Deux mois plus tôt, il avait voulu mourir à Venise. Le 5 novembre 1928, à La Coupole, il rencontre le poète de la Révolution russe ; le lendemain, au même bar, la femme de sa vie.
En 1928, Louis Aragon a trente et un ans et ne sait plus très bien qui il est. Il a été dada, il est surréaliste, il a adhéré au Parti communiste en janvier 1927 avec Breton. Il a brûlé à Madrid le manuscrit de La Défense de l’infini ; sa liaison avec Nancy Cunard s’est achevée en septembre à Venise, où il a tenté de se suicider. Rentré à Paris, il fréquente la brasserie la plus neuve de Montparnasse, La Coupole, qu’Ernest Fraux et René Lafon ont ouverte le 20 décembre 1927 au 102 boulevard du Montparnasse, dans un ancien dépôt de bois et de charbon.
Vladimir Maïakovski est à Paris cet automne-là. Le poète a trente-cinq ans, une stature de géant et une voix de stentor ; il a été futuriste, il a dessiné les affiches de l’agence télégraphique ROSTA pendant la guerre civile, il a dirigé la revue LEF, et il vient d’écrire La Punaise, une comédie où il « lave » les bureaucrates du nouveau régime. À Paris, il s’est épris d’une jeune émigrée, Tatiana Iakovleva. Le 5 novembre 1928, raconte Aragon bien plus tard au réalisateur Jean-Marie Drot, des amis l’arrêtent au passage à La Coupole et lui désignent un homme de haute taille : « Le grand poète Vladimir Maïakovski voudrait vous connaître ». Ils n’ont pas de langue commune ; ils se parlent comme ils peuvent.

La rencontre en entraîne une autre. Le lendemain, Aragon a rendez-vous au même endroit avec son ami Roland Tual, qui veut lui présenter une jeune femme : c’est Elsa Triolet, le 6 novembre, à six heures du soir, au bar de La Coupole. Elle est la sœur de Lili Brik, la muse de Maïakovski, et Maïakovski a été, quand elle avait quinze ans, son premier grand amour. Installée à Montparnasse depuis 1924, à l’hôtel de la rue Campagne-Première, elle écrit en russe. Elle ne quittera plus Aragon.
La suite tient du drame. Le 14 avril 1930, à Moscou, Maïakovski se tire une balle dans le cœur. Six mois plus tard, Aragon part avec Georges Sadoul pour le congrès des écrivains révolutionnaires de Kharkov, au nom d’un surréalisme que la ligne dure du parti accuse d’anarchisme : il s’y range à la ligne orthodoxe et publie à son retour Front rouge, une ode à l’URSS, avant de rompre avec Breton. Elsa traduira Maïakovski en français toute sa vie.

La Coupole a gardé son nom, sa grande salle et ses trente-trois piliers peints.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.