Lénine est hébergé chez un exilé russe lors de son premier séjour à Paris où il donne une conférence

Séjour de Lénine et Nadejda Kroupskaïa (chez un camarade du groupe de l'Iskra)

Entrée du 3 rue de l'Estrapade, Paris - Photo : Archives Paris révolutionnaire

Il arrive de Londres sous un faux nom, dort chez un camarade du cinquième arrondissement, et repart avant que quiconque ait remarqué sa présence : le premier séjour parisien de Lénine est très bref.

En juin 1902, Vladimir Ilitch Oulianov n'est encore qu'un pseudonyme parmi d'autres dans la nébuleuse des exilés russes. Il a trente-deux ans. Depuis avril, il vit à Londres avec Nadejda Kroupskaïa, dans un logement modeste de Clerkenwell, à deux pas de l'imprimerie où se fabrique l'Iskra — l'Étincelle —, le journal clandestin du Parti ouvrier social-démocrate de Russie. C'est le journal qui structure le réseau, relie les cercles dispersés de Munich à Genève, de Londres à Paris. Et c'est à Paris qu'il fait un saut en juin.

Un camarade du groupe de l'Iskra l'héberge au 3 rue de l'Estrapade, dans le cinquième arrondissement, à cinq minutes de la Sorbonne. La rue est tranquille, à l'ombre du Panthéon — le genre d'adresse où un révolutionnaire russe passe inaperçu parmi les étudiants et les petits employés du Quartier latin.

Lénine est venu donner une conférence. Il en donnera d'autres à Paris en 1902 et 1903, sous le pseudonyme de « M. Illine » — des cours sur la question agraire en Russie à l'École pratique des Hautes Études, des interventions devant le groupe parisien de l'Iskra. Trotsky, qui vient de s'évader de Sibérie et a rejoint Lénine à Londres quelques mois plus tôt, assiste à certaines d'entre elles.

Ce premier séjour est bref. Lénine ne s'installera véritablement à Paris qu'en décembre 1908, pour près de quatre ans, de la rue Beaunier à la rue Marie-Rose, dans le quatorzième arrondissement. En juin 1902, Paris est une escale  du circuit des révolutionnaires russes en Europe : Munich, Londres, Genève, Paris, et retour.

Que faire ?, le texte qui pose les bases de la conception léniniste du parti — un noyau de révolutionnaires professionnels, une organisation centralisée, un journal comme outil d'organisation —, a été publié trois mois plus tôt. Le camarade de la rue de l'Estrapade qui ouvre sa porte fait partie de cette architecture : un maillon du réseau que l'Iskra tisse d'un bout à l'autre du continent, et dont Paris est l'un des nœuds les plus actifs.