Jean-Baptiste Lully meurt le 22 mars 1687 au 28 rue Boissy d'Anglas, d'une gangrène qu'il s'est lui-même causée. L'histoire de cette mort est l'une des plus étranges de la musique occidentale.
Le 8 janvier 1687, Lully dirige au couvent des Feuillants une exécution solennelle de son Te Deum pour célébrer la guérison de Louis XIV. Il bat la mesure à sa manière habituelle — non avec une baguette mais avec une longue canne ferrée qu'il frappe contre le sol. Dans l'élan de la direction, il se frappe violemment le bout du pied. La blessure paraît bénigne. Elle ne l'est pas.
La gangrène s'installe. Les médecins conseillent l'amputation de l'orteil, puis du pied. Lully refuse. Il est au sommet de sa puissance — surintendant de la musique du roi, créateur de l'opéra français, maître absolu de la vie musicale de Versailles depuis vingt ans — et il ne veut pas mourir manchot. Un moine lui prédit qu'il mourra s'il ne se laisse pas amputer. Lully brûle ostensiblement la partition de son dernier opéra pour prouver qu'il se repent de ses péchés — et refuse quand même l'amputation.
La gangrène gagne la jambe, puis le corps. Il agonise deux mois et demi rue Boissy d'Anglas. On dit qu'à la fin, convaincu de mourir, il redemanda sa partition pour en recopier une autre copie.
Florentin d'origine, naturalisé français, anobli par Louis XIV, Lully avait incarné pendant trois décennies la grandeur musicale du règne. Il mourut comme il avait vécu — par excès.