Opération de police visant l'arrestation de 404 militants communistes étrangers

Opération Boléro-Paprika

Operation bolero-paprika

On peut vaincre l'occupant et perdre quand même.

Le 8 septembre 1950, à l'aube, des unités de police et de gendarmerie se déploient simultanément dans plusieurs villes françaises. C'est l'opération Boléro-Paprika: quatre cent quatre militants communistes étrangers sont arrêtés, leurs logements perquisitionnés, leurs papiers saisis. Deux cent quatre-vingt-huit d'entre eux seront expulsés de France: cent soixante-dix-sept Espagnols, cinquante-neuf Polonais, quatorze Soviétiques, quelques dizaines d'autres. La plupart seront acheminés vers Berlin-Est, capitale de la République démocratique allemande.

Qui sont ces hommes et ces femmes ? Pour la majorité, des résistants. Des anciens des Brigades internationales qui avaient combattu Franco en Espagne de 1936 à 1939, puis avaient rejoint les réseaux de résistance française sous l'Occupation. Des Juifs polonais ayant intégré les FTP-MOI ou les réseaux du PCF. Des antifascistes qui avaient choisi la France comme pays d'adoption parce qu'ils n'en avaient plus d'autre. Ils avaient défendu la France; la France les expulsait.

Le gouvernement qui ordonne l'opération est celui de René Pléven, président du Conseil depuis juillet 1950. La guerre de Corée a commencé en juin; la Guerre froide atteint son premier paroxysme. Dans ce contexte, l'Espagne franquiste devient un allié précieux dans le dispositif anticommuniste occidental: la normalisation des relations franco-espagnoles exige que Paris cesse de tolérer sur son territoire des exilés républicains espagnols organisés politiquement. L'opération Boléro-Paprika répond à cette logique.

L'ironie est cruelle: des antifranquistes espagnols sont expulsés vers Berlin-Est, capitale d'un régime dont ils ne partagent pas la ligne. Des Polonais ayant fui le nazisme sont renvoyés dans une Pologne satellite de Moscou. La logique de la Guerre froide écrase les biographies individuelles: on est "communiste" ou "anticommuniste", et la nuance n'intéresse personne.

L'abbé Pierre prend publiquement position contre les arrestations. Quelques voix s'élèvent dans la presse. Elles n'empêchent rien. L'opération Boléro-Paprika restera dans l'histoire comme l'un des épisodes les plus sombres de la IVe République à l'égard de ceux qui l'avaient défendue.