Le 18 juin 1778, Mozart était acclamé au Concert Spirituel. Quinze jours plus tard, il était seul.
Wolfgang a vingt-deux ans quand il arrive à Paris en mars 1778 avec sa mère, Anna Maria. Son père Leopold les a envoyés depuis Salzbourg chercher un poste, des commandes, une percée. Paris est alors la capitale musicale de l'Europe — mais elle n'a rien prévu pour un prodige qui n'est plus un enfant et pas encore un nom.
Les protecteurs se défilent, les auditions ne donnent rien, l'argent fond. Pour économiser, ils abandonnent leur premier logement pour une chambre à l'auberge des Quatre Fils Aymon, rue du Gros-Chenet — l'actuel 8 rue du Sentier. C'est là que tout se passe.
Le 18 juin, la Symphonie n°31 — dite « Paris » — est créée au Concert Spirituel devant un parterre enthousiaste. Un succès. Mozart rentre satisfait. Sa mère, elle, décline depuis plusieurs semaines.
La chambre est sombre, la nourriture mauvaise, les médecins tardent. Anna Maria perd l'ouïe, puis la vue. Le 3 juillet 1778, à vingt-et-une heures, elle meurt. Elle avait cinquante-sept ans.
Ce soir-là, Mozart écrit deux lettres. La première est pour l'abbé Bullinger, ami de la famille à Salzbourg : il lui demande de préparer son père avant qu'une autre lettre n'arrive. La seconde est pour Leopold. Il y décrit la maladie, les derniers instants, le dernier soupir — avec une précision qui ne cache pas le chagrin mais le tient à distance, comme une main qui appuie sur une blessure. Il demande pardon d'apporter une nouvelle si douloureuse.
Leopold Mozart, à Salzbourg, est anéanti. Il avait épousé Anna Maria par amour, chose rare à l'époque. Ils ne s'étaient pas vus depuis deux ans.
Dans les semaines qui suivent, Mozart compose à Paris sa Sonate pour piano en la mineur, K. 310. C'est l'une des rares fois qu'il travaillera dans ce ton — grave, tendu, presque sans respiration. Il ne lui donnera pas de titre.