La Délégation des Vingt arrondissements proclame vouloir « la déchéance la bourgeoisie de comme classe dirigeante »

Corderie du Temple

 14 rue de la Corderie - 3e arr. (3ème étage)

Le - Comité Central de la Garde nationale  - Interieur de hotel de ville membres de la communes et officiers superieurs en deliberation, Carnavalet

La Délégation des Vingt arrondissements proclame vouloir « la déchéance de la bourgeoisie comme classe dirigeante et l'avènement politique des travailleurs. En un mot l'égalité sociale. Plus de patronat, plus de prolétariat, plus de classes. »

En février 1871, alors que Paris assiégé vient à peine d’élire une Assemblée majoritairement monarchiste, la Délégation des Vingt arrondissements lance un manifeste qui tranche avec la prudence des républicains modérés. Cette instance, issue de comités de quartier et de clubs populaires, parle au nom des travailleurs parisiens – artisans, ouvriers, employés – qui refusent de voir la défaite servir de prétexte à une restauration sociale et politique de l’ordre bourgeois.

Au cœur du texte, une formule radicale : la « déchéance de la bourgeoisie comme classe dirigeante » et « l’avènement politique des travailleurs ». Cela ne signifie pas seulement un changement de gouvernement ou de régime, mais une remise en cause de la légitimité même de la bourgeoisie à diriger la société. Là où la République de 1848 avait reconnu le suffrage universel tout en laissant intact le pouvoir économique et social des propriétaires, la Délégation réclame « en un mot l’égalité sociale ».

Le mot d’ordre « Plus de patronat, plus de prolétariat, plus de classes » condense l’aspiration à une société sans domination de classe, où l’organisation du travail ne reposerait plus sur le salariat capitaliste, mais sur des formes d’association, de coopération, de gestion collective. On y lit l’influence des socialistes de 1848, des internationalistes, mais aussi la mémoire des journées de juin : il ne s’agit plus seulement de conquérir des droits politiques, mais de transformer les rapports de production.

Ce manifeste prélude directement à la Commune de Paris. Quelques semaines plus tard, lorsque Thiers tentera de désarmer la Garde nationale, les mêmes milieux – comités d’arrondissement, clubs, bataillons d’ouvriers – se retrouveront en première ligne. La Délégation des Vingt arrondissements aura été l’un des laboratoires où s’élabore, dans un Paris affamé et humilié, l’idée que la démocratie ne peut être complète qu’en devenant sociale, et que les travailleurs doivent accéder eux‑mêmes au pouvoir, non plus seulement y être représentés par des notables bourgeois.

Bibliographie