Journée de fraternisation entre étudiants et ouvriers des Ateliers nationaux

Champ de Mars/Ateliers nationaux

Ateliers nationaux au Champ-de-Mars (Bouton), Wikimedia

Journée de fraternisation entre étudiants et ouvriers des Ateliers nationaux. Le 5 juin, ils éliront Pierre Leroux, Charles Lagrange et Pierre-Joseph Proudhon comme délégués.

Le 3 avril 1848, sur le Champ de Mars, étudiants et ouvriers des Ateliers nationaux se retrouvent pour une journée de fraternisation. C'est l'un des moments les plus lumineux — et les plus éphémères — de la IIe République.

Les Ateliers nationaux ont été créés le lendemain de la révolution de février pour donner du travail aux chômeurs parisiens. Le gouvernement provisoire, coincé entre le principe du droit au travail proclamé par Louis Blanc et la méfiance de la bourgeoisie envers toute organisation ouvrière, a inventé une formule ambiguë : des ateliers de secours déguisés en chantiers publics, où l'on verse un salaire à des dizaines de milliers d'hommes pour des travaux souvent inutiles. En avril, ils regroupent déjà plus de cent mille personnes.

Ce 3 avril, les étudiants de l'École Polytechnique et d'autres établissements viennent fraterniser avec les ouvriers du Champ de Mars. La scène est touchante — deux mondes qui se découvrent, portés par l'élan républicain de février. Le 5 juin, ces mêmes hommes élisent ensemble comme délégués Pierre Leroux, philosophe socialiste, Charles Lagrange, et Proudhon lui-même — le théoricien anarchiste qui avait dit que la propriété, c'est le vol.

Trois mois plus tard, le gouvernement dissout les Ateliers nationaux. Les ouvriers se soulèvent. La répression fait entre trois et cinq mille morts. Cavaignac reçoit les pleins pouvoirs. La fraternité du Champ de Mars est finie.