Les bagarres Sacco-Vanzetti gagnent la place de la République

Boulevard de Sébastopol

Manifestation de soutien à Sacco et Vanzetti à Londres, 1921.

La mort de deux innocents à Boston met le feu aux Grands Boulevards : quand la loi tue l'innocent, c'est la rue qui réclame justice.

La veille, les Grands Boulevards ont brûlé. Le 23 août 1927, à l'annonce de l'exécution de Sacco et Vanzetti à la prison de Charlestown, des milliers de Parisiens ont envahi les boulevards Bonne-Nouvelle et Montmartre, affrontant la police dans une nuit de violence et d'indignation. Le 24 août, le mouvement se déplace et s'amplifie.

Place de la République, carrefour populaire et politique du Paris ouvrier, le rassemblement reprend. Les manifestants sont anarchistes, syndicalistes, communistes, socialistes — catégories qui sur ce point précis ont mis de côté leurs divisions. Deux noms sur les pancartes : Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti. Deux travailleurs italiens immigrés aux États-Unis, condamnés à mort en 1921 pour un hold-up dont ils clament l'innocence depuis six ans, finalement exécutés malgré la pression internationale.

Boulevard de Sébastopol également, d'autres groupes se forment, qui remontent vers la place. La police charge. Des affrontements éclatent. Paris, en ce mois d'août, réagit à une exécution commise à six mille kilomètres avec la même intensité que si elle avait eu lieu place de la Bastille.

Pourquoi cette mobilisation ? Parce que le cas Sacco-Vanzetti condense tout ce que l'entre-deux-guerres ressent comme une injustice fondamentale : la répression antisyndicale aux États-Unis, les lois d'immigration racistes (les "quota laws" de 1921 et 1924), la chasse aux rouges des années Palmer, la criminalisation de la pensée anarchiste et internationaliste. Deux corps d'ouvriers immigrés assis sur une chaise électrique : c'est un symbole, et Paris le comprend immédiatement.

Elena Stassova, militante de l'Internationale communiste présente dans la capitale, coordonnera les actions dans les jours suivants. Mais ce 24 août, c'est spontané : la place de la République, que la Troisième République a érigée en monument à elle-même, devient pendant quelques heures la tribune d'une solidarité ouvrière internationale qui n'a pas attendu les partis pour descendre dans la rue.