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La Lettre de Paris révolutionnaire
n° 0 · octobre-novembre 2026 ·

Le site est en ligne

Place de Grève, rue du Temple, boulevard Montmartre : à Paris, il n’y a guère de rue qui n’ait vu un jour la ville peser sur l’histoire. Ces jours-là, Philippe Boisseau les a recensés adresse par adresse. Son encyclopédie a fait peau neuve à la mi-septembre : dix mille personnages, dix-huit mille événements et quarante-quatre balades, sur un site plus rapide, lisible sur téléphone, avec des cartes et des plans anciens.

Ce premier numéro de la Lettre en ouvre une série qui paraîtra environ tous les deux mois. Chaque numéro propose un récit, les nouveautés du site, une curiosité et une image d’archive, et il est aussi publié sur le site.

Le récit

L'entrée de l'Hôtel-Dieu sur le parvis Notre-Dame

Sous l'Hôtel-Dieu, le rempart brûlé de la Lutèce gauloise

Face à Notre-Dame, les archéologues ont peut-être retrouvé la ville que les Parisii incendièrent en 52 avant notre ère

Côté parvis, on ne voit rien. Derrière la façade de l'Hôtel-Dieu, deux cours de l'hôpital sont fermées par des palissades : depuis février 2026, les archéologues de la Ville de Paris et de l'Inrap y fouillent le sol avant des travaux. Ils attendaient des maisons antiques et des caves médiévales. Ils ont trouvé, cet été, un mur. Long d'une vingtaine de mètres, il mêle de gros blocs de pierre et des poutres posées à plat, à la manière des remparts gaulois. Son parement est noirci par un violent incendie. À son pied gisaient des graines carbonisées, les restes d'un bâtiment de bois brûlé et un fe…

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Quoi de neuf sur le site

  • Les cimetières : plus de 800 tombes ont rejoint le site, au Père-Lachaise, à Montmartre, au Montparnasse, aux Batignolles et à Picpus, avec leur position et souvent la photo de la sépulture. Des centaines ont déjà un récit bref : qui était la personne, sa fin de vie, la tombe telle qu’on la voit. Sur leurs cartes, chaque tombe est une pastille : bordeaux pour les révolutionnaires et les communards, or pour les autres.
  • Les grands sites se filtrent : sur la page d’un cimetière ou d’un grand parc, on choisit une catégorie, une période, une division ou une nationalité. « Commune de 1871 » sort toutes les tombes de communards, et « près de moi » range les tombes de la plus proche à la plus lointaine.
  • Les barricades de 1871 ont été replacées une à une, et le plan des barricades de mai 1871 a été recalé.
  • Les cartes montrent 3 000 événements de plus, ainsi que les stations de métro et de RER avec leurs lignes.
  • Un plan de Lutèce gallo-romaine rejoint les plans anciens : celui de Théodore Vacquer, publié en 1912. Le plan de 1575 a été recalé : la Seine ne part plus vers Bercy.
  • Les événements se filtrent sur plusieurs dates à la fois (« 1789, 1830, 1848 »), et la sélection se partage par lien.
  • Les fiches personnage montrent les personnages croisés dans les mêmes événements.

La curiosité

Cinq dates d’automne

5 octobre 1789, place de Grève. Il pleut depuis l’aube et le pain manque. Dès sept heures, les femmes des Halles se rassemblent devant l’Hôtel de Ville, en forcent les portes, s’emparent des armes et sonnent le tocsin. Vers dix heures, plusieurs milliers d’entre elles prennent la route de Versailles en traînant des canons : puisque le pain manque, elles vont le réclamer au roi lui-même. Le soir, Louis XVI promet du grain et accepte enfin la Déclaration des droits de l’homme, qu’il refusait de sanctionner depuis des semaines. Le lendemain, la foule le ramène à Paris : « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». Le roi ne quittera plus sa capitale que pour fuir. Lire la fiche

28 octobre 1892, boulevard Montmartre. Au Cabinet fantastique du musée Grévin, Émile Reynaud projette ses « Pantomimes lumineuses » : des centaines d’images peintes à la main, une à une, sur une longue bande perforée, avec au piano une musique écrite pour elles. Le public paie sa place : c’est la première séance de dessins animés, trois ans avant celle des frères Lumière. Ruiné par le cinématographe, Reynaud jettera ses bandes dans la Seine en 1910. Le 28 octobre est aujourd’hui la Journée mondiale du cinéma d’animation. Lire la fiche

31 octobre 1870, rue du Temple. Metz vient de capituler ; les bataillons de Belleville envahissent l’Hôtel de Ville et y retiennent le gouvernement prisonnier. Le vieil insurgé Auguste Blanqui, lui, attend dans sa cachette du 191 rue du Temple de voir comment tourne l’affaire, et ne rejoint l’Hôtel de Ville qu’à la nuit tombée. Vers trois heures du matin, deux bataillons de mobiles bretons entrent par le souterrain qui relie la caserne Lobau à l’Hôtel de Ville et libèrent les ministres. Blanqui parvient à s’enfuir. Lire la fiche

3 novembre 1793, place de la Révolution. Olympe de Gouges a 45 ans quand elle monte à l’échafaud. Deux ans plus tôt, sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne affirmait que la femme, qui a « le droit de monter sur l’échafaud », doit avoir « également celui de monter à la tribune ». Arrêtée en juillet pour une affiche, Les Trois Urnes, privée d’avocat, elle se défend seule devant le Tribunal révolutionnaire. Elle aurait lancé : « Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort. » Son buste entre au Palais-Bourbon en 2016 ; le Panthéon, malgré les pétitions, n’a jamais donné suite. Lire la fiche

10 novembre 1793, Notre-Dame. Chaumette, procureur de la Commune de Paris, fait célébrer dans la cathédrale la fête de la Liberté et de la Raison. Des draps cachent les signes du culte ; dans le chœur, une montagne porte un petit temple grec dédié à la Philosophie. Une actrice de l’Opéra, Mlle Maillard, y incarne la Raison. Le cortège gagne ensuite la Convention, qui fait de l’ancienne cathédrale le « Temple de la Raison ». Robespierre, déiste, n’apprécie guère : sept mois plus tard, il lui substitue le culte de l’Être suprême. Lire la fiche

L'image d'archive

Émile Reynaud manœuvre son Théâtre optique ; sur l’écran, Pierrot, Colombine et Arlequin ; à droite, le public du musée Grévin
Le Théâtre optique d’Émile Reynaud au musée Grévin, gravure de Louis Poyet, La Nature, 1892. Domaine public

Le dessinateur a ouvert la machine pour la montrer. Reynaud, seul derrière l’écran, fait défiler à la main la longue bande d’images peintes d’une bobine à l’autre ; au centre, la couronne de miroirs décompose le mouvement image par image. Des lanternes et un grand miroir renvoient les personnages et le décor sur l’écran, et le public, de l’autre côté, ne voit que la scène : ici Pauvre Pierrot, avec Colombine et Arlequin, l’un des trois films de la première séance.

À voir à Paris

  • Paris à l’arraché. Jacques Villeglé et l’art urbain

    Musée Carnavalet – Histoire de Paris (3e) · du 14 octobre 2026 au 14 février 2027

    Jacques Villeglé décollait les affiches des murs de Paris et se disait « historien releveur » : luttes, mobilisations, élections, ses affiches lacérées gardent la trace de la vie politique de la rue. Entrée payante.

  • Traverser le monde. L’Exposition universelle de 1867 et la photographie

    Archives nationales, hôtel de Soubise (3e) · du 25 novembre 2026 au 22 février 2027

    L’Exposition de 1867 est le premier grand événement abondamment photographié. On la parcourt par des archives originales et des stéréoscopes, en relief. Entrée gratuite.

  • Nadar. Inventer Paris, des profondeurs au ciel

    Catacombes de Paris (14e) · du 29 septembre 2026 au 31 janvier 2027

    Nadar photographie les Catacombes en 1862 et 1865, à la lumière artificielle, puis Paris vu d’un ballon en 1868 : la ville d’en dessous et celle d’en haut, pour le bicentenaire de la photographie. Comprise dans le billet des Catacombes, sur réservation.

  • Martine Franck. Images, presse et luttes féministes

    Fondation Henri Cartier-Bresson (3e) · du 21 octobre 2026 au 7 mars 2027

    Des photographies pour la plupart inédites des mouvements féministes des années 1970, prises principalement à Paris.

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