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📖 Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris, tome I AULARD Alphonse
Bibliographie

Paris pendant la réaction thermidorienne et sous le Directoire. Recueil de documents pour l'histoire de l'esprit public à Paris, tome I

AULARD Alphonse
Léopold Cerf (Collection de documents relatifs à l'histoire de Paris pendant la Révolution française), 1898.
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1898 Édition
Note éditoriale
Rapports de police et extraits de journaux, jour par jour, depuis thermidor an II ; cinq tomes (1898-1902).

À propos de cet ouvrage

Source : archive.org

Fiches citant cet ouvrage

1 fiche
Événement
1794
9 novembre 1794 — Chapelle du couvent des Jacobins/Bibliothèque du couvent des Jacobins
t1 p 227-238
Le 9 novembre 1794, une colonne partie du Palais-Égalité assiège le club des Jacobins, rue Saint-Honoré, aux cris de « Vive la Convention ! ». Deux jours plus tard, des députés en ferment la salle et emportent la clef. D …

Le 9 novembre 1794, une colonne partie du Palais-Égalité assiège le club des Jacobins, rue Saint-Honoré, aux cris de « Vive la Convention ! ». Deux jours plus tard, des députés en ferment la salle et emportent la clef.

Depuis la chute de Robespierre, le 9 thermidor, le club, épuré, survit dans l’ancien couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré, où il siège depuis 1789. Les thermidoriens tiennent la Convention et jugent les hommes de la Terreur : une commission examine le cas de Carrier, l’homme des noyades de Nantes. Dans la rue, les observateurs de la police notent surtout que « le public crie misère » et se plaint de la cherté des denrées. Aux tribunes de la Convention, ce sont des femmes du peuple qui soutiennent encore les Jacobins de la voix ; le Courrier républicain s’indigne de voir « une multitude de femmes vêtues de haillons » peser sur les destinées de la France. Le pavé appartient à la jeunesse dorée, de jeunes bourgeois menés par le journaliste Fréron. On les appelle les muscadins : à Lyon, le mot désignait les commis des gros négociants, parfumés au musc.

Le 19 brumaire an III, le soir, le bruit court au Palais-Égalité que les Jacobins délibèrent sur les moyens de soustraire Carrier à la justice. Une colonne se forme, grossit en marchant et se porte vers la salle. On envahit les tribunes ; des femmes, qu’on appelle les dévotes de Robespierre, sont giflées et fouettées. Des pierres brisent les vitres et roulent dans la salle ; une citoyenne s’évanouit, le président se couvre. Le député Fayau exhorte les Jacobins à mourir s’il le faut. Ils tentent une sortie, se battent à la porte et ramènent quelques prisonniers, qu’ils assoient à côté du président, coiffés du bonnet rouge. Ceux qui s’enfuient doivent marcher dans le ruisseau, entre trois ou quatre mille personnes qui les couvrent d’insultes et de coups. Des représentants arrivent en costume et haranguent la foule, qui répond qu’elle n’en veut pas aux sociétés populaires mais aux « hommes sanguinaires » ; tout se calme.

Gravure en couleurs : deux jeunes élégants aux cheveux longs, cravates énormes et habits cintrés, se toisent, l’un à travers un monocle

Ce récit vient du Courrier républicain, qui applaudit. Le rapport de police du lendemain parle de « malveillants » qui ont blessé plusieurs personnes à coups de pierres, et note que les sections ignoraient encore l’affaire au matin. Le 20, les groupes se disputent pour ou contre le club. Un ci-devant marquis, Saint-Huruge, distribue des coups de bâton à ceux qui défendent les Jacobins et les fait conduire au corps de garde, impunément. Les observateurs remarquent dans ces rassemblements « beaucoup de gens connus pour des marchands d’argent ». Dans les faubourgs, on attend calmement le sort de Carrier ; au port de la Tournelle, la foule force la garde à l’heure d’une distribution, et il faut de la cavalerie.

Le 21 brumaire, la Convention décrète l’arrestation de Carrier. La foule le raccompagne chez lui sous les huées, puis revient aux Jacobins : le reste des vitres vole en éclats, les sociétaires doivent quitter la salle, et les représentants venus rétablir l’ordre en ferment la porte et emportent la clef. La police remarque, parmi les assaillants, beaucoup de jeunes gens de quatorze à quinze ans, et derrière eux des particuliers de tous costumes. Le lendemain, la Convention suspend les séances du club. Désormais, note un rapport, « il suffit d’avoir l’air Jacobin pour être apostrophé, insulté et même battu » ; le même rapport ajoute que les applaudissements sont aussitôt suivis de plaintes contre les accapareurs et les marchands.

L’année suivante, l’ancien couvent est démoli. On y installe un marché, baptisé marché du 9-Thermidor : c’est aujourd’hui la place du Marché-Saint-Honoré.

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