Mort du poète socialiste allemand Heinrich Heine ; il s'était lié d'amitié avec Karl Marx.
Le 17 février 1856, Heinrich Heine s’éteint à Paris, au 3 avenue Matignon, après près de huit années passées presque entièrement dans ce qu’il appelait ironiquement sa « tombe de matelas ». Installé dans la capitale française depuis 1831, l’écrivain allemand y vivait en exil, fuyant la censure et la répression politique en Prusse, mais refusant de renoncer à l’allemand, sa langue d’écriture et de combat.
Poète lyrique célébré pour le Livre des chants, journaliste mordant, Heine s’était rapproché dans les années 1840 des milieux socialistes et démocrates, jusqu’à compter parmi ses relations Karl Marx, avec lequel il partageait une critique acerbe de l’absolutisme, de la censure et de l’hypocrisie bourgeoise. Sans être marxiste au sens strict, il nourrissait un socialisme teinté d’ironie romantique, oscillant entre aspiration à l’émancipation et lucidité désabusée sur les violences révolutionnaires.
À Paris, son appartement de l’avenue Matignon est à la fois un lieu de retraite et un observatoire du siècle. Cloué au lit par une maladie chronique – longtemps attribuée à la syphilis, aujourd’hui plutôt à une affection neurologique ou à un empoisonnement au plomb –, Heine continue d’écrire presque jusqu’au bout : poèmes du Romanzero, proses de Lutèce, où il analyse avec une acuité mordante la société française, la question sociale et l’Europe des révolutions.
Sa mort, à 58 ans, clôt un itinéraire de passeur entre deux mondes : juif allemand baptisé, romantique devenu satiriste, exilé allemand célébré à Paris, socialiste ironique ami de Marx mais méfiant devant les dogmes. Inhumé au cimetière de Montmartre, Heine laisse une œuvre qui continue de nourrir à la fois la mémoire littéraire et la tradition socialiste européenne.