40 policiers et 30 sergents de ville.
Le 4 mars 1849, la gare d’Orléans (future gare d’Austerlitz) est transformée en camp retranché. Pour envoyer à Bourges les inculpés de la journée insurrectionnelle du 15 mai 1848 – Blanqui, Barbès, Raspail, « l’ouvrier Albert » (Alexandre Martin), Sobrier, Flotte et plusieurs autres – le pouvoir met en scène sa force : 200 gendarmes mobiles, deux bataillons du 41ᵉ de ligne, une quarantaine de policiers en civil et une trentaine de sergents de ville encadrent le convoi, armes au poing. L’objectif est clair : éviter toute tentative de libération en cours de route, mais surtout montrer à Paris que les chefs socialistes et démocrates sont brisés et qu’on ne plaisante plus avec les « journées révolutionnaires ».
Depuis l’envahissement de l’Assemblée et la tentative avortée de proclamation d’un gouvernement insurrectionnel à l’Hôtel de Ville, le 15 mai a servi de prétexte pour décapiter la gauche républicaine. Après des mois d’incarcération, les prévenus sont arrachés aux prisons parisiennes, embarqués sous les huées organisées des partisans de l’ordre, tandis que leurs partisans, tenus à distance par le cordon militaire, assistent impuissants au départ. La Haute Cour de Bourges, établie loin de la capitale pour soustraire le procès à toute pression populaire, prononcera de lourdes peines : déportation pour Barbès et Albert, dix ans de prison pour Blanqui, plusieurs années pour Raspail et d’autres.
Cette journée de mars 1849, avec son dispositif de guerre autour d’un simple train, marque symboliquement la fin de l’illusion d’une République « sociale » née en février 1848. En exhibant ce convoi de vaincus vers Bourges, la majorité conservatrice et bonapartiste affirme qu’elle a désormais les mains libres pour liquider les Ateliers nationaux, écraser Juin 1848, puis, quelques années plus tard, laisser place au coup d’État de Louis‑Napoléon Bonaparte.
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