Deux jours après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, des soldats à bout de nerfs tirent sur la foule des grands boulevards, au fusil et au canon. Le 4 décembre 1851 au soir, la résistance parisienne est brisée.
Depuis l’été 1851, le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, prépare son coup avec une poignée de fidèles réunis autour de son demi-frère, Morny. Il a placé le général de Saint-Arnaud au ministère de la Guerre. Le 12 novembre, l’Assemblée a refusé, à sept voix près, de rétablir le suffrage universel qu’elle avait restreint en 1850. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, anniversaire du sacre de Napoléon Ier et d’Austerlitz, soixante mille soldats et plus de cent canons occupent Paris. Au matin, six décrets dissolvent l’Assemblée et rétablissent le suffrage universel masculin ; les chefs de l’opposition, républicains ou monarchistes, sont arrêtés.
Le 3, une soixantaine de députés républicains, dont Victor Hugo et Victor Schœlcher, appellent le peuple aux armes contre le président qui « a violé la Constitution ». Quelque soixante-dix barricades se dressent ; le député Alphonse Baudin est tué sur celle du faubourg Saint-Antoine. Le soir, Saint-Arnaud fait savoir que tout homme pris à construire ou à défendre une barricade, ou les armes à la main, sera fusillé. Dans la nuit, trente mille soldats se déploient entre les grands boulevards et la Seine.
Le 4, la division du général Carrelet reçoit l’ordre de remonter les boulevards et de balayer les obstacles. Sa tête de colonne se heurte à une barricade à la hauteur de la rue Saint-Denis ; derrière elle, sa première brigade, celle du général Canrobert, s’arrête en rangs serrés sur le boulevard Montmartre. Une foule se presse sur les boulevards Montmartre et Poissonnière, curieux et manifestants mêlés ; aux terrasses des cafés, de jeunes bourgeois crient « Vive la Constitution ! Vive l’Assemblée nationale ! ». Les soldats, énervés par cette foule hostile ou goguenarde, s’affolent. Des coups de feu partent de quelques fenêtres ; sans en avoir reçu l’ordre, les premiers rangs ripostent, puis la fusillade gagne. Un jeune officier d’artillerie fait tirer le canon sur une maison d’où l’on tirait. On fouille ensuite les immeubles à la baïonnette.
Canrobert racontera plus tard qu’il accourut pour faire cesser le feu et que son clairon tomba mort à ses pieds, frappé d’une balle au front ; il eut, dit-il, « beaucoup de peine » à arrêter ses hommes. Le carnage fait entre cent et trois cents morts, dont des femmes et des enfants, et des centaines de blessés. Le soir même, la résistance parisienne est écrasée ; les dernières barricades tombent le lendemain.
Le bilan de ces journées reste disputé. Le Moniteur annoncera 380 victimes à Paris ; les historiens retiennent trois à quatre cents tués, sans compter les soldats, qui perdent vingt-six morts et cent quatre-vingt-quatre blessés selon la Fondation Napoléon. Victor Hugo, qui avancera le chiffre de mille deux cents morts sur les seuls boulevards, s’enfuit à Bruxelles ; il écrira Napoléon le Petit, puis Histoire d’un crime, que l’historien Pierre Milza tient pour « le récit le plus circonstancié » du coup d’État, à défaut d’être le plus exact.
La répression gagne la province : près de vingt-sept mille arrestations, vingt et un mille condamnations par des commissions mixtes, plus de neuf mille cinq cents transportés en Algérie, deux cent trente-neuf envoyés au bagne de Cayenne. Les 20 et 21 décembre, un plébiscite approuve le coup d’État. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, Louis-Napoléon devient Napoléon III. Il portait, selon le mot de l’impératrice Eugénie, « le 2 décembre comme une tunique de Nessus ».
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.