Retrait du corps de Marat du Panthéon et inhumation au cimetière Sainte‑Geneviève (Saint‑Étienne‑du‑Mont)

Église Ste Geneviève/Le Panthéon

,Les muscadins réactionnaires attaquent de la Salle des Jacobins, 9 novembre 1794, par Gaitte, Antoine Joseph, vers 1834 Carnavalet

Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche de Sainte‑Geneviève, dépendant de la paroisse Saint‑Étienne‑du‑Mont. Quelques mois plus tôt, en septembre 1793, la Convention montagnarde avait fait de l’« Ami du Peuple » un martyr officiel, digne de reposer aux côtés de Mirabeau ou de Voltaire. Mais, après Thermidor et la chute de Robespierre, le nouveau pouvoir veut effacer les symboles de la Révolution radicale : clubs fermés, sans‑culottes réprimés, statues et bustes déboulonnés.

La dépouille de Marat est donc descendue de la crypte du Panthéon et transférée au cimetière le plus proche, accolé à l’église Saint‑Étienne‑du‑Mont. Ce déplacement, apparemment administratif, s’accompagne dans les rues d’une véritable campagne de profanation symbolique : des bustes de Marat sont promenés, brisés, parfois jetés aux égouts par les « muscadins », ces jeunes bourgeois antijacobins qui se donnent en spectacle en attaquant tout ce qui rappelle la période sans‑culotte. C’est de là que vient la légende d’un Marat « jeté à l’égout » : ce sont ses effigies, plus que son corps, que la réaction thermidorienne précipite ainsi hors de l’espace public.

En retirant Marat du Panthéon pour le reléguer dans un cimetière de quartier, on referme le temple républicain sur une mémoire plus sage, débarrassée d’un journaliste fougueux trop lié aux journées d’août 1792, aux sans‑culottes et à la Terreur naissante. Le Panthéon, un temps ouvert à une figure issue du mouvement populaire, se recentre sur des profils jugés plus « présentables » par les nouvelles élites. Ce 26–27 février 1795, on enterre un corps, mais surtout un moment de la Révolution : celui où la parole enragée d’un médecin‑publiciste avait été élevée au rang de modèle national.

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