🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos

Au bord de la Seine, entre le 51 et le 57 du quai d'Austerlitz — un quai qui s'appelait encore quai de l'Hôpital avant que la victoire napoléonienne de 1805 ne rebaptise tout le secteur —, la gare d'Orléans s'impose dès le milieu du XIXe siècle comme l'une des grandes têtes de ligne parisiennes. Ce terminus du chemin de fer vers Orléans et le Centre voit défiler le meilleur et le pire de l'histoire nationale.

Le pire, d'abord : en février 1849, le hall se transforme en scène d'apparat répressif. Deux cents gendarmes mobiles, deux bataillons du 41e de ligne, quarante policiers — un déploiement impressionnant pour escorter vers la Haute Cour de Bourges les accusés de la journée du 15 mai 1848 : Auguste Blanqui, Armand Barbès, François-Vincent Raspail, Alexandre Martin et Joseph Sobrier, figures de la gauche républicaine embarquées comme des criminels. En 1870, lors du siège prussien, la grande salle se mue en atelier de fabrication de ballons montés sous la direction d'Eugène Godard, avant que le Jacquard ne s'élance dans le ciel pour briser le blocus. La Semaine sanglante de mai 1871 y laisse une tache de sang : la gare sert de quartier général au général versaillais Bruat, et 17 fédérés y sont fusillés — soldats jugés déserteurs ou étrangers ayant rejoint la Commune.

Le XXe siècle n'est guère plus tendre. En 1938, les survivants des Brigades internationales rentrent d'Espagne sur ce quai où les attendent Maurice Thorez et André Marty. En mai 1941, 3 747 juifs polonais, tchécoslovaques et austro-hongrois, raflés par la police française, sont rassemblés ici avant d'être déportés vers les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. En 1943, la résistante italienne Teresa Nocce-Longo y est arrêtée après avoir été filée. En 1970, enfin, les couloirs du métro Austerlitz deviennent le théâtre d'affrontements entre jeunes ouvriers et policiers lors du mouvement de refus de payer les tickets de transport.

Noms successifs du lieu

  • XIXe siècle Embarcadère Paris-Orléans — premier terminus du chemin de fer vers Orléans
  • 1849 — 1871 Gare d'Orléans — nom usuel sous la Deuxième République, le Second Empire et la Commune
  • 1870 (siège) Atelier de fabrication de ballons montés pour briser le blocus prussien
  • 1871 (Semaine sanglante) Quartier général versaillais et lieu d'exécutions sommaires de fédérés
  • XXe siècle — aujourd'hui Gare de Paris-Austerlitz — nom définitif adopté progressivement au XXe siècle

Toponymie — quai d'Austerlitz

quai d'Austerlitz
Voisinage du pont d'Austerlitz.
Anciens noms : quai de l'Hôpital
Voir la fiche complète de la voie

Événements à cette adresse

15 événements · 1849 — 1970
Gare d'Austerlitz (couloirs du métro)
Le 2 février 1970, des affrontements ont opposé la police à de jeunes ouvriers sur le quai d'Austerlitz à Paris. Ces jeunes participaient au mouvement de refus de payer les tickets de transport. Ce mouvement visait à protester contre les prix des transports publics. Il mobilisait des lycéens, étudiants et ouvriers dans plusieurs villes françaises, dont Paris. À Paris, les manifestations se déroulaient souvent près des stations de métro et des quais de Seine. Sur le quai d'Austerlitz, les forces de l'ordre ont chargé les manifestants. Des jets de projectiles ont été échangés. Plusieurs jeunes ont été blessés ou interpellés. L'événement s'inscrit dans une série d'actions similaires en février 1970, marquées par des tensions sociales.
Voir la fiche
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Austerlitz
Teresa Nocce-Longo est arrêtée suite à la filature de Betka Weinraub, alors quelle repartait en zone Sud après une réunion nationale de la direction de la M.O.I.
Voir la fiche
Personnage(s) : Teresa Nocce-Longo
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Austerlitz
Rassemblement de juifs polonais, tchécoslovaques et ex-autrichiens arrêtés ; 3 747 sont emmenés vers les camps de Pithiviers et Bonne la Rolande
Voir la fiche
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Austerlitz
Le dimanche 13 novembre 1938, à neuf heures et demie, le premier train des volontaires français d’Espagne entre en gare d’Austerlitz. Maurice Thorez les attend sur le quai. La République espagnole n’a plus que quelques…

Le dimanche 13 novembre 1938, à neuf heures et demie, le premier train des volontaires français d’Espagne entre en gare d’Austerlitz. Maurice Thorez les attend sur le quai. La République espagnole n’a plus que quelques mois à vivre.

Depuis l’automne de 1936, ils défendaient la République espagnole contre le soulèvement de Franco. Entre 32 000 et 35 000 volontaires, venus de cinquante-trois pays, ont servi dans les Brigades internationales. Leur base était à Albacete ; ils se sont battus à Madrid, au Jarama, à Guadalajara, à Brunete, à Teruel, sur l’Èbre.

À l’automne de 1938, le gouvernement de Juan Negrín joue sa dernière carte : obtenir de Londres et de Paris des crédits et la levée de l’embargo sur les armes. Il veut aussi le départ des troupes étrangères qui combattent pour Franco. Pour cela, la République se soumet à la Société des Nations et renvoie ses propres volontaires : le 21 septembre, les Brigades sont dissoutes ; le 23, elles livrent leur dernier combat. Le 28 octobre, à Barcelone, treize mille hommes défilent une dernière fois devant Azaña, Negrín, Companys et la Pasionaria.

Le 13 novembre, le train de la gare d’Austerlitz ramène les hommes de l’ancienne brigade « La Marseillaise » ; ils sont plus de quinze cents ce jour-là, et l’accueil est enthousiaste. À leur tête, André Marty. Sur le quai, Maurice Thorez, nombre de responsables et de militants du Parti communiste, mais aussi de la CGT et du Parti socialiste. Le Front populaire se retrouve sur le quai.

Marty, député du 13e arrondissement et secrétaire de l’Internationale communiste, commandait les Brigades à Albacete. La presse libertaire l’appelle le « boucher d’Albacete ». Les historiens se disputent sur le nombre de ses victimes : cinq cents fusillés selon les uns, une légende selon d’autres, qui ont dépouillé les archives de Moscou. Mais le cadre est connu. Derrière les Brigades, il y avait l’appareil du Komintern et de la police politique soviétique, qui faisait la chasse aux trotskistes et aux anarchistes. Beaucoup de volontaires antistaliniens avaient d’ailleurs choisi de se battre ailleurs, au POUM, comme George Orwell, ou dans les colonnes de la CNT. Togliatti lui-même demandait en 1937 que Marty « change radicalement ses méthodes de travail », et des combattants revenus en France dénonceront ses excès.

Photographie : portrait d’un homme corpulent à moustache, en veston et cravate
André Marty (1886-1956) — Archives Paris révolutionnaire

Les ouvriers de Paris qui acclament les brigadistes ne savent pas tout cela, et ceux qui reviennent ont risqué leur vie pour de bon. Quelques mois plus tard, Barcelone et Madrid tombent. Plusieurs anciens volontaires, comme Henri Rol-Tanguy, se retrouveront dans la Résistance.

Photographie : sous le viaduc du métro, une haute sculpture de pierre rouge aux formes taillées, sur un socle, près de vélos garés
L’Apporteur de l’espoir de Denis Monfleur, hommage aux Brigades internationales, à la gare d’Austerlitz — Cahtls · CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

La gare d’Austerlitz garde leur souvenir. Au pied du viaduc du métro, une statue de Denis Monfleur, L’Apporteur de l’espoir, rend hommage aux volontaires des Brigades internationales. Vingt-sept ans plus tôt, déjà, les rédacteurs de La Guerre sociale, Montéhus et Rictus y avaient conduit le deuil du chansonnier Gaston Couté.

Voir la fiche
Personnage(s) : Maurice Thorez ·André Marty
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Austerlitz
Obsèques de Gaston Couté, poète Bauceron et auteur de chansons de lutte ; mort à 31 ans
Voir la fiche
Personnage(s) : Gaston Couté ·Jehan-Rictus
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Orléans — Gare d'Austerlitz — Lieu de massacre de Communards
Massacre de combattants pendant la Semaine sanglante ; en priorité les soldats considérés comme déserteurs et les étrangers ayant rejoint la Commune. 17 Fédérés fusillés
Voir la fiche
Personnage(s) : Fédérés
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Orléans — Quartier général du général Bruat
Quartier général du général Bruat, chef de la 2ème division de l'armée de réserve versaillaise pendant la Semaine sanglante
Voir la fiche
Personnage(s) : Émile Marius Bruat
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Orléans — Gare d'Austerlitz
Chanzy est arrêté avec ses officiers et le député Turquet en débarquant du train à la gare d'Orléans
Voir la fiche
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Austerlitz (salle des réservations)
Voir la fiche
Personnage(s) : Alexandre Prince
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Orléans, départ du ballon le Niépce
Le 12 novembre 1870, dans Paris assiégé, un ballon emporte le photographe René Dagron et six cents kilos d’appareils : il doit organiser en province la poste des dépêches microscopiques que les pigeons rapporteront…

Le 12 novembre 1870, dans Paris assiégé, un ballon emporte le photographe René Dagron et six cents kilos d’appareils : il doit organiser en province la poste des dépêches microscopiques que les pigeons rapporteront.

Depuis le 26 octobre, Paris n’a reçu aucun message par pigeon. Celles que l’on photographie sur papier, à Tours, sont lentes à faire et peu lisibles. René Dagron, l’inventeur des micro-photographies que l’on montrait dans les bijoux, propose au directeur des Postes, Germain Rampont, de réduire les dépêches sur une pellicule de collodion. Un décret du 10 novembre crée le service, qui doit s’installer à Clermont-Ferrand.

Photographie : portrait en médaillon d’un homme âgé aux cheveux blancs, en redingote, le regard de côté
René Dagron (1819-1900) — Archives Paris révolutionnaire

Les ballons du siège, cousus dans les gares, sont le seul lien de Paris avec la France : soixante-cinq en partiront, avec cent soixante-quatre passagers et trois cent quatre-vingt-un pigeons. Le 12, à neuf heures du matin, le Niépce quitte la gare d’Orléans avec Dagron, son gendre, le peintre Poisot, l’ingénieur Fernique, le préparateur Gnocchi et le marin Pagano ; le Daguerre part en même temps avec trois passagers, le courrier et les pigeons. Au-dessus des lignes allemandes, la fusillade les accueille. Le Daguerre, touché, tombe près de Ferrières ; ses passagers sont faits prisonniers, et les Prussiens renverront ses pigeons vers Paris avec de fausses nouvelles. Le Niépce monte à quinze cents mètres, mais les sacs de lest crèvent : on jette le sable par poignées, avec une assiette. Il se pose près de Vitry-le-François, traîné sur deux kilomètres. Des paysans donnent aux voyageurs leurs blouses et leurs casquettes ; les Prussiens prennent une voiture et le ballon, mais pas les hommes. Cachés par un maire, deux curés, un instituteur, ils atteignent Tours le 21 novembre. Il faudra encore des semaines d’essais : les premières pellicules réussies datent du 11 décembre.

Le procédé fait merveille. Une pellicule reproduit douze à seize pages d’imprimerie, environ trois mille dépêches ; un pigeon peut en porter dix-huit, plus de cinquante mille messages, pour moins d’un gramme. À Paris, on les agrandit à la lumière électrique pour les lire. Dagron photographiera ainsi environ cent quinze mille dépêches, officielles et privées, et plus de cent mille parviendront à Paris, avec des mandats de poste : les familles touchent leur argent comme en temps ordinaire.

Voir la fiche
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.
Gare d'Orléans — Gare d'Austerlitz (inaugurée en 1840)
Important dispositif militaire et policier déployé pour le départ vers la Haute cour de Bourges des inculpés de la journée du 15 mai 1848 : 200 gendarmes mobiles, deux bataillons du 41ème de ligne, 40 policiers et 30…

Important dispositif militaire et policier déployé pour le départ vers la Haute cour de Bourges des inculpés de la journée du 15 mai 1848 : 200 gendarmes mobiles, deux bataillons du 41ème de ligne, 40 policiers et 30 sergents de ville.

Le 4 mars 1849, la gare d’Orléans (future gare d’Austerlitz) est transformée en camp retranché. Pour envoyer à Bourges les inculpés de la journée insurrectionnelle du 15 mai 1848 – Blanqui, Barbès, Raspail, « l’ouvrier Albert » (Alexandre Martin), Sobrier, Flotte et plusieurs autres – le pouvoir met en scène sa force : 200 gendarmes mobiles, deux bataillons du 41ᵉ de ligne, une quarantaine de policiers en civil et une trentaine de sergents de ville encadrent le convoi, armes au poing. L’objectif est clair : éviter toute tentative de libération en cours de route, mais surtout montrer à Paris que les chefs socialistes et démocrates sont brisés et qu’on ne plaisante plus avec les « journées révolutionnaires ».

Depuis l’envahissement de l’Assemblée et la tentative avortée de proclamation d’un gouvernement insurrectionnel à l’Hôtel de Ville, le 15 mai a servi de prétexte pour décapiter la gauche républicaine. Après des mois d’incarcération, les prévenus sont arrachés aux prisons parisiennes, embarqués sous les huées organisées des partisans de l’ordre, tandis que leurs partisans, tenus à distance par le cordon militaire, assistent impuissants au départ. La Haute Cour de Bourges, établie loin de la capitale pour soustraire le procès à toute pression populaire, prononcera de lourdes peines : déportation pour Barbès et Albert, dix ans de prison pour Blanqui, plusieurs années pour Raspail et d’autres.

Cette journée de mars 1849, avec son dispositif de guerre autour d’un simple train, marque symboliquement la fin de l’illusion d’une République « sociale » née en février 1848. En exhibant ce convoi de vaincus vers Bourges, la majorité conservatrice et bonapartiste, qui a déjà liquidé les Ateliers nationaux et écrasé Juin 1848 neuf mois plus tôt, affirme qu’elle a désormais les mains libres, avant de laisser place, quelques années plus tard, au coup d’État de Louis‑Napoléon Bonaparte.

Voir la fiche
51–57 quai d' Austerlitz — 13e arr.

Aujourd'hui

La gare de Paris-Austerlitz est toujours en activité, desservant notamment les trains de nuit vers l'Espagne et le Sud-Ouest. Elle fait l'objet d'un vaste projet de réaménagement dans le cadre du quartier Paris Rive Gauche. Son imposante verrière métallique du XIXe siècle est partiellement conservée.

←
N° précédent · quai d' Austerlitz 23 quai d' Austerlitz
N° suivant · quai d' Austerlitz 55 quai d' Austerlitz
→