Un demi-million de Parisiens accompagnent au Père-Lachaise le rédacteur en chef de L'Humanité, mort à quarante-cinq ans en pleine année du Front populaire.
Paul Vaillant-Couturier est mort le 10 octobre 1937, à quarante-cinq ans, d'une crise cardiaque. Sa vie tient en quelques ruptures.
Né en 1892 dans une famille d'artistes lyriques, avocat de formation, il part à la guerre en 1914 en jeune bourgeois patriote. Il en revient trois fois blessé, deux fois cité, et définitivement révolté. Il fonde en 1917 avec Henri Barbusse et Raymond Lefebvre l'Association républicaine des anciens combattants, qui refuse le bourrage de crâne et l'union sacrée. Il publie "La Guerre de trente ans," recueil de nouvelles sur les tranchées.
Au congrès de Tours en décembre 1920, il est parmi ceux qui votent l'adhésion à l'Internationale communiste et fondent le Parti communiste. Il en sera pendant dix-sept ans l'une des voix les plus écoutées : député de la Seine, maire de Villejuif à partir de 1929, rédacteur en chef de L'Humanité de 1926 à 1929 puis de 1935 à sa mort.
Il est aussi écrivain, poète, chansonnier. Il écrit pour les enfants, il défend les colonies scolaires, il fait construire à Villejuif par Karl Marx un groupe scolaire qui est un manifeste d'architecture moderne. Il a créé en 1932 l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires. Sa fidélité à la ligne du Komintern, y compris pendant les procès de Moscou, est sans faille et fait partie du personnage.
Ses obsèques, le 16 octobre 1937, sont une démonstration de force du Front populaire au moment où celui-ci se défait. Cinq cent mille personnes défilent du siège de L'Humanité au cimetière du Père-Lachaise, où il est inhumé à la 97e division, à quelques centaines de mètres du mur des Fédérés.
Sa veuve, Marie-Claude Vaillant-Couturier, entrera dans la Résistance, sera déportée à Auschwitz et à Ravensbrück, témoignera au procès de Nuremberg et siégera à l'Assemblée nationale.