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12 septembre 1880
Événement

"La Révolution sociale", premier journal anarchiste créé par un Belge en France et financé par la préfecture

"La Révolution sociale", premier journal anarchiste créé par un Belge en France et financé par la préfecture
//La Révolution sociale// est un journal anarchiste hebdomadaire fondé le 12 septembre 1880 par l'agent provocateur Égide Spilleux, dit Serreaux, dit Genlis, et financé par Louis Andrieux, préfet de police.

Le 12 septembre 1880, paraît à Paris le premier numéro d'un journal se réclamant de l'anarchisme: "La Révolution sociale". Ses fondateurs sont un Belge nommé Égide Spilleux, qui opère sous le pseudonyme de Victor Ricois, et quelques compères. Le journal se veut l'organe de la nouvelle doctrine anarchiste, en plein développement en Europe après les travaux de Bakounine et Kropotkine.

Le problème : Spilleux-Ricois travaille pour la préfecture de police. Louis Andrieux, préfet de police de Paris depuis 1879, a eu l'idée de créer lui-même le premier journal anarchiste français, plutôt que de laisser le mouvement s'organiser de façon autonome. Financer et contrôler le journal permet de surveiller les militants qui gravitent autour de lui, de connaître leurs projets, d'infiltrer leurs réseaux, et, au besoin, de les discréditer. C'est ce que les services de renseignement appellent une opération de "couverture active".

L'opération fonctionne un temps. Des anarchistes français s'associent à la rédaction, ignorant son financement réel. La préfecture reçoit des informations précieuses sur le mouvement naissant. Andrieux contrôle les grandes lignes éditoriales, s'assure que le journal est suffisamment radical pour attirer des militants et suffisamment docile pour ne pas créer de vrais problèmes.

Mais Andrieux commet une erreur: il raconte l'affaire dans ses mémoires, publiés en 1885 sous le titre "Souvenirs d'un préfet de police". La révélation scandalise. Andrieux justifie la manipulation comme un outil nécessaire de la police républicaine face aux "ennemis de la société". Ses lecteurs y voient surtout le cynisme d'un État qui ne distingue pas entre surveiller ses opposants et les fabriquer.

L'histoire d'Andrieux comporte une ironie supplémentaire que son époque ignore: il est le père biologique non reconnu d'un enfant né en 1897 de sa liaison avec Marie Mourier. Cet enfant s'appellera Louis Aragon, et sera l'un des poètes communistes les plus célèbres du XXe siècle. Le fils du préfet de police qui avait créé le premier journal anarchiste finira par militer toute sa vie au Parti communiste français.